Nunc est bibendum est une association culturelle sans but lucratif dédiée à l'évocation de l'Antiquité par les arts de la table.
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À vos marques, prêts ? Goûtez ! Que mangeaient les athlètes grecs et romains pour se préparer aux épreuves ? Quels aliments étaient réputés fortifiants ? Comment les plats étaient-ils assaisonnés
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À vos marques, prêts ? Goûtez !
Que mangeaient les athlètes grecs et romains pour se préparer aux épreuves ? Quels aliments étaient réputés fortifiants ? Comment les plats étaient-ils assaisonnés ?
L’association Nunc est bibendum vous invite à une dégustation à l’ancienne : venez découvrir les saveurs de l’Antiquité le temps d’un atelier gourmand et instructif.
Dès 7 ans · 20 min · Toutes les 30 min, dans la limite des stocks disponibles
Première séance à 18h30, dernière à 21h. Atelier pour 15 personnes maximum.
Dates
30 mai 2026 18:00 - 21:00
202606juinToute la journée07Journées romaines de Nyon
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L'association Nunc est bibendum sera présente aux journées romaines de Nyon. Renseignements suivront.
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L’association Nunc est bibendum sera présente aux journées romaines de Nyon.
Renseignements suivront.
Dates
6 juin 2026 - 7 juin 2026 (Toute la journée)
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Le Musée romain de Nyon présente une exposition évolutive – réalisée avec le concours de
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Le Musée romain de Nyon présente une exposition évolutive – réalisée avec le concours de l’Archéologie cantonale, Archeodunum Investigations Archéologiques SA et des Services de la culture et d’architecture de la Ville de Nyon – sur l’un des principaux édifices antiques de Nyon, son amphithéâtre.
Depuis sa découverte en 1996, l’amphithéâtre de Nyon attise l’intérêt et suscite de nombreuses questions. Avec l’exposition « Amphithéâtre? », le Musée romain souhaite apporter des explications, des réponses et des pistes de réflexion sur le passé, le présent et le futur de l’édifice. Il devient également, le temps de l’exposition, la maison du projet de valorisation du monument, qui connaît une évolution remarquable suite au crédit d’études voté par le Conseil communal en août 2022.
L’exposition explore l’amphithéâtre à travers des questions. Sont interrogés tour à tour sa construction, sa localisation, son âge et son ensevelissement, sa fonction, ou encore la place des animaux, des gladiateurs et des femmes dans l’arène. Une sélection de blocs, inscriptions, monnaies, petits objets trouvés sur le site sont présentés et expliqués selon les connaissances basées sur le travail des archéologues.
Dates
31 mai 2024 - 10 janvier 2027 (Toute la journée)
Musée romain de Nyon
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Pour marquer son jubilé, Lugdunum – Musée et théâtres romains présente une grande exposition qui explore le rapport à l’art et à l’héritage culturel il y a 2 000 ans. Qu’est-ce
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Pour marquer son jubilé, Lugdunum – Musée et théâtres romains présente une grande exposition qui explore le rapport à l’art et à l’héritage culturel il y a 2 000 ans.
Qu’est-ce que l’art pour les Romains ? Où se situe l’art dans la cité ? Quel est le statut de l’artiste ? Quel rapport les Romains ont-ils avec l’art grec ?
Rencontrez des œuvres d’exception, provenant de France et d’Italie, et plongez dans l’univers de l’art chez les Romains.
Dates
3 octobre 2025 - 7 juin 2026 (Toute la journée)
LUGDUNUM Musée et Théâtres Romains
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L’espace d’un week-end, spectacles et jeux antiques sont à l’honneur à Nyon. À cette occasion,
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L’espace d’un week-end, spectacles et jeux antiques sont à l’honneur à Nyon.
À cette occasion, venez assister aux combats et aux entraînements des gladiateurs, rencontrer des légionnaires romains et écouter des contes et des tirades. Les artisan·es dévoilent les secrets de la fabrication des céramiques, du travail du cuir, du tissu et du verre.
Organisé par

Avec la participation de l’Association Nunc est bibendum
Esplanade des Marronniers
Les prochaines fêtes du calendrier romain
Date
202609maiToute la journée13Lemuria
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Ante diem septimum Idus Maias – Ante diem quintum Idus Maias – Ante diem tertium Idus Maias
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Ante diem septimum Idus Maias – Ante diem quintum Idus Maias – Ante diem tertium Idus Maias

EN BREF – Trois nuits de mai, le père de famille se levait à minuit pieds nus, jetait des fèves noires derrière lui en récitant neuf fois une formule de rachat, puis frappait du bronze: tels étaient les Lemuria (ou Lemuralia), l’un des plus anciens rites domestiques de Rome, destiné à apaiser et congédier les morts sans repos.
Lemuria: quand Rome congédiait ses morts
Trois nuits par an, les 9, 11 et 13 mai, les morts revenaient frapper aux portes des maisons romaines. Pas tous. Ceux que la mort avait pris avant l’heure, ceux qu’une fin violente avait laissés errants – ces morts-là n’attendaient pas qu’on vienne les honorer au cimetière. Ils venaient. Et il fallait s’en occuper.
La fête figure parmi les plus anciennes du calendrier romain – elle y est inscrite en grandes capitales sous la forme abrégée LEMVR, avec la marque N, qui signale le caractère néfaste du jour et l’interdiction de toute activité publique¹. Les temples étaient fermés, les mariages étaient proscrits. Et les trois jours ne se suivaient pas: ils avaient lieu «dans la même période, sans qu’aucun d’eux toutefois ne suive immédiatement le précédent»².
Lemures, larvae, mânes: les morts et leurs catégories
Les Romains ne concevaient pas tous leurs morts de la même manière. Apulée, dans son traité Sur le dieu de Socrate, propose une classification à partir d’un point de départ commun: l’âme humaine après la mort reçoit le nom générique de lemur. Si elle veille avec bienveillance sur sa descendance et occupe paisiblement la maison familiale, elle devient un Lar familiaris. Si au contraire elle erre sans demeure fixe, punie pour les mauvaises actions de sa vie, elle devient une larva – terreur pour les gens de bien, nuisance pour les méchants. Enfin, quand on ignore à quelle catégorie appartient un mort, on l’appelle Manes, terme auquel on adjoint par déférence le titre de deus³. Saint Augustin, dans La Cité de Dieu, reprend cette classification en soulignant les implications morales qu’elle comporte⁴.
Les lemures visés par la fête de mai appartiennent plus précisément à l’ensemble des morts sans repos: morts privés de rites funéraires, morts prématurés, morts dont la présence demeurait inquiétante pour les vivants. Horace les range parmi les objets de crainte nocturne⁵; Perse, dans ses Satires, les mêle aux rites expiatoires de la vie superstitieuse⁶.
La nuit, les fèves et le bronze
Ovide est notre seule source détaillée sur le déroulement du rituel⁷. Quand la nuit est à son milieu et que «les chiens et les oiseaux de toutes espèces se sont tus»⁸, le père de famille se lève. Aucune chaussure n’enveloppe ses pieds – aucun lien ne doit s’interposer entre lui et la terre de son domaine. De ses doigts réunis avec le pouce, il forme un signe de protection pour ne pas rencontrer dans le silence quelque ombre légère⁹. Il lave ses mains à l’eau d’une source. Se retournant, il reçoit des fèves noires et les jette derrière lui sans regarder, en prononçant neuf fois:
«Je jette ces fèves, et avec elles je rachète moi et les miens»¹⁰.
L’ombre, croit-on, les ramasse et suit ses pas sans être vue. Il touche de nouveau l’eau, fait résonner le bronze de Témèse, et demande à l’ombre de quitter son toit. Il répète neuf fois: «Mânes paternels, sortez.» Il se retourne alors et considère le rite comme accompli¹¹.
La formule Manes exite paterni mérite qu’on s’y arrête: paterni ne renvoie pas à l’ensemble des ancêtres, mais au paterfamilias précédent, le propriétaire antérieur du domaine. S’il avait été victime d’une fin prématurée, il pouvait s’accrocher au lieu de son ancienne vie et menacer son successeur de malemort, de stérilité des champs ou de maladie. Le terme paterni a donc une valeur juridique autant que généalogique: c’est le «maître» du domaine qu’il s’agit de congédier, non nécessairement un père biologique.
Chaque élément du rituel a sa logique. Le geste des doigts est généralement interprété comme apotropaïque; il pourrait correspondre à la fica – pouce dressé entre les doigts joints –, geste obscène auquel on attribuait une vertu protectrice dans d’autres contextes rituels romains. Les ablutions d’eau courante purifient l’officiant avant et après le contact avec le monde des morts. Les fèves noires ont valeur d’offrande de substitution: le mort doit se contenter des fèves au lieu de s’emparer d’un vivant. Festus précise que ces mêmes fèves étaient utilisées aux Lemuralia comme aux Parentalia – leur couleur sombre et leur lien avec la terre en font une offrande propre au monde souterrain¹². Le bronze, métal plus ancien que le fer, avait une place dans les rites archaïques, et le bruit qu’il produit était réputé mettre en fuite les esprits. Le nombre neuf – trois fois trois – concentrait la vertu du chiffre parfait.
Varron, transmis par Nonius Marcellus, confirme la pratique: dans ces temps sacrés, on jette des fèves de nuit et l’on dit chasser les lemures hors de la maison, au-delà de la porte¹³.
Une fête privée dans un mois chargé
Les Lemuria étaient une fête privée: le paterfamilias l’accomplissait pour sa familia et pour lui-même, sans prêtres d’État, sans procession. Pourtant elle figurait au calendrier officiel comme fête néfaste, car la tranquillité publique dépendait aussi de la bonne conduite de ces rituels domestiques.
Le mois de mai était au demeurant un mois chargé. Des cérémonies publiques encadraient les Lemuria sans se confondre avec elles. Le 12 mai, des jeux étaient célébrés au cirque en l’honneur de Mars¹⁴. Le 15 mai, aux ides de mai, avait lieu la cérémonie des Argei: des mannequins de jonc figurant des hommes anciens étaient précipités dans le Tibre depuis le pont Sublicius par les Vestales¹⁵ – rite dont l’origine a fait l’objet de plusieurs explications concurrentes dans les textes antiques eux-mêmes, sans qu’aucune ne s’impose. Ce même jour se tenait la fête des marchands, liée à la dédicace du temple de Mercure aux ides de mai de l’an 495 avant notre ère¹⁶: les marchands s’aspergeaient d’eau de la fontaine de Mercure à la porte Capène avec une branche de laurier, et adressaient à ce dieu une prière dans laquelle ils lui demandaient d’effacer leurs parjures passés et de favoriser leurs affaires¹⁷.
La légende de Rémus
Ovide donne une étiologie de la fête en faisant intervenir Mercure comme informateur¹⁸. Après la mort de Rémus, Faustulus et Acca Larentia regagnèrent tristement leur demeure. L’ombre ensanglantée de Rémus leur apparut à leur chevet et murmura:
«Voyez ce que je suis devenu – moi qui aurais pu, si les oiseaux me l’avaient accordé, être le plus grand parmi mon peuple. Je ne suis plus qu’une ombre vaine échappée aux flammes du bûcher: voilà tout ce qui reste de Rémus»¹⁹.
Il demandait qu’un jour soit consacré à sa mémoire. Romulus obéit et appela ce jour «Remuria». La lettre initiale dure se transforma avec le temps en lettre douce, et le nom devint Lemuria; bientôt, on appela aussi lemures les âmes des morts silencieux²⁰.
Cette étiologie est la construction d’un poète. Ovide lui-même l’indique: il avoue ignorer l’origine du nom de la fête et dit en chercher la réponse auprès d’un dieu²¹. La légende de Rémus lui permet d’ancrer la fête dans les origines mêmes de Rome – et, dans le contexte de la politique augustéenne de renouveau des traditions ancestrales (mores maiorum), de lui conférer une légitimité fondatrice.
Mai, la guerre et les morts du domaine
Une lecture d’ensemble du mois de mai éclaire la place des Lemuria dans le calendrier. À une époque archaïque – antérieure peut-être à la fin du 6e siècle – la saison guerrière ne s’étendait pas de mars à octobre, mais de mars à mai seulement. Les fêtes de mai présentent une symétrie avec celles de mars: deux Tubilustria (purifications des trompettes de guerre), deux jours de convocation des comices notés dans les calendriers épigraphiques. Cette symétrie suggère que mai marquait autrefois la clôture des campagnes militaires, le retour des soldats, et le moment où les domaines changeaient de mains par héritage ou adoption.
Dans ce cadre, les Lemuria prenaient un sens précis: congédier les anciens maîtres du domaine morts à la guerre – morts violents et prématurés, potentiellement malveillants – avant que la convocation des comices du 24 mai ne vienne officialiser le nouvel ordre des héritages et des adoptions. Le règlement rituel et privé précédait le règlement juridique et public. Les Lemuria n’étaient pas une cérémonie tournée vers le passé: elles préparaient l’avenir du domaine et de ceux qui y vivaient.
Pietas, pas exorcisme
Les traductions modernes du rituel des Lemuria ont souvent versé dans un registre anachronique: «fantômes», «spectres», «exorcisme», «magie noire». Ces choix projettent sur Ovide une cosmologie chrétienne où les morts sont des démons à chasser. Le paterfamilias ne combat pas un ennemi: il s’acquitte d’un devoir envers ses morts, dans le cadre de la pietas – cette obligation de loyauté envers la famille, les ancêtres et les dieux que Cicéron définissait comme le devoir envers «ceux auxquels nous sommes liés par la nature»²². Le rituel des Lemuria n’était pas un affrontement entre une autorité religieuse et une force du mal, mais un acte annuel et domestique, accompli par le maître de maison, pour maintenir l’équilibre entre les vivants et leurs morts.
La religion romaine était fondée sur l’«orthopraxie» – la correcte exécution des rites – et non sur un dogme. Ce n’est pas la croyance qui comptait, mais le geste accompli selon les règles. Les Lemuria étaient moins une expression de terreur devant les morts qu’un protocole rigoureux pour leur rendre ce qui leur était dû – et permettre aux vivants de reprendre leur vie normalement.
L’interdiction du mariage en mai, qui subsiste dans certaines cultures européennes jusqu’à aujourd’hui sans que ses origines soient connues de ceux qui l’observent, en est peut-être la trace la plus vivace. Certains chercheurs ont proposé que la reconsécration du Panthéon en église, le 13 mai 609 ou 610 de notre ère par le pape Boniface IV, aurait pu tenir compte de la résonance de cette date – dernier jour des Lemuria. La fête de tous les martyrs ainsi établie fut ensuite déplacée au 1er novembre par le pape Grégoire III au 8e siècle, date à laquelle elle est devenue la Toussaint. La question du lien avec les Lemuria reste ouverte.
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¹ Ovide, Fastes, V, 485-486: fana tamen veteres illis clausere diebus, / ut nunc ferali tempore operta vides («Cependant, en ces jours, nos pères fermaient les temples, comme aujourd’hui nous les voyons fermer au temps des Feralia»). La marque LEMVR en grandes capitales figure dans les Fasti Antiates maiores.
² Ovide, Fastes, V, 491-492: sed tamen haec tria sunt sub eodem tempore festa / inter se nulla continuata die.
³ Apulée, De Deo Socratis, XV: Est et secundo significatu species daemonum animus humanus emeritis stipendiis vitae corpore suo abiurans. Hunc vetere Latina lingua reperio Lemurem dictitatum. Ex hisce ergo Lemuribus qui posterorum suorum curam sortitus placato et quieto numine domum possidet, Lar dicitur familiaris; qui vero ob adversa vitae merita nullis sedibus incerta vagatione ceu quodam exilio punitur, inane terriculamentum bonis hominibus, ceterum malis noxium, id genus plerique Larvas perhibent. Cum vero incertum est, quae cuique eorum sortitio evenerit, utrum Lar sit an Larva, nomine Manem deum nuncupant.
⁴ Augustin, De Civitate Dei, IX, 11: Dicit quidem et animas hominum daemones esse et ex hominibus fieri lares, si boni meriti sunt; lemures, si mali, seu laruas; manes autem deos dici, si incertum est bonorum eos seu malorum esse meritorum.
⁵ Horace, Epistulae, II, 2, 208-209: Somnia, terrores magicos, miracula, sagas, / nocturnos lemures portentaque Thessala rides? («Les rêves, les terreurs magiques, les prodiges, les sorcières, les lémures nocturnes et les prodiges de Thessalie, est-ce là ce dont tu te ris?»)
⁶ Perse, Saturae, V, 185: tum nigri lemures ovoque pericula rupto («alors les lémures noirs et les périls d’un œuf brisé»).
⁷ Ovide, Fastes, V, 419-444.
⁸ Ovide, Fastes, V, 429-430: nox ubi iam media est somnoque silentia praebet, / et canis et variae conticuistis aves.
⁹ Ovide, Fastes, V, 433-434: signaque dat digitis medio cum pollice iunctis, / occurrat tacito ne levis umbra sibi («de son pouce placé entre ses doigts joints il fait un signe, pour ne rencontrer, dans sa marche silencieuse, aucune ombre légère»).
¹⁰ Ovide, Fastes, V, 437-438: aversusque iacit; sed dum iacit, ‘haec ego mitto, / his’ inquit ‘redimo meque meosque fabis.’ («Il se détourne et les jette; et tandis qu’il les jette, il dit: « Je jette ces fèves, et avec elles je rachète moi et les miens. »»)
¹¹ Ovide, Fastes, V, 443-444: cum dixit novies ‘manes exite paterni’ / respicit, et pure sacra peracta putat.
¹² Festus, De verborum significatione, s.v. faba: Nam et Lemuralibus iacitur larvis, et Parentalibus adhibetur sacrificiis, et in flore eius luctus litterae apparere videntur («Car aux Lemuralia on les jette aux larvae, et on les utilise dans les sacrifices des Parentalia, et dans leur fleur on croit voir apparaître les lettres du deuil»).
¹³ Varron, Vita populi Romani, I, fr. cité par Nonius Marcellus, De compendiosa doctrina, 135, 13: quibus temporibus in sacris fabam iactant noctu, ac dicunt se lemures domo extra ianuam eicere («dans ces temps sacrés, on jette des fèves de nuit et l’on dit chasser les lemures hors de la maison, au-delà de la porte»).
¹⁴ Ovide, Fastes, V, 597: sollemnes ludos Circo celebrate, Quirites: / non visa est fortem scaena decere deum («Célébrez en grande pompe, ô Romains, les jeux du cirque; ceux de la scène n’ont pas paru convenables pour fêter le dieu des combats»).
¹⁵ Ovide, Fastes, V, 621-622: Tum quoque priscorum Virgo simulacra virorum / mittere roboreo scirpea ponte solet («C’est aussi à cette époque que la Vestale précipite du pont de bois, suivant l’usage, les simulacres en jonc des anciens hommes»).
¹⁶ Tite-Live, Ab Urbe condita, II, 21: Aedes Mercuri dedicata est idibus Maiis.
¹⁷ Ovide, Fastes, V, 681-684: ‘ablue praeteriti periuria temporis’, inquit, / ‘ablue praeteritae perfida verba die. / sive ego te feci testem, falsove citavi / non audituri numina vana Iovis’ («Efface mes parjures de la veille, efface mes mensonges du temps passé. Soit que je t’aie pris à témoin, soit qu’à l’appui d’une imposture j’aie invoqué le grand nom de Jupiter qui ne devait pas m’entendre»).
¹⁸ Ovide, Fastes, V, 447-448: Pliade nate, mone, virga venerande potenti: / saepe tibi est Stygii regia visa Iovis («Instruis-moi, fils de la Pléiade dont la verge puissante commande le respect; tu as souvent visité le palais du Jupiter infernal»).
¹⁹ Ovide, Fastes, V, 459-464: ‘en ego dimidium vestri parsque altera voti, / cernite sim qualis, qui modo qualis eram! […] / nunc sum elapsa rogi flammis et inanis imago: / haec est ex illo forma relicta Remo.’
²⁰ Ovide, Fastes, V, 479-484: Romulus obsequitur, lucemque Remurian dicit / illam, qua positis iusta feruntur avis. / aspera mutata est in lenem tempore longo / littera, quae toto nomine prima fuit; / mox etiam lemures animas dixere silentum: / hic sensus verbi, vis ea vocis erat («Romulus obéit, et donne le nom de Rémus à ce jour où l’on porte des offrandes aux tombeaux des aïeux. À la longue, une lettre plus douce a remplacé la lettre plus rude qui était la première du nom. Bientôt aussi les âmes des morts furent appelées Lémures. Tel est le sens, telle est la valeur de ce mot»).
²¹ Ovide, Fastes, V, 445-446: dicta sit unde dies, quae nominis exstet origo / me fugit: ex aliquo est invenienda deo («D’où est venu le nom de ce jour, quelle en est l’origine, je l’ignore, mais quelque divinité me l’apprendra»).
²² Cicéron, De Inventione, II, 66: pietatem, quae erga patriam aut parentes aut alios sanguine coniunctos officium conservare moneat («la piété, qui nous engage à remplir notre devoir envers la patrie, nos parents ou ceux qui nous sont unis par le sang»).
👉🗓️ Toutes les fêtes du calendrier romain
🇮🇹 Versione italiana
IN BREVE – Tre notti di maggio, il padre di famiglia si alzava a mezzanotte a piedi nudi, gettava fave nere dietro di sé recitando per nove volte una formula di riscatto, poi percuoteva il bronzo: tali erano i Lemuria (o Lemuralia), uno dei più antichi riti domestici di Roma, destinato a placare e congedare i morti senza pace.
Lemuria: quando Roma congedava i suoi morti
Tre notti all’anno, il 9, l’11 e il 13 maggio, i morti tornavano a bussare alle porte delle case romane. Non tutti. Quelli che la morte aveva colto prima del tempo, quelli che una fine violenta aveva lasciato erranti – quei morti non aspettavano che si andasse a onorarli al cimitero. Venivano loro. E bisognava occuparsene.
La festa figura tra le più antiche del calendario romano – vi è iscritta in grandi maiuscole nella forma abbreviata LEMVR, con il segno N, che segnala il carattere nefasto del giorno e il divieto di qualsiasi attività pubblica¹. I templi erano chiusi, i matrimoni erano proibiti. E i tre giorni non si susseguivano: cadevano «nello stesso periodo, senza che alcuno di essi seguisse tuttavia immediatamente il precedente»².
Lemures, larvae, manes: i morti e le loro categorie
I Romani non concepivano tutti i loro morti allo stesso modo. Apuleio, nel suo trattato Sul demone di Socrate, propone una classificazione a partire da un punto di partenza comune: l’anima umana dopo la morte riceve il nome generico di lemur. Se veglia con benevolenza sulla sua discendenza e occupa pacificamente la casa familiare, diventa un Lar familiaris. Se al contrario vaga senza dimora fissa, punita per le cattive azioni della sua vita, diventa una larva – terrore per le persone perbene, danno per i malvagi. Infine, quando si ignora a quale categoria appartenga un morto, lo si chiama Manes, termine al quale si aggiunge per deferenza il titolo di deus³. Sant’Agostino, nella Città di Dio, riprende questa classificazione sottolineando le implicazioni morali che essa comporta⁴.
I lemures presi di mira dalla festa di maggio appartengono più precisamente all’insieme dei morti senza pace: morti privati di riti funebri, morti prematuri, morti la cui presenza rimaneva inquietante per i vivi. Orazio li annovera tra gli oggetti di terrore notturno⁵; Persio, nelle sue Saturae, li mescola ai riti espiatori della vita superstiziosa⁶.
La notte, le fave e il bronzo
Ovidio è la nostra unica fonte dettagliata sullo svolgimento del rituale⁷. Quando la notte è nel mezzo e «i cani e gli uccelli di ogni specie si sono taciuti»⁸, il padre di famiglia si alza. Nessuna calzatura avvolge i suoi piedi – nessun legame deve interporsi tra lui e la terra del suo podere. Con le dita riunite col pollice, forma un segno di protezione per non incontrare nel silenzio qualche ombra leggera⁹. Lava le mani all’acqua di una sorgente. Voltandosi, riceve fave nere e le getta dietro di sé senza guardare, pronunciando per nove volte:
«Getto queste fave, e con esse riscatto me e i miei»¹⁰.
L’ombra, si crede, le raccoglie e segue i suoi passi senza essere vista. Tocca di nuovo l’acqua, fa risuonare il bronzo di Temesa, e chiede all’ombra di abbandonare il suo tetto. Ripete per nove volte: «Manes exite paterni.» Si volta allora e considera il rito compiuto¹¹.
La formula Manes exite paterni merita che ci si soffermi: paterni non rimanda all’insieme degli antenati, ma al paterfamilias precedente, il proprietario anteriore del podere. Se era stato vittima di una fine prematura, poteva aggrapparsi al luogo della sua antica vita e minacciare il suo successore con morte violenta, sterilità dei campi o malattia. Il termine paterni ha dunque un valore giuridico tanto quanto genealogico: è il «padrone» del podere che si tratta di congedare, non necessariamente un padre biologico.
Ogni elemento del rituale ha la sua logica. Il gesto delle dita è generalmente interpretato come apotropaico; potrebbe corrispondere alla fica – pollice eretto tra le dita congiunte –, gesto osceno al quale si attribuiva una virtù protettrice in altri contesti rituali romani. Le abluzioni d’acqua corrente purificano l’officiante prima e dopo il contatto con il mondo dei morti. Le fave nere hanno valore di offerta sostitutiva: il morto deve accontentarsi delle fave invece di impadronirsi di un vivente. Festo precisa che queste stesse fave erano utilizzate ai Lemuralia come ai Parentalia – il loro colore scuro e il loro legame con la terra ne fanno un’offerta propria al mondo sotterraneo¹². Il bronzo, metallo più antico del ferro, aveva un posto nei riti arcaici, e il rumore che produce era ritenuto mettere in fuga gli spiriti. Il numero nove – tre volte tre – concentrava la virtù del numero perfetto.
Varrone, tramandato da Nonio Marcello, conferma la pratica: in questi tempi sacri, si gettano fave di notte e si dice di cacciare i lemures fuori dalla casa, al di là della porta¹³.
Una festa privata in un mese denso
I Lemuria erano una festa privata: il paterfamilias la compiva per la sua familia e per se stesso, senza sacerdoti di Stato, senza processione. Eppure figurava nel calendario ufficiale come festa nefasta, poiché la tranquillità pubblica dipendeva anche dalla buona conduzione di questi rituali domestici.
Il mese di maggio era del resto un mese denso. Cerimonie pubbliche inquadravano i Lemuria senza confondersi con essi. Il 12 maggio, dei giochi erano celebrati al circo in onore di Marte¹⁴. Il 15 maggio, alle idi di maggio, aveva luogo la cerimonia degli Argei: manichini di giunco raffiguranti antichi uomini venivano precipitati nel Tevere dal ponte Sublicio dalle Vestali¹⁵ – rito la cui origine è stata oggetto di diverse spiegazioni concorrenti negli stessi testi antichi, senza che alcuna si imponesse. Quello stesso giorno si teneva la festa dei mercanti, legata alla dedicazione del tempio di Mercurio alle idi di maggio dell’anno 495 avanti la nostra era¹⁶: i mercanti si aspergevano d’acqua della fontana di Mercurio alla porta Capena con un ramo di lauro, e rivolgevano a quel dio una preghiera nella quale gli chiedevano di cancellare i loro passati spergiuri e di favorire i loro affari¹⁷.
La leggenda di Remo
Ovidio fornisce un’eziologia della festa facendo intervenire Mercurio come informatore¹⁸. Dopo la morte di Remo, Faustolo e Acca Larenzia tornarono tristemente alla loro dimora. L’ombra insanguinata di Remo apparve loro al capezzale e mormorò:
«Guardate ciò che sono diventato – io che avrei potuto, se gli uccelli me lo avessero concesso, essere il più grande tra il mio popolo. Non sono che una vana ombra sfuggita alle fiamme del rogo: ecco tutto ciò che resta di Remo»¹⁹.
Chiedeva che un giorno fosse consacrato alla sua memoria. Romolo obbedì e chiamò quel giorno «Remuria». La lettera iniziale dura si trasformò nel tempo in lettera dolce, e il nome divenne Lemuria; ben presto, si chiamarono anche lemures le anime dei morti silenziosi²⁰.
Questa eziologia è la costruzione di un poeta. Ovidio stesso lo indica: confessa di ignorare l’origine del nome della festa e dice di cercarne la risposta presso un dio²¹. La leggenda di Remo gli permette di ancorare la festa nelle origini stesse di Roma – e, nel contesto della politica augustea di rinnovamento delle tradizioni ancestrali (mores maiorum), di conferirle una legittimità fondatrice.
Maggio, la guerra e i morti del podere
Una lettura d’insieme del mese di maggio illumina il posto dei Lemuria nel calendario. In un’epoca arcaica – anteriore forse alla fine del VI secolo – la stagione guerriera non si estendeva da marzo a ottobre, ma da marzo a maggio soltanto. Le feste di maggio presentano una simmetria con quelle di marzo: due Tubilustria (purificazioni delle trombe da guerra), due giorni di convocazione dei comizi segnalati nei calendari epigrafici. Questa simmetria suggerisce che maggio segnasse un tempo la chiusura delle campagne militari, il ritorno dei soldati, e il momento in cui i poderi cambiavano di mano per eredità o adozione.
In questo quadro, i Lemuria assumevano un senso preciso: congedare gli antichi padroni del podere morti in guerra – morti violenti e prematuri, potenzialmente malevoli – prima che la convocazione dei comizi del 24 maggio venisse a ufficializzare il nuovo ordine delle eredità e delle adozioni. Il regolamento rituale e privato precedeva il regolamento giuridico e pubblico. I Lemuria non erano una cerimonia rivolta al passato: preparavano il futuro del podere e di coloro che vi vivevano.
Pietas, non esorcismo
Le traduzioni moderne del rituale dei Lemuria sono spesso scivolate in un registro anacronistico: «fantasmi», «spettri», «esorcismo», «magia nera». Queste scelte proiettano su Ovidio una cosmologia cristiana in cui i morti sono demoni da scacciare. Il paterfamilias non combatte un nemico: adempie un dovere verso i suoi morti, nel quadro della pietas – quell’obbligo di lealtà verso la famiglia, gli antenati e gli dèi che Cicerone definiva come il dovere verso «coloro ai quali siamo uniti dalla natura»²². Il rituale dei Lemuria non era uno scontro tra un’autorità religiosa e una forza del male, ma un atto annuale e domestico, compiuto dal padrone di casa, per mantenere l’equilibrio tra i vivi e i loro morti.
La religione romana era fondata sull’«ortopraxis» – la corretta esecuzione dei riti – e non su un dogma. Non era la credenza che contava, ma il gesto compiuto secondo le regole. I Lemuria erano meno un’espressione di terrore davanti ai morti che un protocollo rigoroso per rendere loro ciò che era loro dovuto – e permettere ai vivi di riprendere la propria vita normalmente.
Il divieto del matrimonio in maggio, che sussiste in alcune culture europee fino a oggi senza che le sue origini siano note a coloro che lo osservano, ne è forse la traccia più vitale. Alcuni studiosi hanno proposto che la riconsacrazione del Pantheon in chiesa, il 13 maggio 609 o 610 della nostra era da parte di papa Bonifacio IV, avrebbe potuto tener conto della risonanza di quella data – ultimo giorno dei Lemuria. La festa di tutti i martiri così istituita fu poi spostata al 1° novembre da papa Gregorio III nell’VIII secolo, data alla quale è diventata la festa di Ognissanti. La questione del legame con i Lemuria resta aperta.
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¹ Ovidio, Fasti, V, 485-486: fana tamen veteres illis clausere diebus, / ut nunc ferali tempore operta vides («Tuttavia, in quei giorni, i nostri padri chiudevano i templi, come oggi li vediamo chiusi al tempo dei Feralia»). Il segno LEMVR in grandi maiuscole figura nei Fasti Antiates maiores.
² Ovidio, Fasti, V, 491-492: sed tamen haec tria sunt sub eodem tempore festa / inter se nulla continuata die.
³ Apuleio, De Deo Socratis, XV: Est et secundo significatu species daemonum animus humanus emeritis stipendiis vitae corpore suo abiurans. Hunc vetere Latina lingua reperio Lemurem dictitatum. Ex hisce ergo Lemuribus qui posterorum suorum curam sortitus placato et quieto numine domum possidet, Lar dicitur familiaris; qui vero ob adversa vitae merita nullis sedibus incerta vagatione ceu quodam exilio punitur, inane terriculamentum bonis hominibus, ceterum malis noxium, id genus plerique Larvas perhibent. Cum vero incertum est, quae cuique eorum sortitio evenerit, utrum Lar sit an Larva, nomine Manem deum nuncupant.
⁴ Agostino, De Civitate Dei, IX, 11: Dicit quidem et animas hominum daemones esse et ex hominibus fieri lares, si boni meriti sunt; lemures, si mali, seu laruas; manes autem deos dici, si incertum est bonorum eos seu malorum esse meritorum.
⁵ Orazio, Epistulae, II, 2, 208-209: Somnia, terrores magicos, miracula, sagas, / nocturnos lemures portentaque Thessala rides? («I sogni, i terrori magici, i prodigi, le streghe, i lémuri notturni e i prodigi della Tessaglia, è di questo che ti ridi?»)
⁶ Persio, Saturae, V, 185: tum nigri lemures ovoque pericula rupto («poi i lémuri neri e i pericoli di un uovo rotto»).
⁷ Ovidio, Fasti, V, 419-444.
⁸ Ovidio, Fasti, V, 429-430: nox ubi iam media est somnoque silentia praebet, / et canis et variae conticuistis aves.
⁹ Ovidio, Fasti, V, 433-434: signaque dat digitis medio cum pollice iunctis, / occurrat tacito ne levis umbra sibi («col pollice posto tra le dita congiunte fa un segno, per non incontrare, nel suo cammino silenzioso, alcuna ombra leggera»).
¹⁰ Ovidio, Fasti, V, 437-438: aversusque iacit; sed dum iacit, ‘haec ego mitto, / his’ inquit ‘redimo meque meosque fabis.’ («Si volta e le getta; e mentre le getta, dice: « Getto queste fave, e con esse riscatto me e i miei. »»)
¹¹ Ovidio, Fasti, V, 443-444: cum dixit novies ‘manes exite paterni’ / respicit, et pure sacra peracta putat.
¹² Festo, De verborum significatione, s.v. faba: Nam et Lemuralibus iacitur larvis, et Parentalibus adhibetur sacrificiis, et in flore eius luctus litterae apparere videntur («Poiché ai Lemuralia le si getta alle larvae, e le si utilizza nei sacrifici dei Parentalia, e nel loro fiore si crede di vedere apparire le lettere del lutto»).
¹³ Varrone, Vita populi Romani, I, fr. citato da Nonio Marcello, De compendiosa doctrina, 135, 13: quibus temporibus in sacris fabam iactant noctu, ac dicunt se lemures domo extra ianuam eicere («in questi tempi sacri, si gettano fave di notte e si dice di cacciare i lemures fuori dalla casa, al di là della porta»).
¹⁴ Ovidio, Fasti, V, 597: sollemnes ludos Circo celebrate, Quirites: / non visa est fortem scaena decere deum («Celebrate in grande pompa, o Quiriti, i giochi del circo; quelli della scena non sono parsi convenienti per onorare il dio dei combattimenti»).
¹⁵ Ovidio, Fasti, V, 621-622: Tum quoque priscorum Virgo simulacra virorum / mittere roboreo scirpea ponte solet («È anche in questa occasione che la Vestale precipita dal ponte di legno, secondo l’uso, i simulacri di giunco degli antichi uomini»).
¹⁶ Tito Livio, Ab Urbe condita, II, 21: Aedes Mercuri dedicata est idibus Maiis.
¹⁷ Ovidio, Fasti, V, 681-684: ‘ablue praeteriti periuria temporis’, inquit, / ‘ablue praeteritae perfida verba die. / sive ego te feci testem, falsove citavi / non audituri numina vana Iovis’ («Cancella i miei spergiuri del giorno prima, cancella le mie menzogne del tempo passato. Sia che ti abbia preso a testimone, sia che a sostegno di un’impostura abbia invocato il grande nome di Giove che non doveva ascoltarmi»).
¹⁸ Ovidio, Fasti, V, 447-448: Pliade nate, mone, virga venerande potenti: / saepe tibi est Stygii regia visa Iovis («Istruiscimi, figlio della Pleiade dalla cui verga possente emana il rispetto; hai spesso visitato il palazzo del Giove infernale»).
¹⁹ Ovidio, Fasti, V, 459-464: ‘en ego dimidium vestri parsque altera voti, / cernite sim qualis, qui modo qualis eram! […] / nunc sum elapsa rogi flammis et inanis imago: / haec est ex illo forma relicta Remo.’
²⁰ Ovidio, Fasti, V, 479-484: Romulus obsequitur, lucemque Remurian dicit / illam, qua positis iusta feruntur avis. / aspera mutata est in lenem tempore longo / littera, quae toto nomine prima fuit; / mox etiam lemures animas dixere silentum: / hic sensus verbi, vis ea vocis erat («Romolo obbedisce, e dà il nome di Remo a quel giorno in cui si portano le offerte alle tombe degli avi. Col tempo, una lettera più dolce ha sostituito la lettera più dura che era la prima del nome. Ben presto anche le anime dei morti furono chiamate Lémuri. Tale è il senso, tale è il valore di questa parola»).
²¹ Ovidio, Fasti, V, 445-446: dicta sit unde dies, quae nominis exstet origo / me fugit: ex aliquo est invenienda deo («Da dove viene il nome di questo giorno, quale ne sia l’origine, lo ignoro, ma qualche divinità me lo insegnerà»).
²² Cicerone, De Inventione, II, 66: pietatem, quae erga patriam aut parentes aut alios sanguine coniunctos officium conservare moneat («la pietà, che ci spinge ad adempiere il nostro dovere verso la patria, i genitori o coloro che ci sono uniti dal sangue»).
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🇬🇧 English version
IN BRIEF – Three nights in May, the head of the household would rise at midnight barefoot, throw black beans behind him whilst reciting a redemption formula nine times, then strike bronze: such were the Lemuria (or Lemuralia), one of the oldest domestic rites of Rome, designed to appease and dismiss the restless dead.
Lemuria: when Rome dismissed its dead
Three nights a year, on 9, 11, and 13 May, the dead came back to knock at the doors of Roman houses. Not all of them. Those whom death had taken before their time, those whom a violent end had left wandering – those dead did not wait to be honoured at the cemetery. They came. And they had to be dealt with.
The festival figures among the oldest in the Roman calendar – it is inscribed there in capital letters in the abbreviated form LEMVR, with the mark N, which signals the inauspicious character of the day and the prohibition of all public activity¹. Temples were closed, marriages were forbidden. And the three days did not follow one another: they fell « within the same period, without any of them immediately following the preceding one »².
Lemures, larvae, manes: the dead and their categories
The Romans did not conceive of all their dead in the same way. Apuleius, in his treatise On the God of Socrates, proposes a classification starting from a common point: the human soul after death receives the generic name of lemur. If it watches benevolently over its descendants and peacefully inhabits the family home, it becomes a Lar familiaris. If on the contrary it wanders without fixed abode, punished for the misdeeds of its life, it becomes a larva – a terror to good people, a nuisance to the wicked. Finally, when it is unknown to which category a dead person belongs, they are called Manes, a term to which the title of deus is respectfully added³. Saint Augustine, in The City of God, takes up this classification whilst emphasising the moral implications it carries⁴.
The lemures targeted by the May festival belong more precisely to the company of the restless dead: those denied funerary rites, those who died prematurely, those whose presence remained unsettling to the living. Horace numbers them among the objects of nocturnal dread⁵; Persius, in his Saturae, mingles them with the expiatory rites of the superstitious life⁶.
The night, the beans, and the bronze
Ovid is our only detailed source on the conduct of the ritual⁷. When the night is at its midpoint and « the dogs and birds of every kind have fallen silent »⁸, the head of the household rises. No shoe envelops his feet – no bond must interpose itself between him and the earth of his estate. With fingers joined at the thumb, he forms a protective sign lest some light shade cross his path in the silence⁹. He washes his hands in spring water. Turning away, he takes up black beans and throws them behind him without looking, pronouncing nine times:
« I throw these beans, and with them I redeem myself and mine »¹⁰.
The shade, it is believed, gathers them up and follows in his footsteps unseen. He touches the water once more, sounds the bronze of Temesa, and bids the shade to quit his roof. He repeats nine times: « Manes exite paterni. » He then turns around and considers the rite accomplished¹¹.
The formula Manes exite paterni deserves closer attention: paterni does not refer to the ancestors as a whole, but to the previous paterfamilias, the former owner of the estate. If he had met with a premature end, he might cling to the place of his former life and threaten his successor with violent death, barrenness of the fields, or disease. The term paterni thus carries a juridical value as much as a genealogical one: it is the « master » of the estate who must be dismissed, not necessarily a biological father.
Each element of the ritual has its own logic. The finger gesture is generally interpreted as apotropaic; it may correspond to the fica – thumb thrust between the joined fingers –, an obscene gesture to which a protective virtue was attributed in other Roman ritual contexts. The ablutions in running water purify the officiant before and after contact with the world of the dead. The black beans serve as a substitute offering: the dead must content themselves with the beans rather than seizing a living person. Festus notes that these same beans were used at the Lemuralia as at the Parentalia – their dark colour and their connection with the earth make them an offering suited to the underworld¹². Bronze, a metal older than iron, had its place in archaic rites, and the noise it produces was believed to put spirits to flight. The number nine – three times three – concentrated the virtue of the perfect number.
Varro, transmitted by Nonius Marcellus, confirms the practice: in these sacred times, beans are thrown at night and one declares oneself to be driving the lemures out of the house, beyond the door¹³.
A private festival in a crowded month
The Lemuria was a private festival: the paterfamilias performed it for his familia and for himself, without State priests, without procession. Yet it figured in the official calendar as an inauspicious festival, for public tranquillity depended also on the proper conduct of these domestic rituals.
The month of May was moreover a crowded month. Public ceremonies framed the Lemuria without merging with them. On 12 May, games were celebrated in the circus in honour of Mars¹⁴. On 15 May, the Ides of May, the ceremony of the Argei took place: rush effigies representing ancient men were cast into the Tiber from the Pons Sublicius by the Vestals¹⁵ – a rite whose origin gave rise to several competing explanations in the ancient texts themselves, without any one prevailing. That same day was held the festival of merchants, linked to the dedication of the temple of Mercury on the Ides of May in 495 BCE¹⁶: merchants sprinkled themselves with water from the fountain of Mercury at the Porta Capena using a laurel branch, and addressed to that god a prayer in which they asked him to wash away their past perjuries and favour their trade¹⁷.
The legend of Remus
Ovid provides an aetiology of the festival by bringing in Mercury as informant¹⁸. After the death of Remus, Faustulus and Acca Larentia made their way sadly home. The bloodied shade of Remus appeared at their bedside and murmured:
« Look at what I have become – I who could, had the birds granted it, have been the greatest among my people. I am now but a vain shade escaped from the flames of the pyre: that is all that remains of Remus »¹⁹.
He asked that a day be consecrated to his memory. Romulus obeyed and called that day « Remuria. » The hard initial letter was transformed over time into a soft one, and the name became Lemuria; soon, the souls of the silent dead were also called lemures²⁰.
This aetiology is the construction of a poet. Ovid himself indicates as much: he confesses to ignorance of the origin of the festival’s name and says he seeks the answer from a god²¹. The legend of Remus allows him to anchor the festival in the very origins of Rome – and, in the context of Augustan policy for the renewal of ancestral traditions (mores maiorum), to confer upon it a founding legitimacy.
May, warfare, and the dead of the estate
A reading of the month of May as a whole illuminates the place of the Lemuria in the calendar. In an archaic age – perhaps prior to the end of the 6th century – the war season did not extend from March to October, but from March to May only. The festivals of May display a symmetry with those of March: two Tubilustria (purifications of the war trumpets), two days of comitial convocation noted in the epigraphic calendars. This symmetry suggests that May once marked the close of military campaigns, the return of soldiers, and the moment when estates changed hands through inheritance or adoption.
In this framework, the Lemuria took on a precise meaning: to dismiss the former masters of the estate who had died in war – violent and premature deaths, potentially malevolent – before the convocation of the comitia on 24 May came to formalise the new order of inheritances and adoptions. The ritual and private settlement preceded the juridical and public one. The Lemuria were not a ceremony directed towards the past: they prepared the future of the estate and of those who lived upon it.
Pietas, not exorcism
Modern translations of the Lemuria ritual have often slipped into an anachronistic register: « ghosts, » « spectres, » « exorcism, » « black magic. » These choices project onto Ovid a Christian cosmology in which the dead are demons to be driven out. The paterfamilias does not combat an enemy: he fulfils a duty towards his dead, within the framework of pietas – that obligation of loyalty towards family, ancestors, and gods which Cicero defined as the duty towards « those to whom we are bound by nature »²². The ritual of the Lemuria was not a confrontation between a religious authority and a force of evil, but an annual and domestic act, performed by the master of the household, to maintain the balance between the living and their dead.
Roman religion was founded on « orthopraxy » – the correct performance of rites – and not on a dogma. It was not belief that mattered, but the gesture performed according to the rules. The Lemuria were less an expression of terror before the dead than a rigorous protocol for rendering them their due – and for allowing the living to resume their lives normally.
The prohibition of marriage in May, which survives in certain European cultures to this day without those who observe it knowing its origins, is perhaps its most enduring trace. Some scholars have proposed that the reconsecration of the Pantheon as a church, on 13 May 609 or 610 CE by Pope Boniface IV, may have taken into account the resonance of that date – the last day of the Lemuria. The festival of all the martyrs thus established was subsequently moved to 1 November by Pope Gregory III in the 8th century, the date on which it became All Saints’ Day. The question of the link with the Lemuria remains open.
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¹ Ovid, Fasti, V, 485-486: fana tamen veteres illis clausere diebus, / ut nunc ferali tempore operta vides (« Yet in those days our forebears closed the temples, as today we see them shut in the time of the Feralia »). The mark LEMVR in capital letters appears in the Fasti Antiates maiores.
² Ovid, Fasti, V, 491-492: sed tamen haec tria sunt sub eodem tempore festa / inter se nulla continuata die.
³ Apuleius, De Deo Socratis, XV: Est et secundo significatu species daemonum animus humanus emeritis stipendiis vitae corpore suo abiurans. Hunc vetere Latina lingua reperio Lemurem dictitatum. Ex hisce ergo Lemuribus qui posterorum suorum curam sortitus placato et quieto numine domum possidet, Lar dicitur familiaris; qui vero ob adversa vitae merita nullis sedibus incerta vagatione ceu quodam exilio punitur, inane terriculamentum bonis hominibus, ceterum malis noxium, id genus plerique Larvas perhibent. Cum vero incertum est, quae cuique eorum sortitio evenerit, utrum Lar sit an Larva, nomine Manem deum nuncupant.
⁴ Augustine, De Civitate Dei, IX, 11: Dicit quidem et animas hominum daemones esse et ex hominibus fieri lares, si boni meriti sunt; lemures, si mali, seu laruas; manes autem deos dici, si incertum est bonorum eos seu malorum esse meritorum.
⁵ Horace, Epistulae, II, 2, 208-209: Somnia, terrores magicos, miracula, sagas, / nocturnos lemures portentaque Thessala rides? (« Dreams, magical terrors, marvels, witches, nocturnal lemures and Thessalian portents – is it these you laugh at? »)
⁶ Persius, Saturae, V, 185: tum nigri lemures ovoque pericula rupto (« then the black lemures and the perils of a broken egg »).
⁷ Ovid, Fasti, V, 419-444.
⁸ Ovid, Fasti, V, 429-430: nox ubi iam media est somnoque silentia praebet, / et canis et variae conticuistis aves.
⁹ Ovid, Fasti, V, 433-434: signaque dat digitis medio cum pollice iunctis, / occurrat tacito ne levis umbra sibi (« with thumb placed between his joined fingers he makes a sign, lest some light shade cross his silent path »).
¹⁰ Ovid, Fasti, V, 437-438: aversusque iacit; sed dum iacit, ‘haec ego mitto, / his’ inquit ‘redimo meque meosque fabis.’ (« He turns away and throws them; and whilst throwing them, he says: ‘I throw these beans, and with them I redeem myself and mine.' »)
¹¹ Ovid, Fasti, V, 443-444: cum dixit novies ‘manes exite paterni’ / respicit, et pure sacra peracta putat.
¹² Festus, De verborum significatione, s.v. faba: Nam et Lemuralibus iacitur larvis, et Parentalibus adhibetur sacrificiis, et in flore eius luctus litterae apparere videntur (« For at the Lemuralia they are thrown to the larvae, and they are used in the sacrifices of the Parentalia, and in their flower the letters of mourning are believed to appear »).
¹³ Varro, Vita populi Romani, I, fr. cited by Nonius Marcellus, De compendiosa doctrina, 135, 13: quibus temporibus in sacris fabam iactant noctu, ac dicunt se lemures domo extra ianuam eicere (« in these sacred times, beans are thrown at night and one declares oneself to be driving the lemures out of the house, beyond the door »).
¹⁴ Ovid, Fasti, V, 597: sollemnes ludos Circo celebrate, Quirites: / non visa est fortem scaena decere deum (« Celebrate with full solemnity, O Romans, the games of the circus; those of the stage did not seem fitting for honouring the god of battle »).
¹⁵ Ovid, Fasti, V, 621-622: Tum quoque priscorum Virgo simulacra virorum / mittere roboreo scirpea ponte solet (« It is also at this time that the Vestal casts from the wooden bridge, according to custom, the rush effigies of the ancient men »).
¹⁶ Livy, Ab Urbe condita, II, 21: Aedes Mercuri dedicata est idibus Maiis.
¹⁷ Ovid, Fasti, V, 681-684: ‘ablue praeteriti periuria temporis’, inquit, / ‘ablue praeteritae perfida verba die. / sive ego te feci testem, falsove citavi / non audituri numina vana Iovis’ (« Wash away my perjuries of former times, wash away the faithless words of days gone by. Whether I called thee to witness, or invoked in support of some deceit the great name of Jupiter who was not to hear me »).
¹⁸ Ovid, Fasti, V, 447-448: Pliade nate, mone, virga venerande potenti: / saepe tibi est Stygii regia visa Iovis (« Instruct me, son of the Pleiad, whose powerful wand commands reverence; thou hast often visited the palace of the infernal Jupiter »).
¹⁹ Ovid, Fasti, V, 459-464: ‘en ego dimidium vestri parsque altera voti, / cernite sim qualis, qui modo qualis eram! […] / nunc sum elapsa rogi flammis et inanis imago: / haec est ex illo forma relicta Remo.’
²⁰ Ovid, Fasti, V, 479-484: Romulus obsequitur, lucemque Remurian dicit / illam, qua positis iusta feruntur avis. / aspera mutata est in lenem tempore longo / littera, quae toto nomine prima fuit; / mox etiam lemures animas dixere silentum: / hic sensus verbi, vis ea vocis erat (« Romulus obeyed, and gave the name of Remus to that day on which offerings are brought to the tombs of ancestors. In time, a softer letter replaced the harder one that stood first in the name. Soon the souls of the dead were also called Lemures. Such is the sense, such is the force of that word »).
²¹ Ovid, Fasti, V, 445-446: dicta sit unde dies, quae nominis exstet origo / me fugit: ex aliquo est invenienda deo (« Whence comes the name of this day, what is the origin of the word, escapes me: some god must be found to provide the answer »).
²² Cicero, De Inventione, II, 66: pietatem, quae erga patriam aut parentes aut alios sanguine coniunctos officium conservare moneat (« piety, which bids us fulfil our duty towards our country, our parents, or those united to us by blood »).
Dates
9 mai 2026 - 13 mai 2026 (Toute la journée)
202607juinToute la journée15Vestalia
Description
Ante diem septimum idus Iunias - Ante diem septimum decimum kalendas Iulias Rare représentation de Vesta sous
Description
Ante diem septimum idus Iunias – Ante diem septimum decimum kalendas Iulias

EN BREF. Chaque année du 7 au 15 juin, les Vestalia transformaient Rome: rituels mystérieux dans le temple secret de Vesta, matrones en pèlerinage pieds nus, et surprenante fête populaire des boulangers couronnant leurs ânes de fleurs! Cette célébration du feu sacré incarnait la croyance romaine fondamentale: tant que brûlait sa flamme, Rome était éternelle.
Les Vestalia: la fête du feu sacré de Rome
Chaque année, du 7 au 15 juin, la Rome antique célébrait les Vestalia, l’une de ses fêtes religieuses les plus importantes. Cette célébration en l’honneur de Vesta, déesse du foyer et gardienne du feu sacré de la cité, mêlait rituels secrets, processions publiques et… fête des boulangers. Une combinaison qui révèle la capacité de la religion romaine à unir le sacré et le quotidien.
Une déesse sans visage au cœur de l’État romain
Vesta occupait une place unique dans le panthéon romain. Fille de Saturne et d’Ops, sœur de Jupiter, elle incarnait la flamme pure et éternelle. «Quant à toi, comprends bien que Vesta n’est autre qu’une flamme vive, et qu’on ne voit aucun corps naître de la flamme», explique le poète Ovide dans ses Fastes. Contrairement aux autres divinités, elle n’avait pas de statue dans son temple: seul un feu perpétuel la représentait.
Cette particularité s’explique par l’ancienneté de son culte. Vesta appartenait aux traditions religieuses les plus archaïques des peuples latins, bien avant la fondation de Rome. Son temple rond, unique dans l’architecture religieuse romaine, reproduisait la forme des huttes primitives et symbolisait la Terre elle-même. «C’est que Vesta est comme la terre: toutes deux ont en elles un feu perpétuel», précise Ovide.
Six prêtresses pour un feu éternel
Le culte de Vesta était confié aux Vestales, six prêtresses choisies dans l’enfance. Initialement recrutées parmi les familles patriciennes, cette fonction s’ouvrit progressivement aux plébéiennes puis aux filles d’affranchis. Elles devaient respecter une chasteté absolue pendant trente ans de service: dix ans d’apprentissage, dix ans d’exercice et dix ans d’enseignement. Leur principale mission consistait à entretenir le feu sacré qui ne devait jamais s’éteindre, sous peine de catastrophe pour Rome.
La tradition attribuait au roi Numa, deuxième roi de Rome, l’organisation de ce sacerdoce féminin vers 700 avant notre ère. «Ce fut l’œuvre du roi pacifique, l’esprit le plus respectueux de la divinité qu’eût jamais porté la terre sabine», écrit Ovide dans ses Fastes. Les Vestales vivaient dans une maison spéciale près du temple, appelée l’Atrium Vestae, et jouissaient de privilèges exceptionnels: elles pouvaient posséder des biens, témoigner en justice et circuler librement dans Rome.
La violation du vœu de chasteté entraînait une punition terrible: la coupable était enterrée vivante dans un caveau souterrain avec une lampe et un peu de nourriture. Ainsi périt celle qui manque à la chasteté: on l’ensevelit dans ce qu’elle a profané, note sobrement Ovide.
Le 7 juin: l’ouverture du temple secret
Les Vestalia commençaient le 7 juin par un événement exceptionnel: l’ouverture du penus Vestae, le sanctuaire secret de la déesse. Ce «garde-manger sacré» contenait les objets les plus précieux de Rome, notamment le Palladium, cette statue de Minerve réputée tombée du ciel à Troie et garante de la souveraineté romaine.
D’ordinaire, ce lieu saint était interdit à tous, y compris aux hommes. Seules les Vestales et, dans certaines circonstances, le grand pontife pouvaient y pénétrer. Mais pendant les Vestalia, comme l’explique Ovide, les matrones se rendaient en pèlerinage à l’Aedes Vestae, qui, autrement, n’était jamais ouvert.
Ces femmes mariées de la haute société devaient observer des règles strictes: elles entraient pieds nus et cheveux dénoués, en souvenir des temps anciens où le temple de Vesta était encore entouré de marais. Cette prescription conservait la mémoire de l’époque où tout le quartier du Forum était régulièrement inondé.
Le 9 juin: entre solennité religieuse et fête populaire
Le point culminant des Vestalia avait lieu le 9 juin, jour de fête publique officielle. Les Vestales accomplissaient alors leur tâche la plus délicate: la préparation de la mola salsa, une farine sacrée mélangée à du sel utilisée dans tous les sacrifices romains.
Cette préparation exigeait un rituel minutieux entièrement accompli par les prêtresses. Elles devaient cueillir elles-mêmes les épis d’épeautre dans un champ spécial, les moudre avec des meules dédiées, pétrir la pâte avec de l’eau sacrée et cuire les galettes dans un four spécialement conçu. Les archéologues ont d’ailleurs retrouvé ce moulin et ce four dans les ruines de la Maison des Vestales au Forum romain.
Mais le 9 juin était aussi devenu, à partir du 2e siècle avant notre ère, une joyeuse fête des artisans. Voici le pain suspendu au cou des ânons couronnés et les guirlandes de fleurs recouvrant les meules rugueuses, décrit Ovide. Les meuniers et boulangers chômaient ce jour-là, ornaient leurs outils de travail et menaient des cortèges d’ânes couronnés de violettes dans les rues de Rome.
Cette association entre Vesta et les métiers de la boulangerie n’avait rien d’artificiel. Elle s’expliquait par le rôle des Vestales dans la préparation de la mola salsa et par l’importance du foyer domestique dans la fabrication du pain familial, avant l’apparition des boulangers professionnels.
Du pain contre les Gaulois: la légende de Jupiter Pistor
Ovide rapporte une légende qui explique pourquoi Jupiter était aussi honoré pendant les Vestalia sous le nom de Pistor (le Boulanger). En 390 avant notre ère, lors du siège du Capitole par les Gaulois, les Romains assiégés souffraient de la famine. Jupiter leur inspire alors une ruse: «Levez-vous et du haut de la citadelle, jetez au milieu des ennemis le bien que vous souhaiteriez le moins leur envoyer!».
Les Romains comprennent qu’il s’agit du blé et «jettent les dons de Cérès, qui, en tombant, résonnent sur les casques et les longs boucliers». Croyant leurs ennemis pourvus en vivres, les Gaulois lèvent le siège. «Une fois l’ennemi repoussé, les Romains élèvent un autel tout blanc à Jupiter Pistor», conclut le poète.
Si cette anecdote relève probablement de la légende, elle témoigne de l’importance symbolique du pain dans la mentalité romaine et de son lien avec la protection divine.
Le 15 juin: purification et fermeture
Les Vestalia s’achevaient le 15 juin par une cérémonie de purification appelée stercoratio. Le temple était soigneusement nettoyé par les Vestales, et les «immondices sacrées» évacuées selon un rituel précis: elles étaient transportées par la voie du Clivus Capitolinus jusqu’à la Porte Stercoraire, puis jetées dans le Tibre. Cette opération était consignée dans les calendriers officiels par la formule Quando Stercus Delatum Fas («Une fois les immondices enlevées, le jour devient faste»).
L’historien Georges Dumézil explique que ce terme d’«immondices» ne peut référer qu’à des «excréments animaux», vestige fossilisé du temps où une société pastorale devait nettoyer le siège de son feu sacré. Cette interprétation souligne l’extraordinaire ancienneté du culte de Vesta, remontant aux origines mêmes de la civilisation latine.
Les Vestalia ne se limitaient pas à Rome
Le culte de Vesta n’était pas une spécificité romaine. D’autres cités du Latium célébraient leurs propres Vestalia, chacune avec ses vestales. Bovillae conservait les traditions des vestales d’Albe-la-Longue, tandis que Lavinium entretenait l’ordre des Laurentes Lavinates. Tibur (actuelle Tivoli) possédait également ses prêtresses, et un magnifique temple de Vesta y subsiste encore aujourd’hui. Cette diffusion révèle l’ancienneté et l’importance du culte dans le monde latin, bien antérieur à la fondation de Rome.
Un culte millénaire au cœur de l’identité romaine
Cette fête née dans les temps préhistoriques du Latium sut s’adapter aux transformations de la société tout en conservant sa fonction essentielle: garantir la continuité de Rome par la protection du feu sacré.
L’importance de ce culte se mesure à sa longévité extraordinaire. Malgré l’émergence du christianisme, les Vestalia demeurèrent l’une des dernières fêtes païennes pratiquées à Rome. Il fallut attendre l’an 391 de notre ère et l’interdiction formelle de l’empereur Théodose 1er pour voir s’éteindre définitivement le feu de Vesta, après plus de mille ans d’entretien continu.
Les Vestalia illustrent parfaitement l’art romain de faire évoluer les traditions sans les dénaturer. Pour les Romains, Vesta n’était pas seulement une divinité parmi d’autres: elle incarnait la permanence de leur cité, le lien entre les générations et la protection divine qui assurait la grandeur de leur empire. Tant que brûlait sa flamme, Rome était éternelle.
Sources antiques
- Ovide, Fastes, livre VI, vers 249-468.
- Plutarque, Vie de Numa, 9-10.
- Tite-Live, Histoire romaine, I, 20.
- Denys d’Halicarnasse, Antiquités romaines, II, 66-67.
- Aulu-Gelle, Nuits attiques, I, 12.
- Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XVIII, 7.
Études modernes citées
- Dumézil, Georges, La Religion romaine archaïque, Paris, Payot & Rivages, 2000.
- Heymann, Marcelle, « La Vestale au nom oublié », Études, t. 297, 1958, p. 186.
Dates
7 juin 2026 - 15 juin 2026 (Toute la journée)
202611juinToute la journéeMatralia
Description
Ante diem tertium idus Iunias EN BREF. Dans la Rome antique, une
Description
Ante diem tertium idus Iunias

EN BREF. Dans la Rome antique, une fête féminine aux rites déroutants se déroulait le 11 juin: les Matralia. Les mères priaient pour leurs neveux mais jamais pour leurs propres enfants, battaient une esclave avant de la chasser du temple et offraient des galettes à Mater Matuta, déesse de l’aurore. Seules les femmes mariées une fois y participaient.
Les Matralia: rites féminins et mystères de l’aurore dans la Rome antique
Chaque 11 juin, dans la Rome antique, les matrones se rassemblaient au Forum Boarium pour célébrer les Matralia, une fête religieuse exclusivement féminine dédiée à Mater Matuta. Cette cérémonie, aux rites complexes et parfois déroutants, révèle les aspects les plus anciens de la religion romaine et le rôle central des femmes dans la perpétuation de la communauté.
Une déesse aux multiples visages
Mater Matuta était une divinité d’origine italique, antérieure à la fondation de Rome. Son nom associe deux dimensions essentielles: «Mater» évoque la maternité, tandis que «Matuta» se rattache à l’aurore. Cette fonction auroriale est confirmée par Lucrèce, qui évoque Matuta dans ses vers sur les phénomènes célestes: selon les sources italiennes, le poète décrit comment «à une heure déterminée Matuta répand par les régions de l’éther l’aurore rosée et libère la lumière» (De Rerum Natura, V, 656).
Selon l’érudit Verrius Flaccus cité par Festus, la déesse était aussi appelée Mater Matuta pour sa bonté (Mater Matuta ob bonitatem antiqui appellabant). Les sources rapportent plusieurs épithètes liés à ses fonctions maternelles et aurorales.
Les Romains identifièrent progressivement Mater Matuta à la déesse grecque Ino-Leucothée. Cicéron confirme cette assimilation (De Natura Deorum, III, 48), et Ovide développe longuement le mythe grec pour expliquer les rites romains.
Le temple du Forum Boarium
Selon la tradition rapportée par Tite-Live (V, 19, 6), le roi Servius Tullius fit édifier le temple de Mater Matuta au Forum Boarium, près de la porte Carmentalis, au 6e siècle avant notre ère. Détruit en 506 avant notre ère, il fut reconstruit par Marcus Furius Camillus en 396 avant notre ère, comme le raconte Plutarque (Vie de Camille, 5).
Un incendie ravagea le sanctuaire en 213 avant notre ère, mais il fut immédiatement reconstruit l’année suivante avec le temple voisin de Fortuna (Tite-Live, XXV, 7, 6). En 196 avant notre ère, deux arcs furent ajoutés devant les deux temples.
Les fouilles archéologiques ont révélé l’ancienneté du site avec des terres cuites architecturales remontant au 6e siècle avant notre ère. Le temple était situé à côté de celui de Fortuna, formant ce que les archéologues appellent les «temples jumeaux du Forum Boarium».
Les rites des Matralia: entre dévotion et exclusion
La fête était strictement réservée aux femmes libres et plus précisément aux univirae, c’est-à-dire aux femmes mariées une seule fois, comme le précise Tertullien (De Monogamia, XVII, 3). Ovide s’adresse directement à elles: «Allez, bonnes mères (les Matralia sont votre festival), et offrez à la déesse thébaine les gâteaux jaunes qui lui sont dus» (Fastes, VI, 475-476).
Les participantes se rendaient au temple pour accomplir plusieurs gestes rituels. Elles couronnaient de guirlandes la statue de Mater Matuta et lui offraient des galettes spécialement préparées. Ovide mentionne l’offrande de «galettes jaunes» et évoque dans son récit mythologique les galettes préparées par Carmenta (Fastes, VI, 531-532).
Le mystère des neveux et nièces
L’aspect le plus singulier des Matralia concernait les prières adressées à la déesse. Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, les mères ne priaient pas pour leurs propres enfants, mais pour ceux de leurs sœurs. Plutarque s’interroge sur cette coutume dans ses Questions romaines (17): «Pourquoi les femmes implorent-elles cette déesse non pour leurs enfants mais pour ceux de leurs sœurs?»
Cette pratique énigmatique interpellait déjà les Anciens. Ovide pose la question fondamentale qui structure tout son développement: «Qui est cette déesse? Pourquoi écarte-t-elle ses servantes du seuil du temple – car elle les écarte – et pourquoi exige-t-elle des gâteaux grillés?» (Fastes, VI, 479-482). Pour lui, cette déesse «personnellement elle paraît avoir été une mère peu heureuse. Vous lui confierez plus sagement les rejetons d’une autre mère: elle fut plus utile à Bacchus qu’à ses propres enfants» (Fastes, VI, 561-562). Ino avait en effet élevé son neveu Dionysos après la mort de sa sœur Sémélé, mais ses propres fils avaient connu un sort tragique.
L’expulsion rituelle de l’esclave
Un autre rite marquait la cérémonie: l’introduction puis l’expulsion violente d’une esclave. Plutarque décrit cette pratique (Vie de Camille, 5, 2) et Ovide l’évoque également (Fastes, VI, 551). Une femme esclave était exceptionnellement introduite dans le temple, normalement interdit aux personnes de condition servile, puis chassée par les matrones qui la frappaient.
Ovide tente d’expliquer cette pratique par une légende impliquant une servante qui aurait trompé Ino (Fastes, VI, 551-558), concluant que «voilà pourquoi la classe des servantes est l’objet de sa haine».
Une fête dans le calendrier romain
Les Matralia se déroulaient le 11 juin, en pleine période des célébrations dédiées à Vesta (du 9 au 15 juin). Cette date n’était pas anodine: le mois de juin était placé sous la protection de Junon selon Ovide, et plusieurs fêtes à caractère féminin s’y concentraient.
La proximité avec le solstice d’été donnait une dimension cosmique à la célébration. Dix jours avant que les jours n’atteignent leur durée maximale, les femmes romaines célébraient la déesse de l’aurore.
Le temple voisin de Fortuna
À côté du sanctuaire de Mater Matuta se dressait le temple de Fortuna, également attribué à Servius Tullius. Ce temple abritait une statue mystérieuse, entièrement voilée de toges, qu’il était interdit de découvrir. Ovide évoque cette interdiction et l’avertissement de la déesse (Fastes, VI, 619-620).
Les sources antiques divergent sur l’identité de cette statue: représentait-elle le roi Servius Tullius, la déesse Fortuna elle-même, ou Pudicitia selon Festus? Cette incertitude révèle probablement l’ancienneté de cette image, décrite par Denys d’Halicarnasse comme un objet de bois de facture archaïque (IV, 40, 7).
L’évolution du culte
Au fil des siècles, le culte de Mater Matuta évolua. L’assimilation avec Ino-Leucothée s’accompagna d’une extension de ses attributions: déesse terrestre de l’aurore et de la maternité, elle devint aussi une divinité marine protectrice des ports.
Son «fils» Mélicerte-Palémon fut identifié au dieu romain Portunus, protecteur des ports. Ovide évoque cette transformation dans son récit où la prophétesse annonce à Ino et Mélicerte leur nouveau statut divin et leurs nouveaux noms (Fastes, VI, 543-547).
Les témoignages archéologiques
Au-delà de Rome, le culte de Mater Matuta était répandu dans toute l’Italie centrale. À Satricum, Tite-Live mentionne son temple (V, 19, 6), et les fouilles ont révélé de nombreux objets votifs. À Capoue, le site de Fondo Patturelli a livré des statues votives témoignant de la popularité de la déesse en Campanie.
Ces découvertes confirment que Mater Matuta était vénérée par les hommes comme par les femmes, contrairement aux Matralia romaines qui excluaient la gent masculine.
Les liens avec d’autres divinités
Mater Matuta partageait plusieurs caractéristiques avec d’autres déesses méditerranéennes. Sa proximité avec Fortuna dans le culte romain s’explique par leurs domaines d’action complémentaires et la contiguïté de leurs temples au Forum Boarium.
Les sources rapportent aussi son association avec la Bona Dea, suggérant des recoupements entre différents cultes féminins de la religion romaine.
Un héritage durable
Les Matralia témoignent de la capacité de la religion romaine à préserver des traditions très anciennes tout en les adaptant aux évolutions de la société. Les rites apparemment incompréhensibles aux Romains eux-mêmes conservaient la mémoire de croyances très anciennes.
Cette fête révèle aussi l’importance des femmes dans la religion romaine: loin d’être cantonnées aux cultes domestiques, elles avaient leurs propres célébrations publiques, leurs propres temples, leurs propres rituels. Les Matralia constituaient un moment où s’exprimait pleinement la religiosité féminine, avec ses codes, ses exclusions et ses solidarités spécifiques.
Sources antiques
- Cicéron, De Natura Deorum, III, 48
- Festus, De Verborum Significatu, s.v. «Mater Matuta ob bonitatem antiqui appellabant»
- Ovide, Fastes, VI, 469-648
- Plutarque, Vies parallèles, Vie de Camille, 5 ; Questions romaines, 17
- Tertullien, De Monogamia, XVII, 3
- Tite-Live, Ab Urbe Condita, V, 19, 6 ; XXV, 7, 6
Dates
11 juin 2026 Toute la journée
202624juinToute la journéeFors Fortuna
Description
Ante diem octavum kalendas Iulias EN BREF.
Description
Ante diem octavum kalendas Iulias

EN BREF. Fors Fortuna était une fête romaine populaire célébrée le 24 juin, jour du solstice d’été. Les Romains descendaient le Tibre en barques décorées pour honorer la déesse de la chance dans ses temples. Cette célébration joyeuse attirait surtout la plèbe et les esclaves, qui espéraient voir leur sort s’améliorer comme celui du roi Servius Tullius, passé de l’esclavage au trône selon la légende.
La fête de Fors Fortuna: une célébration populaire sur les rives du Tibre
Le 24 juin, les Romains de l’Antiquité célébraient l’une de leurs fêtes les plus joyeuses: Fors Fortuna. Cette journée, appelée dies Fortis Fortunae selon Varron, était dédiée à la déesse de la chance et du hasard. Contrairement à de nombreuses célébrations religieuses réservées aux élites, cette fête attirait particulièrement les classes populaires de Rome.
Une déesse du peuple
Fors Fortuna était vénérée avant tout par la plèbe et les esclaves, comme nous l’apprend Ovide dans ses Fastes. Cette popularité s’expliquait par l’histoire même de la déesse: «la plèbe vénère cette déesse, parce que, dit-on, le fondateur de son temple est issu de la plèbe et, malgré son origine modeste, a porté le sceptre». Ovide précise également que «ce culte convient aussi aux esclaves, parce que Tullius, né d’une esclave, a élevé ce temple voisin en l’honneur de la déesse capricieuse».
Ce Tullius mentionné par Ovide désigne le roi Servius Tullius, dont les origines faisaient débat dans l’Antiquité. Certaines traditions lui donnaient une ascendance divine, d’autres une origine servile. Cette ambiguïté même faisait de lui l’incarnation parfaite des possibilités offertes par la Fortune, qui pouvait élever les plus humbles au sommet du pouvoir.
Les temples de Fors Fortuna
Les calendriers épigraphiques romains mentionnent deux temples principaux dédiés à Fors Fortuna, tous deux situés au-delà du Tibre (trans Tiberim). Le premier se dressait au premier mille de la via Portuensis, le second au sixième mille, près du bois de Dea Dia. Les deux sanctuaires avaient été consacrés le 24 juin.
La tradition attribuait la construction du temple le plus proche de Rome au roi Servius Tullius, comme l’indiquent plusieurs auteurs antiques: Denys d’Halicarnasse, Plutarque (bien qu’il l’attribue parfois à Ancus Marcius), Varron et Ovide. Le second temple fut édifié plus tard par le consul Sp. Carvilio en 293 avant notre ère, avec une partie du butin de la guerre victorieuse contre les Étrusques et les Samnites selon Tite-Live.
Il est possible qu’avant la construction de ces temples, la déesse ait été honorée dans un lieu sacré en plein air, car certaines sources mentionnent un fanum Fortis Fortunae plutôt qu’un aedes (temple construit).
Une fête sur l’eau
Le jour de la Fors Fortuna, Ovide encourage les Romains: «Allez, célébrez joyeusement la déesse Fors, ô Quirites ! Sur la rive du Tibre, elle a reçu le présent d’un roi». La célébration prenait la forme d’un pèlerinage vers les temples situés de l’autre côté du fleuve.
Les participants se rendaient aux sanctuaires «en courant, les uns à pied, d’autres en barque rapide», précise Ovide. Le poète ajoute avec humour: «n’ayez pas honte de revenir de là en étant ivres». La fête se déroulait en grande partie sur l’eau: «Barques couronnées, emportez les jeunes gens qui festoient et qu’au milieu des ondes, ils boivent des flots de vin!»
Cette dimension nautique était si caractéristique que Cicéron désigne cette fête sous le nom de Tiberina Descensio («Descente du Tibre»), qu’il décrit comme une célébration marquée par une grande allégresse. Les participants descendaient le Tibre en barques décorées, participaient aux rituels dans les temples, puis remontaient vers Rome dans une ambiance festive.
Le sens de la célébration
Le nom même de la déesse éclaire sa fonction. Le terme fors, utilisé principalement comme adverbe (forte), signifiait en latin classique le hasard ou l’événement fortuit selon Cicéron, ou l’événement casuel et favorable selon Donat.
Certains érudits du 19e siècle ont proposé de faire dériver fors et fortuna de la racine indo-européenne bher-, la même que fero (porter). Fors Fortuna serait ainsi la déesse qui porte ou emporte, ce qui pourrait se rattacher au solstice d’été comme moment où les âmes descendent du monde supralunaire dans la sphère terrestre.
Les interprétations modernes voient en Fors Fortuna soit une divinité liée aux récoltes, invoquée pour garantir leur abondance ou pour remercier de les avoir protégées des caprices climatiques, soit une divinité solaire liée au solstice d’été. Cette seconde hypothèse s’appuie sur le fait que le solstice d’été était situé au 24 juin selon plusieurs sources antiques (Pline, Isidore de Séville, les calendriers philocaliens).
L’iconographie de la déesse
Les représentations de Fors Fortuna, conservées principalement à l’époque impériale, la montrent tenant le globe du commandement dans la main gauche et la corne d’abondance dans la droite, parfois accompagnée d’une roue. Tite-Live nous apprend que la statue de la déesse portait une couronne surmontée d’un signe.
Ces attributs symbolisaient les différents aspects de son pouvoir: le globe évoquait la domination du monde, la corne d’abondance la prospérité qu’elle pouvait dispenser, et la roue l’instabilité du destin humain.
Une fête démocratique
La Fors Fortuna du 24 juin illustrait parfaitement l’une des caractéristiques de la religion romaine: sa capacité à offrir des espaces de célébration commune à toutes les classes sociales. En s’adressant particulièrement aux humbles, cette fête leur donnait l’espoir que la Fortune pourrait un jour transformer leur condition, à l’image de Servius Tullius passé de l’esclavage au trône.
Sources antiques
- Cicéron, De finibus, V, 70
- Donat, Commentaire à Térence, Phormion, 841
- Ovide, Fastes, VI, 765-784
- Tite-Live, Ab Urbe condita, X, 46, 14 ; XXVII, 11, 3
- Varron, De lingua latina, VI, 17
Sources épigraphiques
- Corpus Inscriptionum Latinarum, I², 243, 211, 320
Études modernes
- Max Müller, étymologie indo-européenne de fors et fortuna (XIXe siècle)
Dates
24 juin 2026 Toute la journée










