Nunc est bibendum est une association culturelle sans but lucratif dédiée à l'évocation de l'Antiquité par les arts de la table.
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À vos marques, prêts ? Goûtez ! Que mangeaient les athlètes grecs et romains pour se préparer aux épreuves ? Quels aliments étaient réputés fortifiants ? Comment les plats étaient-ils assaisonnés
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À vos marques, prêts ? Goûtez !
Que mangeaient les athlètes grecs et romains pour se préparer aux épreuves ? Quels aliments étaient réputés fortifiants ? Comment les plats étaient-ils assaisonnés ?
L’association Nunc est bibendum vous invite à une dégustation à l’ancienne : venez découvrir les saveurs de l’Antiquité le temps d’un atelier gourmand et instructif.
Dès 7 ans · 20 min · Toutes les 30 min, dans la limite des stocks disponibles
Première séance à 18h30, dernière à 21h. Atelier pour 15 personnes maximum.
202606juinToute la journée07Journées romaines de Nyon
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L'association Nunc est bibendum sera présente aux journées romaines de Nyon. Renseignements suivront.
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L’association Nunc est bibendum sera présente aux journées romaines de Nyon.
Renseignements suivront.
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6 juin 2026 - 7 juin 2026 (Toute la journée)
Les nouveautés du site
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Le Musée romain de Nyon présente une exposition évolutive – réalisée avec le concours de
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Le Musée romain de Nyon présente une exposition évolutive – réalisée avec le concours de l’Archéologie cantonale, Archeodunum Investigations Archéologiques SA et des Services de la culture et d’architecture de la Ville de Nyon – sur l’un des principaux édifices antiques de Nyon, son amphithéâtre.
Depuis sa découverte en 1996, l’amphithéâtre de Nyon attise l’intérêt et suscite de nombreuses questions. Avec l’exposition « Amphithéâtre? », le Musée romain souhaite apporter des explications, des réponses et des pistes de réflexion sur le passé, le présent et le futur de l’édifice. Il devient également, le temps de l’exposition, la maison du projet de valorisation du monument, qui connaît une évolution remarquable suite au crédit d’études voté par le Conseil communal en août 2022.
L’exposition explore l’amphithéâtre à travers des questions. Sont interrogés tour à tour sa construction, sa localisation, son âge et son ensevelissement, sa fonction, ou encore la place des animaux, des gladiateurs et des femmes dans l’arène. Une sélection de blocs, inscriptions, monnaies, petits objets trouvés sur le site sont présentés et expliqués selon les connaissances basées sur le travail des archéologues.
Dates
31 mai 2024 - 10 janvier 2027 (Toute la journée)
Musée romain de Nyon
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Pour marquer son jubilé, Lugdunum – Musée et théâtres romains présente une grande exposition qui explore le rapport à l’art et à l’héritage culturel il y a 2 000 ans. Qu’est-ce
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Pour marquer son jubilé, Lugdunum – Musée et théâtres romains présente une grande exposition qui explore le rapport à l’art et à l’héritage culturel il y a 2 000 ans.
Qu’est-ce que l’art pour les Romains ? Où se situe l’art dans la cité ? Quel est le statut de l’artiste ? Quel rapport les Romains ont-ils avec l’art grec ?
Rencontrez des œuvres d’exception, provenant de France et d’Italie, et plongez dans l’univers de l’art chez les Romains.
Dates
3 octobre 2025 - 7 juin 2026 (Toute la journée)
LUGDUNUM Musée et Théâtres Romains
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Etes-vous prêt à plonger dans les profondeurs obscures au large de l'île d'Anticythère pour
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Etes-vous prêt à plonger dans les profondeurs obscures au large de l’île d’Anticythère pour découvrir un navire coulé dans l’Antiquité ? Alors n’hésitez pas et venez visiter notre nouvelle exposition temporaire !
L’exposition Nouvelles d’Anticythère est consacrée aux recherches menées au large d’Anticythère entre 2021 et 2025 par l’Unité d’archéologie classique de l’Université de Genève, en collaboration avec le Ministère grec de la Culture. C’est sur cette île qu’a été retrouvée en 1900 l’épave d’un important navire marchand ayant fait naufrage au premier siècle avant notre ère. Cette exposition vous propose de plonger sur le site de l’épave et de découvrir les aspects qui font de ce navire un sujet si crucial pour la recherche archéologique à l’échelle de la Méditerranée entière.
Dates
20 octobre 2025 - 6 mai 2026 (Toute la journée)
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L’espace d’un week-end, spectacles et jeux antiques sont à l’honneur à Nyon. À cette occasion,
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L’espace d’un week-end, spectacles et jeux antiques sont à l’honneur à Nyon.
À cette occasion, venez assister aux combats et aux entraînements des gladiateurs, rencontrer des légionnaires romains et écouter des contes et des tirades. Les artisan·es dévoilent les secrets de la fabrication des céramiques, du travail du cuir, du tissu et du verre.
Organisé par

Avec la participation de l’Association Nunc est bibendum
Esplanade des Marronniers
Les prochaines fêtes du calendrier romain
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202627avrToute la journée02maiFloralia
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Ante diem quintum Kalendas Maias - Ante diem sextum Nonas Maias Fresque représentant Flora, provenant de
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Ante diem quintum Kalendas Maias – Ante diem sextum Nonas Maias

EN BREF. Les Floralia, fêtes romaines dédiées à la déesse Flora, mêlaient dévotion religieuse et divertissements populaires. Ces célébrations printanières se distinguaient par leur ambiance libre où prostituées dansaient nues, où l’on portait des vêtements multicolores et où l’on relâchait des animaux symbolisant la fertilité. L’anecdote de Caton quittant le théâtre face aux spectacles licencieux témoigne des tensions morales que suscitait cette fête plébéienne qui connut un immense succès dans tout l’Empire.
Les lièvres de Flora et les éléphants funambules
À la charnière d’avril et de mai, Rome a célébré pendant six jours une déesse qui n’occupe pas le premier rang du panthéon classique mais dont le nom est gravé dans le calendrier officiel : Flora. Les ludi Florales ont commencé le 28 avril – le 4 des calendes de mai dans le décompte romain – et se sont prolongés jusqu’au 3 mai. Les sources antiques, des Fastes Préénestins à Ovide en passant par Pline l’Ancien, en font une fête liée à la floraison des cultures, mais aussi un spectacle public au ton libre, où courtisanes, vêtements colorés et jeux nocturnes tranchaient avec la sobriété d’autres célébrations romaines.
Ovide a fait parler la déesse elle-même au livre V des Fastes. Elle y revendique son rôle agraire avant tout autre : « Si les blés ont bien fleuri, l’aire sera riche ; si la vigne a bien fleuri, il y aura du vin ; si les oliviers ont bien fleuri, l’année sera des plus brillantes, et les fruits suivront la saison »[^1]. Sa puissance ne se limite pas aux fleurs ornementales : « Une fleur qui se gâte, et c’est la perte des vesces et des fèves, et la perte de tes lentilles, étranger Nil »[^2].
Une déesse plus ancienne que ses jeux
Le culte de Flora est nettement plus ancien que la fête publique de 238. Varron en fait une divinité d’origine sabine, comptée parmi celles à qui le roi Titus Tatius aurait voué des autels à Rome : « Et les autels sentent la langue sabine, qui ont été dédiés à Rome par le vœu du roi Tatius : car, comme le disent les annales, il a voué à Ops, à Flora, à Vediovis et à Saturne, au Soleil, à la Lune, à Vulcain et à Summanus »[^3]. Ailleurs, le même Varron mentionne, parmi les flamines mineurs institués par Numa, le flamen Floralis[^4], indice d’une intégration ancienne de Flora dans la structure sacerdotale romaine. Flora figure aussi parmi les divinités auxquelles les Frères Arvales – très ancienne confrérie sacerdotale – offraient des piacula, dans une liste qui s’ouvre par Janus et se termine par Vesta[^5]. Le sanctuaire le plus ancien de Flora à Rome se trouvait sur le Quirinal, colline tenue dans la tradition pour sabine[^6]. Le culte rendu à la déesse débordait largement Rome : on en suit la trace chez les Sabins, où un cippe trouvé près d’Aquila atteste un mois consacré à Flora, et chez les Vestins, où la lex templi de Furfo donne la même indication[^7].
Cicéron confirme le caractère officiel des jeux à la fin de la République. Édile désigné, il énumère parmi ses charges celle « d’apaiser pour le peuple et la plèbe romaine, par la solennité des jeux, Flora, mère »[^8]. La formule Flora mater dit la dignité reconnue à la déesse, et le verbe placare – apaiser – rappelle que la fête répond d’abord à une logique de précaution rituelle.
Chloris devenue Flora, et la conception de Mars
Au-delà de l’ancrage italique du culte, Ovide a donné à Flora un récit d’origine grec. Dans le dialogue qu’il prête à la déesse, celle-ci se présente d’abord sous un autre nom : « J’étais Chloris, qu’on appelle maintenant Flora : la lettre grecque de mon nom a été corrompue par le son latin »[^9]. Nymphe des champs Élysées, elle a été aperçue par Zéphyr alors qu’elle errait au printemps ; le vent d’ouest l’a poursuivie, l’a saisie et l’a faite son épouse, réparant la violence par le titre de mariée. De cette union, dit-elle, lui est venu un jardin fertile dans les champs reçus en dot, et la maîtrise sur toutes les fleurs : « Mon époux l’a rempli de fleurs nobles, et il a dit : « Aie, déesse, l’arbitrage de la fleur » »[^10]. Le poète attribue ainsi à la déesse une étiologie florale au sens strict : c’est elle qui a, la première, semé les fleurs nouvelles parmi les peuples, alors que la terre était d’une seule couleur ; c’est elle qui, du sang de l’enfant Hyacinthe, a tiré la première fleur portant inscrite, sur sa feuille, la plainte du dieu[^11].
À cette généalogie florale, Ovide joint un épisode plus discret : la conception de Mars par Junon sans intervention de Jupiter. Junon, irritée que Jupiter ait engendré Minerve seul, sans elle, est venue demander conseil à Flora. La déesse, hésitante par crainte du roi des dieux, a fini par lui révéler le secret : une fleur née dans les champs d’Olénos, unique dans son jardin, dont le toucher rend mère même une vache stérile. Junon a été touchée à son tour, et Mars a été conçu. Reconnaissant à Flora ce service, le dieu lui a dit, selon Ovide : « Toi aussi, aie place dans la ville de Romulus »[^12].
Ces récits relèvent de la mythographie ovidienne plus que du fond rituel romain. Ils proposent une généalogie hellénisante – Chloris, Zéphyr, le sang d’Hyacinthe – et une étiologie qui rattache Flora à la naissance de Mars, donc au mois qui ouvre l’année romaine archaïque.
Une fête née d’une crise agricole
Pline l’Ancien a relié explicitement les Floralia à l’angoisse paysanne du printemps. Il les place dans une triade festive avec les Robigalia et les Vinalia, instituées contre les trois moments redoutés des cultures : « Ils ont craint trois saisons pour les fruits, raison pour laquelle ils ont institué les fêtes et les jours fériés des Robigalia, des Floralia et des Vinalia »[^13].
La date de fondation est précise. Pline indique que les Floralia ont été instituées en 516 de la fondation de Rome – soit 238 avant notre ère – sur l’avis des livres sibyllins, « afin que toutes choses défleurissent bien »[^14]. Une autre tradition antique, transmise par Velleius Paterculus, fixe l’événement à l’année du consulat de Torquatus et Sempronius, sans qu’il soit possible de concilier les deux datations[^15]. Les Fastes Préénestins, calendrier épigraphique attribué à Verrius Flaccus, confirment la date du 28 avril : un temple a été dédié à Flora, qui veille à la floraison des plantes, « pour remédier à la stérilité des récoltes »[^16]. Le temple s’élevait ad circum maximum, près de celui de Cérès, et avait été fondé par les édiles plébéiens Publicii[^17]. Tacite, dans une mention rétrospective au livre II des Annales, signale ce sanctuaire parmi ceux qui ont été restaurés à l’époque augustéenne et dédiés à nouveau en 17 de notre ère sous Tibère[^18]. Plusieurs convergences rapprochent la fondation des Floralia de celle des Cerealia : famine alléguée comme cause dans les deux cas, proximité topographique des deux temples, fondation par des magistrats plébéiens, caractère licencieux des jeux – autant de traits qui donnent au culte une coloration plébéienne marquée[^19].
Ovide en a donné une version étiologique poétique. Sa Flora explique que Rome l’avait négligée et que la sanction n’avait pas tardé : les oliviers en fleurs frappés par les vents, les blés frappés par la grêle, les vignes ravagées par les pluies brusques. Les Pères auraient alors voué des jeux annuels « si l’année fleurit bien », et les consuls Postumius et Laenas se seraient acquittés de ce vœu[^20]. La tradition antique offre ainsi deux récits étiologiques superposés – sibyllin chez Pline, votif chez Ovide – qui ne se recoupent pas exactement, sans que le texte d’Ovide contredise frontalement celui de Pline. Ovide a transmis aussi l’épisode républicain qui mêle morale agraire et histoire institutionnelle : le peuple ayant pris l’habitude de mettre paître son bétail sur les terres publiques puis sur des terres privées, l’affaire a été portée devant les édiles plébéiens Publicii, qui ont condamné les coupables et fait verser leurs amendes au peuple ; d’une partie de cette somme a été financée la fondation des jeux, et d’une autre l’aménagement de la pente qui était jusque-là un rocher escarpé et qui « porte, encore maintenant, le nom de Publicius »[^21]. Le récit lie ainsi la fête à un acte de justice publique sur l’ager publicus.
Selon les Fastes Préénestins et la mention d’Ovide, V, 329 et suivants, les jeux ont été rendus annuels en 173 avant notre ère, sous le consulat de Lucius Postumius Albinus et de Marcus Popilius Laenas. Cette transformation a coïncidé avec une période où la crise de la petite propriété italienne et la pression d’une plèbe urbaine grossie de ruraux déracinés rendaient les fêtes plébéiennes politiquement utiles aux groupes dirigeants ; les Postumii, principaux promoteurs des innovations religieuses de ces années, en ont tiré un regain de popularité[^22]. Une épidémie a frappé Rome dans les années précédentes : Tite-Live a décrit, pour l’année 174 avant notre ère, une pestilentia venue du bétail et passée aux hommes, telle que « ceux qui en avaient été atteints survivaient difficilement au septième jour ; ceux qui survivaient étaient saisis d’une maladie longue, surtout de la fièvre quarte »[^23]. Le Sénat avait voté un votum et une supplicatio pour la santé du peuple. L’historien antique n’établit pas de lien explicite entre cette épidémie et l’institution annuelle des Floralia l’année suivante, mais la coïncidence chronologique a été notée par la critique moderne.
Couronnes, vêtements bariolés, jeux nocturnes
L’ambiance des Floralia tranchait avec celle d’autres fêtes du calendrier. Ovide a énuméré les éléments qui faisaient leur singularité : couronnes tressées posées sur les têtes, roses jetées sur les tables, convives ivres dansant les cheveux ceints de tilleul, sérénades nocturnes devant la porte de l’aimée[^24]. Ovide a opposé explicitement le vêtement des Floralia à celui des Cerealia : « Pourquoi, alors que pour les Cerealia on donne des robes blanches, celle-ci convient-elle dans une parure aux couleurs variées ? »[^25]. La déesse, dans le texte ovidien, propose deux explications possibles : la moisson blanchit dans ses épis mûrs, mais les fleurs présentent au contraire toutes les couleurs.
Les illuminations nocturnes faisaient également partie de la fête. Ovide a interrogé la déesse sur la raison de ces lumières et lui prête trois réponses possibles : les champs eux-mêmes brillent quand les fleurs pourpres y éclatent, la fleur et la flamme partagent un éclat qui attire le regard, et surtout « la licence nocturne convient à nos plaisirs : c’est la cause vraie qui vient en troisième »[^26].
Le caractère licencieux de la fête est attesté par plusieurs auteurs. Ovide, dans le passage cité, fait répondre la déesse à la question de la « foule des courtisanes » présente aux jeux : Flora ne fait pas partie des divinités austères, ses rites doivent rester ouverts à un public plébéien, et elle invite à profiter de la beauté tant qu’elle fleurit – « profite de l’éclat de l’âge tant qu’il fleurit ; on méprise l’épine, quand les roses sont tombées »[^27].
Valère Maxime a transmis l’épisode le plus fameux dans cette veine. Aux jeux floraux donnés par l’édile Messius, le peuple n’osa pas, en présence de Caton, demander que les mimes se dénudent. Caton, averti par son voisin Favonius, quitta alors le théâtre « pour ne pas, par sa présence, empêcher la coutume du spectacle »[^28]. L’anecdote, construite à des fins d’exemplarité morale, suppose comme implicite la pratique habituelle de la dénudation des mimes – sans que Valère Maxime ne la décrive lui-même.
Juvénal, dans la sixième Satire, n’a pas décrit les Floralia mais y a fait une allusion oblique. Pour fustiger les matrones romaines qui s’entraînent au combat de gladiatrice, il les juge dignes de paraître au signal d’ouverture des jeux floraux : « Qui ignore ces endromides tyriennes et la pommade féminine, ou qui n’a pas vu les coups assenés au pieu, qu’elle creuse à force de baguettes et qu’elle harcèle de son bouclier, et qui remplit toutes les figures, vraiment digne, cette matrone, de la trompette florale ? »[^29]. La pointe satirique présuppose, sans la décrire, l’ambiance scénique débridée des Floralia comme arrière-plan moralement tolérable pour des excentricités féminines que le poète condamne.
Cassius Dion a transmis un épisode plus précis encore. Sous Tibère, en 33 de notre ère, le préteur Lucius Apronius Caesianus, lié à Séjan, avait fait donner aux Floralia un programme qui prolongeait les spectacles jusqu’à la tombée de la nuit, en mettant en scène des esclaves chauves – allusion narquoise à la calvitie de l’empereur – puis avait fait raccompagner le peuple à la sortie du théâtre par cinq mille esclaves au crâne rasé portant des torches[^30]. Tibère, dit Cassius Dion, a fermé les yeux sur la manœuvre. L’épisode atteste à la fois la persistance du caractère nocturne des jeux à l’époque impériale et la marge laissée aux organisateurs pour y inscrire des allusions politiques.
Lièvres et chèvres dans le cirqueAu lieu des fauves d’Afrique habituels aux venationes, les Floralia voyaient lâcher dans l’enceinte des animaux pacifiques. Ovide a posé la question à la déesse : « Pourquoi, à la place des lionnes de Libye, fait-on prendre au filet pour toi des chevreuils paisibles et le lièvre craintif ? »[^31]. La réponse de la déesse a relié le choix à la nature de son domaine : non les forêts, mais les jardins et les champs cultivés, où les bêtes farouches n’ont pas leur place. Le rapprochement avec le lâcher de renards aux Cerealia a souvent été fait : ces animaux prolifiques et herbivores ont pu être lus comme une figure du principe de fécondité, cohérente avec une déesse qui présidait aux jardins et aux champs[^32].
Le calendrier précise que les jeux comportaient un volet circassien et un volet scénique. Ovide annonce à la déesse : « Le Cirque sort en ton honneur, et la palme acclamée des théâtres ; que ce chant aille avec le don du Cirque »[^33]. Les Fastes Préénestins, à la suite de la mention du 28 avril, indiquent pour les jours suivants la simple notation Ludi – les jeux continuent –, ce qui confirme la durée pluriquotidienne de la fête.
Aux jeux du cirque s’ajoutaient les largesses traditionnelles distribuées au peuple par les magistrats. Perse, dans sa cinquième Satire, a moqué l’ambition politique qui se monnaye en distributions populaires : « Veille, et jette à pleines mains du pois chiche au peuple qui se bouscule, pour que nos Floralia, les vieillards prenant le soleil puissent s’en souvenir »[^34]. La pointe satirique atteste l’usage : le candidat aux honneurs faisait jeter des pois chiches dans la foule des Floralia, et cette largesse-là restait dans la mémoire des spectateurs comme un repère.
À côté de ces lâchers de gibier paisible et des distributions de pois chiches, le programme pouvait s’enrichir de spectacles plus ambitieux. Suétone rapporte que Galba, alors préteur, a donné « pour l’ouverture des jeux floraux un genre de spectacle nouveau, des éléphants funambules »[^35]. La notice, glissée parmi les charges qu’il a exercées avant l’âge légal, témoigne de l’investissement édilitaire et prétorien dans ces jeux et de la marge laissée aux magistrats pour y introduire des nouveautés.
Un récit chrétien polémique
Au début du 4ᵉ siècle, Lactance a proposé une autre origine, polémique et hostile. Dans ses Institutions divines, il a fait de Flora une courtisane qui, ayant amassé une fortune par son métier, aurait institué le peuple romain comme héritier en imposant la célébration annuelle de jeux financés par les intérêts de son legs : « Flora, ayant acquis de grandes richesses par l’art des courtisanes, a fait du peuple son héritier, et a laissé une somme déterminée, dont le revenu annuel devait servir à célébrer son anniversaire par la production de jeux qu’on appelle Floralia »[^36]. Comme la chose paraissait honteuse au sénat, écrit-il, on aurait tiré argument du nom même de Flora pour fabriquer une déesse qui présiderait aux fleurs. Lactance attaque ensuite la version d’Ovide – Chloris, Zéphyr, la dot florale – et termine en décrivant les jeux : « Outre la licence des paroles, par laquelle se déverse toute obscénité, les courtisanes, à la demande du peuple, sont également dépouillées de leurs vêtements, elles qui font alors office de mimes »[^37].
Le récit de Lactance, tardif et apologétique, ne saurait passer pour une source historique sur les origines du culte. Il témoigne en revanche de la réception chrétienne hostile aux Floralia et donne accès, par sa polémique même, à quelques traits réels du spectacle.
[1]: Ovide, Fastes, V, 263–266 : si bene floruerint segetes, erit area dives ; si bene floruerit vinea, Bacchus erit ; si bene floruerint oleae, nitidissimus annus, pomaque proventum temporis huius habent.
[2]: Ovide, Fastes, V, 267–268 : flore semel laeso pereunt viciaeque fabaeque, et pereunt lentes, advena Nile, tuae.
[3]: Varron, De lingua Latina, V, 74 : Et arae Sabinum linguam olent, quae Tati regis voto sunt Romae dedicatae : nam, ut annales dicunt, vovit Opi, Florae, Vediovi Saturnoque, Soli, Lunae, Volcano et Summano.
[4]: Varron, De lingua Latina, VII, 45 : Volturnalem, Palatualem, Furinalem, Floralemque Falacrem et Pomonalem fecit / Hic idem.
[5]: W. Warde Fowler, The Roman Festivals of the Period of the Republic, Londres, Macmillan, 1899, p. 92–93.
[6]: J. Cels-Saint-Hilaire, « Le fonctionnement des Floralia sous la République », Dialogues d’histoire ancienne, 3, 1977, p. 254–255.
[7]: Ibidem, p. 254 et n. 24, renvoyant à Vetter, Italische Dialekte, n° 227 (cippe d’Aquila) et à CIL I², 756 (lex templi de Furfo).
[8]: Cicéron, In Verrem, II, 5, 36 : mihi Floram matrem populo plebique Romanae ludorum celebritate placandam.
[9]: Ovide, Fastes, V, 195–196 : Chloris eram quae Flora vocor : corrupta Latino nominis est nostri littera Graeca sono.
[10]: Ovide, Fastes, V, 211–212 : hunc meus implevit generoso flore maritus, atque ait : « arbitrium tu, dea, floris habe ».
[11]: Ovide, Fastes, V, 221–224 : prima per immensas sparsi nova semina gentes : unius tellus ante coloris erat ; prima Therapnaeo feci de sanguine florem, et manet in folio scripta querella suo.
[12]: Ovide, Fastes, V, 259–260 : qui memor accepti per me natalis « habeto tu quoque Romulea » dixit « in urbe locum ».
[13]: Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XVIII, 284 : tria namque tempora fructibus metuebant, propter quod instituerunt ferias diesque festos, Robigalia, Floralia, Vinalia.
[14]: Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XVIII, 286 : itaque iidem Floralia IIII kal. easdem instituerunt urbis anno DXVI ex oraculis Sibyllae, ut omnia bene deflorescerent.
[15]: Velleius Paterculus, Histoire romaine, I, 14, 8 : quo anno Floralium ludorum factum est initium, dans le contexte de l’année du consulat de Torquatus et Sempronius. Les deux datations antiques (Pline et Velleius) ne se laissent pas concilier ; la critique moderne retient généralement la date de Pline.
[16]: Fasti Praenestini, 28 avril : Ludi Florae ; eodem die aedes [Florae] quae rebus florescendis praeest, dedicata est propter sterilitatem frugum (CIL I², 235).
[17]: W. Warde Fowler, op. cit., p. 92 ; J. Cels-Saint-Hilaire, art. cit., p. 255 et n. 33.
[18]: Tacite, Annales, II, 49 ; cf. J. Cels-Saint-Hilaire, art. cit., p. 272 et n. 178.
[19]: W. Warde Fowler, op. cit., p. 92.
[20]: Ovide, Fastes, V, 327–330 : convenere patres, et, si bene floreat annus, numinibus nostris annua festa vovent. adnuimus voto : consul cum consule ludos Postumio Laenas persoluere mihi.
[21]: Ovide, Fastes, V, 287–294, en particulier 293–294 : parte locant clivum, qui tunc erat ardua rupes, utile nunc iter est, Publiciumque vocant.
[22]: J. Cels-Saint-Hilaire, art. cit., p. 263–272.
[23]: Tite-Live, Histoire romaine, XLI, 21 : Pestilentia, quae priore anno in boves ingruerat, eo verteret in hominum morbos. Qui inciderant, haud facile septimum diem superabant : qui superaverant, longinquo, maxime quartanae, implicabantur morbo. Voir aussi XLII, 2, qui rappelle, pour l’année 173, la supplicatio votée l’année précédente pro valetudine populi.
[24]: Ovide, Fastes, V, 335–340 : tempora sutilibus cinguntur tota coronis, et latet iniecta splendida mensa rosa ; ebrius incinctis philyra conviva capillis saltat, et imprudens utitur arte meri ; ebrius ad durum formosae limen amicae cantat, habent unctae mollia serta comae.
[25]: Ovide, Fastes, V, 355–356 : Cur tamen, ut dantur vestes Cerialibus albae, sic haec est cultu versicolore decens?
[26]: Ovide, Fastes, V, 363–368 : vel quia purpureis conlucent floribus agri, lumina sunt nostros visa decere dies ; vel quia nec flos est hebeti nec flamma colore, atque oculos in se splendor uterque trahit ; vel quia deliciis nocturna licentia nostris convenit : a vero tertia causa venit.
[27]: Ovide, Fastes, V, 353–354 : et monet aetatis specie, dum floreat, uti ; contemni spinam, cum cecidere rosae.
[28]: Valère Maxime, Faits et dits mémorables, II, 10, 8 : discessit e theatro, ne praesentia sua spectaculi consuetudinem impediret.
[29]: Juvénal, Satires, VI, 246–250 : endromidas Tyrias et femineum ceroma quis nescit, uel quis non uidit uulnera pali, quem cauat adsiduis rudibus scutoque lacessit atque omnis implet numeros dignissima prorsus Florali matrona tuba. Le passage ne décrit pas les Floralia eux-mêmes mais raille des matrones qui s’exercent au pieu de gladiature ; la Florali tuba désigne la trompette qui ouvrait les jeux.
[30]: Cassius Dion, Histoire romaine, LVIII, 19, 2.
[31]: Ovide, Fastes, V, 371–372 : cur tibi pro Libycis clauduntur rete leaenis inbelles capreae sollicitusque lepus?
[32]: W. Warde Fowler, op. cit., p. 93–94.
[33]: Ovide, Fastes, V, 189–190 : Circus in hunc exit clamataque palma theatris ; hoc quoque cum Circi munere carmen eat.
[34]: Perse, Satires, V, 177–179 : uigila et cicer ingere large rixanti populo, nostra ut Floralia possint aprici meminisse senes. Une scholie ancienne au passage glose : « sparge, inquit, populo cicer. hoc enim in ludi Floralibus inter cetera munera iactabatur, quoniam Terrae ludos colebant et omnia semina super populum spargebant, ut Tellus velut suis muneribus placaretur » — « « Répands au peuple le pois chiche », dit-il. Cela faisait partie, parmi d’autres largesses, des choses lancées aux Floralia, parce qu’on célébrait des jeux pour la Terre et qu’on répandait toutes les graines sur le peuple, afin que Tellus fût apaisée comme par ses propres dons. » Porphyrion, dans sa scholie à Horace, Satires, II, 3, 182, confirme l’usage et ajoute la fève au pois chiche : In cicere atque faba. Antiqui aediles huius modi res populo Floralibus spargebant.
[35]: Suétone, Vie de Galba, VI : praetor commissione ludorum Floralium novum spectaculi genus elephantos funambulos edidit. La date précise n’est pas donnée par Suétone ; le passage place l’épisode avant le gouvernement d’Aquitaine et le consulat de Galba.
[36]: Lactance, Institutions divines, I, 20 : Flora, cum magnas opes ex arte meretricia quaesivisset, populum scripsit haeredem, certamque pecuniam reliquit, cuius ex annuo foenore suus natalis dies celebraretur editione ludorum, quos appellant Floralia.
[37]: Lactance, Institutions divines, I, 20 : praeter verborum licentiam, quibus obscoenitas omnis effunditur, exuuntur etiam vestibus populo flagitante meretrices, quae tunc mimarum funguntur officio.
Dates
27 avril 2026 - 2 mai 2026 (Toute la journée)
202609maiToute la journée13Lemuria
Description
Ante diem septimum Idus Maias - Ante diem tertium Idus Maias Mosaïque provenant de Pompéi (Museo Archeologico
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Ante diem septimum Idus Maias – Ante diem tertium Idus Maias

Entre les 9 et 13 mai dans le calendrier romain, une fête religieuse particulière se déroulait dans toutes les maisons romaines: les Lemuria. Ces célébrations, marquées par des rituels nocturnes, visaient à apaiser et à éloigner les esprits potentiellement dangereux des défunts. A partir des textes antiques, notamment ceux d’Ovide, nous pouvons reconstituer cette cérémonie et comprendre comment les Romains concevaient leur relation aux morts.
Les Lemuria comptent parmi les fêtes les plus anciennes du calendrier romain. Leur ancienneté est attestée par le fait qu’elles étaient marquées en lettres majuscules dans les calendriers officiels (les Fasti). Selon la tradition rapportée par Ovide dans ses Fastes, cette fête aurait été instituée par Romulus pour apaiser l’esprit de son frère jumeau Remus.
Le poète nous livre un récit détaillé de l’apparition de l’ombre de Rémus à ses parents adoptifs, Faustulus et Acca:
«Ils crurent voir se dresser près de leur lit l’ombre sanglante de Rémus qui murmurait faiblement […]: « C’est moi l’autre partie, la moitié de vos vœux, voyez ce que je suis, moi qui naguère étais celui que vous savez! […] Maintenant je suis un fantôme vain, échappé aux flammes du bûcher: voilà tout ce qui reste de l’illustre Rémus »» (Fastes, V, 457-464).
Le spectre demande alors à ses parents d’intervenir auprès de Romulus pour obtenir l’institution d’une fête en son honneur. Romulus accepte et «appelle Remuria ce jour-là, où les aïeux défunts reçoivent les offrandes qui leur sont dues» (Fastes, V, 479-480).
Le poète indique que la fête s’appelait initialement Remuria, avant d’évoluer phonétiquement vers Lemuria: «La lettre dure qui était l’initiale du mot, se transforma au fil du temps en lettre douce» (Fastes, V, 481-482). Le philosophe Porphyre, dans ses commentaires sur les Épîtres d’Horace (II, 2, 208-209), confirme cette origine en soulignant que la mort de Remus était violente, prématurée et un sujet de regret pour Romulus. Servius, dans son Commentaire sur l’Énéide (I, 276), rapporte également cette tradition.
Qui étaient les Lemures?
Les Lemuria étaient destinées à apaiser et à repousser des esprits particuliers appelés lemures ou larvae. Il s’agissait des «ombres errantes des hommes morts avant leur temps et donc redoutables». Perse, dans ses Satires (V, 185), et Horace, commenté par Porphyre, évoquent ces esprits qui vagabondent la nuit.
Les Romains différenciaient plusieurs catégories d’esprits des morts:
- Les Dii Manes ou Parentes: les âmes des défunts ayant eu une vie complète et une descendance, généralement bienveillantes.
- Les Lemures: les âmes des personnes mortes prématurément ou violemment.
- Les Larvae: des esprits particulièrement malveillants et dangereux.
Selon l’historienne J.M.C. Toynbee, les lemures étaient des esprits rendus nuisibles et malveillants envers les vivants parce que sans parenté et négligés dans la mort, n’ayant pas reçu les rites funéraires appropriés. Ils étaient libres de quitter leur corps mais incapables d’entrer dans le monde souterrain.
Une interprétation plus tardive, rapportée par Apulée dans son traité Sur le dieu de Socrate (cité par Saint Augustin, Cité de Dieu, IX, 11), suggère que les Lemures étaient les esprits de ceux qui avaient été mauvais durant leur vie, par opposition aux Lares, esprits protecteurs issus d’ancêtres vertueux. Varron, dans son De Lingua Latina (IX, 61), identifiait quant à lui ces derniers comme les gardiens du foyer.
Le rituel nocturne des Lemuria
La description détaillée du rituel nous est transmise par Ovide dans ses Fastes (V, 419-493). Selon Ovide, le rituel se déroule «lorsque la nuit à demi passée déjà assure un sommeil silencieux, lorsque vous, chiens et oiseaux de toutes races, vous vous êtes tus» (Fastes, V, 429-430). Le chef de famille se lève alors et commence une série de gestes rituels précis.
Le chef de famille effectuait ensuite plusieurs gestes rituels:
- Il se levait pieds nus («sans porter aucune entrave à ses pieds», Fastes, V, 432) et faisait un geste de protection spécifique: «De son pouce placé entre ses doigts joints, il fait un signe, pour ne rencontrer, dans sa marche silencieuse, aucune ombre légère» (Fastes, V, 433-434).
- Il se lavait les mains trois fois dans une eau pure de source.
- Il prenait des fèves noires dans sa bouche, puis les jetait derrière lui sans se retourner, en prononçant neuf fois la formule rituelle: Haec ego mitto; his redimo meque meosque fabis (Je jette ces fèves et avec elles je me rachète, moi et les miens). Ovide donne cette formule en ces termes: «Je vous offre ces fèves; avec elles, je me rachète moi et les miens» (Fastes, V, 438).
- Ovide précise: «Il prononce ceci neuf fois, sans regarder en arrière: l’ombre est censée ramasser les fèves et suivre ses pas, sans être vue» (Fastes, V, 439-440).
- Ensuite, «à nouveau il touche l’eau et fait retentir le bronze de Témèse puis demande à l’ombre de quitter son toit» (Fastes, V, 441-442). Le chef de famille répétait neuf fois: Manes exite paterni! (Mânes de mes pères, sortez!).
- À la fin du rituel, «il regarde derrière lui et considère que les rites sont accomplis selon les règles» (Fastes, V, 444).
Varron, cité par Nonius Marcellus dans son De compendiosa doctrina (135, 13), confirme que les lemures devaient être expulsés des maisons avec des fèves, à travers la porte.
Le symbolisme du rituel
Chaque composante du rituel possédait une signification symbolique:
- Minuit: Moment où la frontière entre le monde des vivants et celui des morts est la plus mince.
- Le silence: État propice à la communication avec l’au-delà.
- Les pieds nus: Contact direct avec les forces souterraines.
- Le lavage des mains: Purification nécessaire avant et après le contact avec les morts.
- Les fèves noires: Offrande destinée aux divinités du monde souterrain et nourriture pour les esprits affamés.
- Le nombre neuf: Symbolise la fin d’un cycle et le début d’un autre.
- Les objets de bronze: Le bruit du métal était réputé pour éloigner les mauvais esprits.
Restrictions et cérémonies publiques
Durant les Lemuria, plusieurs restrictions s’appliquaient, comme le rapporte Ovide: «Ces jours-là cependant, nos ancêtres fermaient les sanctuaires, comme on les voit fermés de nos jours en période funèbre» (Fastes, V, 485-486). Aucun mariage n’était célébré.
Cette interdiction des mariages s’étendait même à tout le mois de mai, comme l’exprime le proverbe rapporté par Ovide: «Durant cette même période, ni une veuve ni une jeune fille ne devaient songer aux torches nuptiales: celle qui s’est mariée alors n’a pas la vie longue. C’est pour cette raison aussi, si tu tiens compte des proverbes, que le peuple dit que les malheureuses se marient en mai» (Fastes, V, 487-490). Ce dicton est également cité par Érasme dans ses Adagia: mense Maio malae nubent (celles qui se marient en mai se marient mal).
Ovide confirme également que les trois jours de fête ne se suivaient pas: «Cependant ces trois jours de fête ont lieu dans la même période, sans qu’aucun d’eux toutefois ne suive immédiatement le précédent» (Fastes, V, 491-492).
Outre le rituel domestique, des cérémonies publiques avaient lieu durant cette période:
- Le 11 mai (deuxième jour), des jeux étaient organisés dans le cirque en l’honneur de Mars, selon Ovide (Fastes, V.597).
- Le 13 mai (troisième jour), avait lieu la cérémonie des Argei, décrite par Ovide (Fastes, V.621) et Festus. Lors de cette cérémonie, les Vestales jetaient dans le Tibre trente mannequins de jonc depuis le pont Sublicius, possible substitut d’anciens sacrifices humains.
- Le même jour se tenait également une fête des marchands (festum mercatorum), mentionnée par Ovide (Fastes, V.670) et liée à la dédicace du temple de Mercure en 495 av. J.-C. (Tite-Live, II.21). Les marchands s’aspergeaient d’eau de la fontaine de Mercure avec une branche de laurier pour favoriser leurs affaires.
Servius (Eclogues, VIII, 82) note également que pendant les Lemuria, les Vestales recueillaient du blé pas encore mûr pour préparer la mola salsa, farine rituelle utilisée lors des sacrifices.
Les Lemuria et les Parentalia: deux approches distinctes des morts
Une distinction fondamentale existait entre les Lemuria (mai) et les Parentalia (février), autre fête romaine dédiée aux morts:
- Les Parentalia se déroulaient dans les nécropoles, hors de la ville, et honoraient les morts «acceptables» qui avaient eu une vie complète et une descendance.
- Les Lemuria se déroulaient dans les maisons, à l’intérieur de la ville, et visaient à expulser les morts «problématiques» qui cherchaient à revenir parmi les vivants.
Cette opposition reflète la conception romaine de la frontière nécessaire entre le monde des vivants et celui des morts. Les Dii Parentes, satisfaits d’avoir pleinement vécu et laissé une descendance, acceptaient de rester en dehors des limites de la ville. Les Lemures, n’ayant pas pleinement vécu, revenaient périodiquement à l’intérieur de la cité pour réclamer la part de vie qui leur avait été refusée, créant ainsi une dangereuse confusion entre les deux mondes.
Héritage des Lemuria
La fête des Lemuria a laissé des traces dans l’histoire. Certains chercheurs estiment qu’elle aurait possiblement inspiré la création de la fête chrétienne de la Toussaint. Le pape Boniface IV aurait reconsacré le Panthéon à la Vierge Marie et à tous les martyrs le 13 mai 609 ou 610, date qui coïncide avec le dernier jour des Lemuria. Cette fête, appelée dedicatio Sanctae Mariae ad Martyres, est considérée comme l’origine de la Toussaint, bien que cette théorie reste discutée.
Le terme «Lémures» a également survécu dans les mythes romains pour désigner des âmes tourmentées incapables de trouver le repos après une mort tragique ou violente.
Sources antiques
- Apulée, De Deo Socratis (Sur le dieu de Socrate), XV.
- Augustin (Saint), De Civitate Dei (La Cité de Dieu), IX, 11.
- Festus (Sextus Pompeius), De verborum significatione (Sur la signification des mots), 128.
- Horace, Epistulae (Épîtres), II, 2, 208-209.
- Nonius Marcellus, De compendiosa doctrina (De la doctrine abrégée), 135, 13.
- Ovide, Fasti (Les Fastes), V, 419-493; V, 597; V, 621; V, 670; VI, 219-234.
- Perse, Satirae (Satires), V, 185.
- Porphyre, Commentarii in Horatii Epistulas (Commentaires sur les Épîtres d’Horace), II, 2, 208-209.
- Servius (Marius Servius Honoratus), In Vergilii Bucolicon librum (Commentaire sur les Bucoliques de Virgile), VIII, 82.
- Servius, In Vergilii Aeneidos libros (Commentaire sur l’Énéide de Virgile), I, 276.
- Tite-Live, Ab Urbe condita (Histoire romaine), II, 21.
- Varron, De Lingua Latina (De la langue latine), IX, 61.
- Varron, Vita populi Romani (Vie du peuple romain), fragment cité par Nonius 135, 13.
Études modernes
- Champeaux, Jacqueline, La religion romaine, Livre de poche, 1998.
- Déchaux, Jean-Henri, Le Souvenir des morts, PUF, 1997.
- Dumézil, Georges, La religion romaine archaïque.
- Schmitz, Leonhard, article «Lemuralia» dans William Smith, A Dictionary of Greek and Roman Antiquities, John Murray, Londres, 1875.
- Toynbee, J.M.C., Death and Burial in the Roman World, Johns Hopkins University Press, 1971, 1996.
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9 mai 2026 - 13 mai 2026 (Toute la journée)
202607juinToute la journée15Vestalia
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Ante diem septimum idus Iunias - Ante diem septimum decimum kalendas Iulias Rare représentation de Vesta sous
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Ante diem septimum idus Iunias – Ante diem septimum decimum kalendas Iulias

EN BREF. Chaque année du 7 au 15 juin, les Vestalia transformaient Rome: rituels mystérieux dans le temple secret de Vesta, matrones en pèlerinage pieds nus, et surprenante fête populaire des boulangers couronnant leurs ânes de fleurs! Cette célébration du feu sacré incarnait la croyance romaine fondamentale: tant que brûlait sa flamme, Rome était éternelle.
Les Vestalia: la fête du feu sacré de Rome
Chaque année, du 7 au 15 juin, la Rome antique célébrait les Vestalia, l’une de ses fêtes religieuses les plus importantes. Cette célébration en l’honneur de Vesta, déesse du foyer et gardienne du feu sacré de la cité, mêlait rituels secrets, processions publiques et… fête des boulangers. Une combinaison qui révèle la capacité de la religion romaine à unir le sacré et le quotidien.
Une déesse sans visage au cœur de l’État romain
Vesta occupait une place unique dans le panthéon romain. Fille de Saturne et d’Ops, sœur de Jupiter, elle incarnait la flamme pure et éternelle. «Quant à toi, comprends bien que Vesta n’est autre qu’une flamme vive, et qu’on ne voit aucun corps naître de la flamme», explique le poète Ovide dans ses Fastes. Contrairement aux autres divinités, elle n’avait pas de statue dans son temple: seul un feu perpétuel la représentait.
Cette particularité s’explique par l’ancienneté de son culte. Vesta appartenait aux traditions religieuses les plus archaïques des peuples latins, bien avant la fondation de Rome. Son temple rond, unique dans l’architecture religieuse romaine, reproduisait la forme des huttes primitives et symbolisait la Terre elle-même. «C’est que Vesta est comme la terre: toutes deux ont en elles un feu perpétuel», précise Ovide.
Six prêtresses pour un feu éternel
Le culte de Vesta était confié aux Vestales, six prêtresses choisies dans l’enfance. Initialement recrutées parmi les familles patriciennes, cette fonction s’ouvrit progressivement aux plébéiennes puis aux filles d’affranchis. Elles devaient respecter une chasteté absolue pendant trente ans de service: dix ans d’apprentissage, dix ans d’exercice et dix ans d’enseignement. Leur principale mission consistait à entretenir le feu sacré qui ne devait jamais s’éteindre, sous peine de catastrophe pour Rome.
La tradition attribuait au roi Numa, deuxième roi de Rome, l’organisation de ce sacerdoce féminin vers 700 avant notre ère. «Ce fut l’œuvre du roi pacifique, l’esprit le plus respectueux de la divinité qu’eût jamais porté la terre sabine», écrit Ovide dans ses Fastes. Les Vestales vivaient dans une maison spéciale près du temple, appelée l’Atrium Vestae, et jouissaient de privilèges exceptionnels: elles pouvaient posséder des biens, témoigner en justice et circuler librement dans Rome.
La violation du vœu de chasteté entraînait une punition terrible: la coupable était enterrée vivante dans un caveau souterrain avec une lampe et un peu de nourriture. Ainsi périt celle qui manque à la chasteté: on l’ensevelit dans ce qu’elle a profané, note sobrement Ovide.
Le 7 juin: l’ouverture du temple secret
Les Vestalia commençaient le 7 juin par un événement exceptionnel: l’ouverture du penus Vestae, le sanctuaire secret de la déesse. Ce «garde-manger sacré» contenait les objets les plus précieux de Rome, notamment le Palladium, cette statue de Minerve réputée tombée du ciel à Troie et garante de la souveraineté romaine.
D’ordinaire, ce lieu saint était interdit à tous, y compris aux hommes. Seules les Vestales et, dans certaines circonstances, le grand pontife pouvaient y pénétrer. Mais pendant les Vestalia, comme l’explique Ovide, les matrones se rendaient en pèlerinage à l’Aedes Vestae, qui, autrement, n’était jamais ouvert.
Ces femmes mariées de la haute société devaient observer des règles strictes: elles entraient pieds nus et cheveux dénoués, en souvenir des temps anciens où le temple de Vesta était encore entouré de marais. Cette prescription conservait la mémoire de l’époque où tout le quartier du Forum était régulièrement inondé.
Le 9 juin: entre solennité religieuse et fête populaire
Le point culminant des Vestalia avait lieu le 9 juin, jour de fête publique officielle. Les Vestales accomplissaient alors leur tâche la plus délicate: la préparation de la mola salsa, une farine sacrée mélangée à du sel utilisée dans tous les sacrifices romains.
Cette préparation exigeait un rituel minutieux entièrement accompli par les prêtresses. Elles devaient cueillir elles-mêmes les épis d’épeautre dans un champ spécial, les moudre avec des meules dédiées, pétrir la pâte avec de l’eau sacrée et cuire les galettes dans un four spécialement conçu. Les archéologues ont d’ailleurs retrouvé ce moulin et ce four dans les ruines de la Maison des Vestales au Forum romain.
Mais le 9 juin était aussi devenu, à partir du 2e siècle avant notre ère, une joyeuse fête des artisans. Voici le pain suspendu au cou des ânons couronnés et les guirlandes de fleurs recouvrant les meules rugueuses, décrit Ovide. Les meuniers et boulangers chômaient ce jour-là, ornaient leurs outils de travail et menaient des cortèges d’ânes couronnés de violettes dans les rues de Rome.
Cette association entre Vesta et les métiers de la boulangerie n’avait rien d’artificiel. Elle s’expliquait par le rôle des Vestales dans la préparation de la mola salsa et par l’importance du foyer domestique dans la fabrication du pain familial, avant l’apparition des boulangers professionnels.
Du pain contre les Gaulois: la légende de Jupiter Pistor
Ovide rapporte une légende qui explique pourquoi Jupiter était aussi honoré pendant les Vestalia sous le nom de Pistor (le Boulanger). En 390 avant notre ère, lors du siège du Capitole par les Gaulois, les Romains assiégés souffraient de la famine. Jupiter leur inspire alors une ruse: «Levez-vous et du haut de la citadelle, jetez au milieu des ennemis le bien que vous souhaiteriez le moins leur envoyer!».
Les Romains comprennent qu’il s’agit du blé et «jettent les dons de Cérès, qui, en tombant, résonnent sur les casques et les longs boucliers». Croyant leurs ennemis pourvus en vivres, les Gaulois lèvent le siège. «Une fois l’ennemi repoussé, les Romains élèvent un autel tout blanc à Jupiter Pistor», conclut le poète.
Si cette anecdote relève probablement de la légende, elle témoigne de l’importance symbolique du pain dans la mentalité romaine et de son lien avec la protection divine.
Le 15 juin: purification et fermeture
Les Vestalia s’achevaient le 15 juin par une cérémonie de purification appelée stercoratio. Le temple était soigneusement nettoyé par les Vestales, et les «immondices sacrées» évacuées selon un rituel précis: elles étaient transportées par la voie du Clivus Capitolinus jusqu’à la Porte Stercoraire, puis jetées dans le Tibre. Cette opération était consignée dans les calendriers officiels par la formule Quando Stercus Delatum Fas («Une fois les immondices enlevées, le jour devient faste»).
L’historien Georges Dumézil explique que ce terme d’«immondices» ne peut référer qu’à des «excréments animaux», vestige fossilisé du temps où une société pastorale devait nettoyer le siège de son feu sacré. Cette interprétation souligne l’extraordinaire ancienneté du culte de Vesta, remontant aux origines mêmes de la civilisation latine.
Les Vestalia ne se limitaient pas à Rome
Le culte de Vesta n’était pas une spécificité romaine. D’autres cités du Latium célébraient leurs propres Vestalia, chacune avec ses vestales. Bovillae conservait les traditions des vestales d’Albe-la-Longue, tandis que Lavinium entretenait l’ordre des Laurentes Lavinates. Tibur (actuelle Tivoli) possédait également ses prêtresses, et un magnifique temple de Vesta y subsiste encore aujourd’hui. Cette diffusion révèle l’ancienneté et l’importance du culte dans le monde latin, bien antérieur à la fondation de Rome.
Un culte millénaire au cœur de l’identité romaine
Cette fête née dans les temps préhistoriques du Latium sut s’adapter aux transformations de la société tout en conservant sa fonction essentielle: garantir la continuité de Rome par la protection du feu sacré.
L’importance de ce culte se mesure à sa longévité extraordinaire. Malgré l’émergence du christianisme, les Vestalia demeurèrent l’une des dernières fêtes païennes pratiquées à Rome. Il fallut attendre l’an 391 de notre ère et l’interdiction formelle de l’empereur Théodose 1er pour voir s’éteindre définitivement le feu de Vesta, après plus de mille ans d’entretien continu.
Les Vestalia illustrent parfaitement l’art romain de faire évoluer les traditions sans les dénaturer. Pour les Romains, Vesta n’était pas seulement une divinité parmi d’autres: elle incarnait la permanence de leur cité, le lien entre les générations et la protection divine qui assurait la grandeur de leur empire. Tant que brûlait sa flamme, Rome était éternelle.
Sources antiques
- Ovide, Fastes, livre VI, vers 249-468.
- Plutarque, Vie de Numa, 9-10.
- Tite-Live, Histoire romaine, I, 20.
- Denys d’Halicarnasse, Antiquités romaines, II, 66-67.
- Aulu-Gelle, Nuits attiques, I, 12.
- Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XVIII, 7.
Études modernes citées
- Dumézil, Georges, La Religion romaine archaïque, Paris, Payot & Rivages, 2000.
- Heymann, Marcelle, « La Vestale au nom oublié », Études, t. 297, 1958, p. 186.
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7 juin 2026 - 15 juin 2026 (Toute la journée)
202611juinToute la journéeMatralia
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Ante diem tertium idus Iunias EN BREF. Dans la Rome antique, une
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Ante diem tertium idus Iunias

EN BREF. Dans la Rome antique, une fête féminine aux rites déroutants se déroulait le 11 juin: les Matralia. Les mères priaient pour leurs neveux mais jamais pour leurs propres enfants, battaient une esclave avant de la chasser du temple et offraient des galettes à Mater Matuta, déesse de l’aurore. Seules les femmes mariées une fois y participaient.
Les Matralia: rites féminins et mystères de l’aurore dans la Rome antique
Chaque 11 juin, dans la Rome antique, les matrones se rassemblaient au Forum Boarium pour célébrer les Matralia, une fête religieuse exclusivement féminine dédiée à Mater Matuta. Cette cérémonie, aux rites complexes et parfois déroutants, révèle les aspects les plus anciens de la religion romaine et le rôle central des femmes dans la perpétuation de la communauté.
Une déesse aux multiples visages
Mater Matuta était une divinité d’origine italique, antérieure à la fondation de Rome. Son nom associe deux dimensions essentielles: «Mater» évoque la maternité, tandis que «Matuta» se rattache à l’aurore. Cette fonction auroriale est confirmée par Lucrèce, qui évoque Matuta dans ses vers sur les phénomènes célestes: selon les sources italiennes, le poète décrit comment «à une heure déterminée Matuta répand par les régions de l’éther l’aurore rosée et libère la lumière» (De Rerum Natura, V, 656).
Selon l’érudit Verrius Flaccus cité par Festus, la déesse était aussi appelée Mater Matuta pour sa bonté (Mater Matuta ob bonitatem antiqui appellabant). Les sources rapportent plusieurs épithètes liés à ses fonctions maternelles et aurorales.
Les Romains identifièrent progressivement Mater Matuta à la déesse grecque Ino-Leucothée. Cicéron confirme cette assimilation (De Natura Deorum, III, 48), et Ovide développe longuement le mythe grec pour expliquer les rites romains.
Le temple du Forum Boarium
Selon la tradition rapportée par Tite-Live (V, 19, 6), le roi Servius Tullius fit édifier le temple de Mater Matuta au Forum Boarium, près de la porte Carmentalis, au 6e siècle avant notre ère. Détruit en 506 avant notre ère, il fut reconstruit par Marcus Furius Camillus en 396 avant notre ère, comme le raconte Plutarque (Vie de Camille, 5).
Un incendie ravagea le sanctuaire en 213 avant notre ère, mais il fut immédiatement reconstruit l’année suivante avec le temple voisin de Fortuna (Tite-Live, XXV, 7, 6). En 196 avant notre ère, deux arcs furent ajoutés devant les deux temples.
Les fouilles archéologiques ont révélé l’ancienneté du site avec des terres cuites architecturales remontant au 6e siècle avant notre ère. Le temple était situé à côté de celui de Fortuna, formant ce que les archéologues appellent les «temples jumeaux du Forum Boarium».
Les rites des Matralia: entre dévotion et exclusion
La fête était strictement réservée aux femmes libres et plus précisément aux univirae, c’est-à-dire aux femmes mariées une seule fois, comme le précise Tertullien (De Monogamia, XVII, 3). Ovide s’adresse directement à elles: «Allez, bonnes mères (les Matralia sont votre festival), et offrez à la déesse thébaine les gâteaux jaunes qui lui sont dus» (Fastes, VI, 475-476).
Les participantes se rendaient au temple pour accomplir plusieurs gestes rituels. Elles couronnaient de guirlandes la statue de Mater Matuta et lui offraient des galettes spécialement préparées. Ovide mentionne l’offrande de «galettes jaunes» et évoque dans son récit mythologique les galettes préparées par Carmenta (Fastes, VI, 531-532).
Le mystère des neveux et nièces
L’aspect le plus singulier des Matralia concernait les prières adressées à la déesse. Contrairement à ce qu’on pourrait attendre, les mères ne priaient pas pour leurs propres enfants, mais pour ceux de leurs sœurs. Plutarque s’interroge sur cette coutume dans ses Questions romaines (17): «Pourquoi les femmes implorent-elles cette déesse non pour leurs enfants mais pour ceux de leurs sœurs?»
Cette pratique énigmatique interpellait déjà les Anciens. Ovide pose la question fondamentale qui structure tout son développement: «Qui est cette déesse? Pourquoi écarte-t-elle ses servantes du seuil du temple – car elle les écarte – et pourquoi exige-t-elle des gâteaux grillés?» (Fastes, VI, 479-482). Pour lui, cette déesse «personnellement elle paraît avoir été une mère peu heureuse. Vous lui confierez plus sagement les rejetons d’une autre mère: elle fut plus utile à Bacchus qu’à ses propres enfants» (Fastes, VI, 561-562). Ino avait en effet élevé son neveu Dionysos après la mort de sa sœur Sémélé, mais ses propres fils avaient connu un sort tragique.
L’expulsion rituelle de l’esclave
Un autre rite marquait la cérémonie: l’introduction puis l’expulsion violente d’une esclave. Plutarque décrit cette pratique (Vie de Camille, 5, 2) et Ovide l’évoque également (Fastes, VI, 551). Une femme esclave était exceptionnellement introduite dans le temple, normalement interdit aux personnes de condition servile, puis chassée par les matrones qui la frappaient.
Ovide tente d’expliquer cette pratique par une légende impliquant une servante qui aurait trompé Ino (Fastes, VI, 551-558), concluant que «voilà pourquoi la classe des servantes est l’objet de sa haine».
Une fête dans le calendrier romain
Les Matralia se déroulaient le 11 juin, en pleine période des célébrations dédiées à Vesta (du 9 au 15 juin). Cette date n’était pas anodine: le mois de juin était placé sous la protection de Junon selon Ovide, et plusieurs fêtes à caractère féminin s’y concentraient.
La proximité avec le solstice d’été donnait une dimension cosmique à la célébration. Dix jours avant que les jours n’atteignent leur durée maximale, les femmes romaines célébraient la déesse de l’aurore.
Le temple voisin de Fortuna
À côté du sanctuaire de Mater Matuta se dressait le temple de Fortuna, également attribué à Servius Tullius. Ce temple abritait une statue mystérieuse, entièrement voilée de toges, qu’il était interdit de découvrir. Ovide évoque cette interdiction et l’avertissement de la déesse (Fastes, VI, 619-620).
Les sources antiques divergent sur l’identité de cette statue: représentait-elle le roi Servius Tullius, la déesse Fortuna elle-même, ou Pudicitia selon Festus? Cette incertitude révèle probablement l’ancienneté de cette image, décrite par Denys d’Halicarnasse comme un objet de bois de facture archaïque (IV, 40, 7).
L’évolution du culte
Au fil des siècles, le culte de Mater Matuta évolua. L’assimilation avec Ino-Leucothée s’accompagna d’une extension de ses attributions: déesse terrestre de l’aurore et de la maternité, elle devint aussi une divinité marine protectrice des ports.
Son «fils» Mélicerte-Palémon fut identifié au dieu romain Portunus, protecteur des ports. Ovide évoque cette transformation dans son récit où la prophétesse annonce à Ino et Mélicerte leur nouveau statut divin et leurs nouveaux noms (Fastes, VI, 543-547).
Les témoignages archéologiques
Au-delà de Rome, le culte de Mater Matuta était répandu dans toute l’Italie centrale. À Satricum, Tite-Live mentionne son temple (V, 19, 6), et les fouilles ont révélé de nombreux objets votifs. À Capoue, le site de Fondo Patturelli a livré des statues votives témoignant de la popularité de la déesse en Campanie.
Ces découvertes confirment que Mater Matuta était vénérée par les hommes comme par les femmes, contrairement aux Matralia romaines qui excluaient la gent masculine.
Les liens avec d’autres divinités
Mater Matuta partageait plusieurs caractéristiques avec d’autres déesses méditerranéennes. Sa proximité avec Fortuna dans le culte romain s’explique par leurs domaines d’action complémentaires et la contiguïté de leurs temples au Forum Boarium.
Les sources rapportent aussi son association avec la Bona Dea, suggérant des recoupements entre différents cultes féminins de la religion romaine.
Un héritage durable
Les Matralia témoignent de la capacité de la religion romaine à préserver des traditions très anciennes tout en les adaptant aux évolutions de la société. Les rites apparemment incompréhensibles aux Romains eux-mêmes conservaient la mémoire de croyances très anciennes.
Cette fête révèle aussi l’importance des femmes dans la religion romaine: loin d’être cantonnées aux cultes domestiques, elles avaient leurs propres célébrations publiques, leurs propres temples, leurs propres rituels. Les Matralia constituaient un moment où s’exprimait pleinement la religiosité féminine, avec ses codes, ses exclusions et ses solidarités spécifiques.
Sources antiques
- Cicéron, De Natura Deorum, III, 48
- Festus, De Verborum Significatu, s.v. «Mater Matuta ob bonitatem antiqui appellabant»
- Ovide, Fastes, VI, 469-648
- Plutarque, Vies parallèles, Vie de Camille, 5 ; Questions romaines, 17
- Tertullien, De Monogamia, XVII, 3
- Tite-Live, Ab Urbe Condita, V, 19, 6 ; XXV, 7, 6
Dates
11 juin 2026 Toute la journée
202624juinToute la journéeFors Fortuna
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Ante diem octavum kalendas Iulias EN BREF.
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Ante diem octavum kalendas Iulias

EN BREF. Fors Fortuna était une fête romaine populaire célébrée le 24 juin, jour du solstice d’été. Les Romains descendaient le Tibre en barques décorées pour honorer la déesse de la chance dans ses temples. Cette célébration joyeuse attirait surtout la plèbe et les esclaves, qui espéraient voir leur sort s’améliorer comme celui du roi Servius Tullius, passé de l’esclavage au trône selon la légende.
La fête de Fors Fortuna: une célébration populaire sur les rives du Tibre
Le 24 juin, les Romains de l’Antiquité célébraient l’une de leurs fêtes les plus joyeuses: Fors Fortuna. Cette journée, appelée dies Fortis Fortunae selon Varron, était dédiée à la déesse de la chance et du hasard. Contrairement à de nombreuses célébrations religieuses réservées aux élites, cette fête attirait particulièrement les classes populaires de Rome.
Une déesse du peuple
Fors Fortuna était vénérée avant tout par la plèbe et les esclaves, comme nous l’apprend Ovide dans ses Fastes. Cette popularité s’expliquait par l’histoire même de la déesse: «la plèbe vénère cette déesse, parce que, dit-on, le fondateur de son temple est issu de la plèbe et, malgré son origine modeste, a porté le sceptre». Ovide précise également que «ce culte convient aussi aux esclaves, parce que Tullius, né d’une esclave, a élevé ce temple voisin en l’honneur de la déesse capricieuse».
Ce Tullius mentionné par Ovide désigne le roi Servius Tullius, dont les origines faisaient débat dans l’Antiquité. Certaines traditions lui donnaient une ascendance divine, d’autres une origine servile. Cette ambiguïté même faisait de lui l’incarnation parfaite des possibilités offertes par la Fortune, qui pouvait élever les plus humbles au sommet du pouvoir.
Les temples de Fors Fortuna
Les calendriers épigraphiques romains mentionnent deux temples principaux dédiés à Fors Fortuna, tous deux situés au-delà du Tibre (trans Tiberim). Le premier se dressait au premier mille de la via Portuensis, le second au sixième mille, près du bois de Dea Dia. Les deux sanctuaires avaient été consacrés le 24 juin.
La tradition attribuait la construction du temple le plus proche de Rome au roi Servius Tullius, comme l’indiquent plusieurs auteurs antiques: Denys d’Halicarnasse, Plutarque (bien qu’il l’attribue parfois à Ancus Marcius), Varron et Ovide. Le second temple fut édifié plus tard par le consul Sp. Carvilio en 293 avant notre ère, avec une partie du butin de la guerre victorieuse contre les Étrusques et les Samnites selon Tite-Live.
Il est possible qu’avant la construction de ces temples, la déesse ait été honorée dans un lieu sacré en plein air, car certaines sources mentionnent un fanum Fortis Fortunae plutôt qu’un aedes (temple construit).
Une fête sur l’eau
Le jour de la Fors Fortuna, Ovide encourage les Romains: «Allez, célébrez joyeusement la déesse Fors, ô Quirites ! Sur la rive du Tibre, elle a reçu le présent d’un roi». La célébration prenait la forme d’un pèlerinage vers les temples situés de l’autre côté du fleuve.
Les participants se rendaient aux sanctuaires «en courant, les uns à pied, d’autres en barque rapide», précise Ovide. Le poète ajoute avec humour: «n’ayez pas honte de revenir de là en étant ivres». La fête se déroulait en grande partie sur l’eau: «Barques couronnées, emportez les jeunes gens qui festoient et qu’au milieu des ondes, ils boivent des flots de vin!»
Cette dimension nautique était si caractéristique que Cicéron désigne cette fête sous le nom de Tiberina Descensio («Descente du Tibre»), qu’il décrit comme une célébration marquée par une grande allégresse. Les participants descendaient le Tibre en barques décorées, participaient aux rituels dans les temples, puis remontaient vers Rome dans une ambiance festive.
Le sens de la célébration
Le nom même de la déesse éclaire sa fonction. Le terme fors, utilisé principalement comme adverbe (forte), signifiait en latin classique le hasard ou l’événement fortuit selon Cicéron, ou l’événement casuel et favorable selon Donat.
Certains érudits du 19e siècle ont proposé de faire dériver fors et fortuna de la racine indo-européenne bher-, la même que fero (porter). Fors Fortuna serait ainsi la déesse qui porte ou emporte, ce qui pourrait se rattacher au solstice d’été comme moment où les âmes descendent du monde supralunaire dans la sphère terrestre.
Les interprétations modernes voient en Fors Fortuna soit une divinité liée aux récoltes, invoquée pour garantir leur abondance ou pour remercier de les avoir protégées des caprices climatiques, soit une divinité solaire liée au solstice d’été. Cette seconde hypothèse s’appuie sur le fait que le solstice d’été était situé au 24 juin selon plusieurs sources antiques (Pline, Isidore de Séville, les calendriers philocaliens).
L’iconographie de la déesse
Les représentations de Fors Fortuna, conservées principalement à l’époque impériale, la montrent tenant le globe du commandement dans la main gauche et la corne d’abondance dans la droite, parfois accompagnée d’une roue. Tite-Live nous apprend que la statue de la déesse portait une couronne surmontée d’un signe.
Ces attributs symbolisaient les différents aspects de son pouvoir: le globe évoquait la domination du monde, la corne d’abondance la prospérité qu’elle pouvait dispenser, et la roue l’instabilité du destin humain.
Une fête démocratique
La Fors Fortuna du 24 juin illustrait parfaitement l’une des caractéristiques de la religion romaine: sa capacité à offrir des espaces de célébration commune à toutes les classes sociales. En s’adressant particulièrement aux humbles, cette fête leur donnait l’espoir que la Fortune pourrait un jour transformer leur condition, à l’image de Servius Tullius passé de l’esclavage au trône.
Sources antiques
- Cicéron, De finibus, V, 70
- Donat, Commentaire à Térence, Phormion, 841
- Ovide, Fastes, VI, 765-784
- Tite-Live, Ab Urbe condita, X, 46, 14 ; XXVII, 11, 3
- Varron, De lingua latina, VI, 17
Sources épigraphiques
- Corpus Inscriptionum Latinarum, I², 243, 211, 320
Études modernes
- Max Müller, étymologie indo-européenne de fors et fortuna (XIXe siècle)
Dates
24 juin 2026 Toute la journée










