Et pourtant, Saturne!

Les maisons et les rues sont les témoins d’un joyeux déchaînement : la foule sort pour former des cortèges festifs, les serviteurs se font servir par leur maître, ils peuvent critiquer sans craintes l’autorité. Le travail et toute l’activité publique cessent. Dans les maisons que l’on décore de houx, de gui et de guirlandes de lierre, des fêtes et des banquets s’organisent. On s’échange des cadeaux – bijoux, figurines et porte-bonheur, friandises. Les enfants sont particulièrement choyés et reçoivent même des petites sommes d’argent. On se réunit également pour déguster une galette dans laquelle une fève est cachée. Celui qui tombe dessus est désigné «Roi du banquet» et peut donner des gages aux autres convives…

Saturnalia, huile du peintre français Antoine-François Callet, fin du XVIIe siècle, musée du Louvre.

Noël? Epiphanie? Carnaval?

Non, mais la fête romaine des Saturnales (Saturnalia) qui les a précédées et inspirées.

Les Saturnales ont lieu dès le 17 décembre dans les quelques jours qui précèdent le solstice d’hiver.

On se prépare ainsi à la nuit la plus longue de l’année, mais on célèbre aussi le retour de l’allongement des jours et donc, symboliquement, la victoire de la lumière sur les ténèbres, prémices des récoltes futures.

La fête est donc dédiée au dieu Saturne qui, selon la légende, aurait enseigné l’agriculture aux habitants du Latium avant la fondation de Rome, au cours d’un âge d’or paisible et heureux. Dieu des semailles, Saturne tiendrait d’ailleurs son nom du mot latin sator, le semeur.

Le 17 décembre, la foule de Rome se portait en masse vers le temple de Saturne. On enlevait alors à la statue du dieu les chaînes de laine qui l’entravaient le reste de l’année. Un prêtre, la tête découverte, procédait à un sacrifice. La foule criait :

IO SATURNALIA !

Durant cette fête, l’ordre hiérarchique était inversé de façon parodique et provisoire, l’autorité des maîtres sur les esclaves suspendue. Ces derniers avaient le droit de parler et d’agir, étaient libres de critiquer les défauts de leur maître et pouvaient même se faire servir par eux. Les tribunaux et les écoles étaient fermés. Le travail des humbles cessait pour quelques jours. Cela explique sans doute l’immense popularité des Saturnales à l’époque… et le fait que certains traits de la fête se soient perpétués jusqu’à nos jours.

Pour en savoir plus: article Saturnales de l’Ancient History Encyclopedia

Extrait de Kaamelott – Livre V – Corvus corone



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