Nunc est bibendum est une association culturelle sans but lucratif dédiée à l'évocation de l'Antiquité par les arts de la table.
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À vos marques, prêts ? Goûtez ! Que mangeaient les athlètes grecs et romains pour se préparer aux épreuves ? Quels aliments étaient réputés fortifiants ? Comment les plats étaient-ils assaisonnés
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À vos marques, prêts ? Goûtez !
Que mangeaient les athlètes grecs et romains pour se préparer aux épreuves ? Quels aliments étaient réputés fortifiants ? Comment les plats étaient-ils assaisonnés ?
L’association Nunc est bibendum vous invite à une dégustation à l’ancienne : venez découvrir les saveurs de l’Antiquité le temps d’un atelier gourmand et instructif.
Dès 7 ans · 20 min · Toutes les 30 min, dans la limite des stocks disponibles
Première séance à 18h30, dernière à 21h. Atelier pour 15 personnes maximum.
202606juinToute la journée07Journées romaines de Nyon
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L'association Nunc est bibendum sera présente aux journées romaines de Nyon. Renseignements suivront.
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L’association Nunc est bibendum sera présente aux journées romaines de Nyon.
Renseignements suivront.
Dates
6 juin 2026 - 7 juin 2026 (Toute la journée)
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Le Musée romain de Nyon présente une exposition évolutive – réalisée avec le concours de
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Le Musée romain de Nyon présente une exposition évolutive – réalisée avec le concours de l’Archéologie cantonale, Archeodunum Investigations Archéologiques SA et des Services de la culture et d’architecture de la Ville de Nyon – sur l’un des principaux édifices antiques de Nyon, son amphithéâtre.
Depuis sa découverte en 1996, l’amphithéâtre de Nyon attise l’intérêt et suscite de nombreuses questions. Avec l’exposition « Amphithéâtre? », le Musée romain souhaite apporter des explications, des réponses et des pistes de réflexion sur le passé, le présent et le futur de l’édifice. Il devient également, le temps de l’exposition, la maison du projet de valorisation du monument, qui connaît une évolution remarquable suite au crédit d’études voté par le Conseil communal en août 2022.
L’exposition explore l’amphithéâtre à travers des questions. Sont interrogés tour à tour sa construction, sa localisation, son âge et son ensevelissement, sa fonction, ou encore la place des animaux, des gladiateurs et des femmes dans l’arène. Une sélection de blocs, inscriptions, monnaies, petits objets trouvés sur le site sont présentés et expliqués selon les connaissances basées sur le travail des archéologues.
Dates
31 mai 2024 - 10 janvier 2027 (Toute la journée)
Musée romain de Nyon
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Pour marquer son jubilé, Lugdunum – Musée et théâtres romains présente une grande exposition qui explore le rapport à l’art et à l’héritage culturel il y a 2 000 ans. Qu’est-ce
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Pour marquer son jubilé, Lugdunum – Musée et théâtres romains présente une grande exposition qui explore le rapport à l’art et à l’héritage culturel il y a 2 000 ans.
Qu’est-ce que l’art pour les Romains ? Où se situe l’art dans la cité ? Quel est le statut de l’artiste ? Quel rapport les Romains ont-ils avec l’art grec ?
Rencontrez des œuvres d’exception, provenant de France et d’Italie, et plongez dans l’univers de l’art chez les Romains.
Dates
3 octobre 2025 - 7 juin 2026 (Toute la journée)
LUGDUNUM Musée et Théâtres Romains
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Etes-vous prêt à plonger dans les profondeurs obscures au large de l'île d'Anticythère pour
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Etes-vous prêt à plonger dans les profondeurs obscures au large de l’île d’Anticythère pour découvrir un navire coulé dans l’Antiquité ? Alors n’hésitez pas et venez visiter notre nouvelle exposition temporaire !
L’exposition Nouvelles d’Anticythère est consacrée aux recherches menées au large d’Anticythère entre 2021 et 2025 par l’Unité d’archéologie classique de l’Université de Genève, en collaboration avec le Ministère grec de la Culture. C’est sur cette île qu’a été retrouvée en 1900 l’épave d’un important navire marchand ayant fait naufrage au premier siècle avant notre ère. Cette exposition vous propose de plonger sur le site de l’épave et de découvrir les aspects qui font de ce navire un sujet si crucial pour la recherche archéologique à l’échelle de la Méditerranée entière.
Dates
20 octobre 2025 - 6 mai 2026 (Toute la journée)
Les prochaines fêtes du calendrier romain
Date
202612avrToute la journée19Cerealia
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Pridie Idus Apriles - Ante diem tertium decimum Kalendas Maias
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Pridie Idus Apriles – Ante diem tertium decimum Kalendas Maias

EN BREF. Les Cerealia, célébrées du 12 au 19 avril, honoraient Cérès, déesse des moissons. Introduit à Rome en 493 avant notre ère, ce culte d’origine grecque était placé sous la surveillance des édiles plébéiens. Les célébrations comprenaient sacrifices, jeux au Cirque et, le dernier jour, une chasse aux renards porteurs de torches liée à la protection des récoltes.
Cerealia: quand Rome mettait ses blés sous la protection des dieux
Au mois d’avril, alors que les céréales entraient dans leur phase de croissance, les Romains célébraient les Cerealia, fête dédiée à Cérès, déesse des moissons. Ces célébrations, qui duraient du 12 au 19 avril, occupaient une place particulière dans le calendrier religieux romain: à la fois fête agraire d’une grande ancienneté, culte à caractère plébéien et occasion de jeux publics, elles mêlaient des dimensions religieuses, sociales et politiques que les sources antiques permettent d’éclairer avec précision.
Un culte d’origine grecque confié à la plèbe
Le culte de Cérès a été introduit à Rome en 493 avant notre ère, d’après l’indication des Livres sibyllins. Un temple situé près du Circus Maximus lui a été consacré trois ans plus tard – le premier bâti à Rome dans le style grec et par des Grecs. Son nom complet était aedes Cereris Liberi Liberaeque, bien qu’on l’appelât plus souvent aedes Cereris. Le culte lui-même, admis parmi les sacra publica, resta entièrement grec: les prêtresses (sacerdotes publicae) étaient des Grecques, la langue des prières était le grec, et l’on n’avait retranché que quelques cérémonies orgiastiques et nocturnes.
Une particularité de ce culte consistait en ce qu’il s’adressait avant tout aux plébéiens, qui se voyaient au contraire exclus des sacra gentilicia des familles patriciennes. Ce nouveau culte a donc été placé sous la surveillance des édiles plébéiens – magistrats dont il est probable qu’ils ont tiré leur nom de la circonstance que leur office se trouvait dans le voisinage du temple (aedes). C’est là que, sous leur surveillance, on distribuait le blé et le pain accordés au peuple en temps de détresse. Les édiles avaient en même temps la direction des ludi cereales: double fonction qu’ils partagèrent plus tard avec les édiles curules, et qui fut, en 44 avant notre ère, confiée par Jules César à deux nouveaux magistrats appelés aediles cereales.
La principale fête de ce culte, d’abord célébrée seulement dans des occasions extraordinaires, a été fixée annuellement du 12 au 19 avril. On y commémorait le retour de Proserpine sur la terre, tel qu’il était connu surtout par les légendes de la ville d’Henna en Sicile. C’était donc une fête joyeuse, et tout le monde s’habillait en blanc – prescription qu’Ovide confirme au livre IV de ses Fastes:
«Le blanc sied à Cérès: aux fêtes de Cérès, portez des vêtements blancs.»[1]
Sacrifices, offrandes et prescription du bœuf
Le souvenir de l’invention de l’agriculture se trouvait au fond de cette fête, et c’est pourquoi on n’y offrait point de sacrifice sanglant, à l’exception d’une truie. Une offrande de deux porcs en or et en argent est par ailleurs mentionnée par Festus, mais ordinairement on se contentait de gâteaux de miel, de lait, d’encens et de flambeaux allumés. Sur la question du vin, Denys d’Halicarnasse soutient qu’il n’y était pas admis, mais il est contredit sur ce point par Virgile et son scholiaste.
Ovide, dans ses Fastes, prescrit avec précision les offrandes requises et la victime à immoler:
«Sacrificateurs à la tunique retroussée, écartez du bœuf vos couteaux; le bœuf doit labourer; immolez une truie paresseuse. Une hache ne doit pas frapper cette nuque faite pour le joug: que le bœuf vive et peine souvent à travailler la terre dure.»[2]
Cette prescription d’épargner le bœuf – animal indispensable au travail agricole – tout en sacrifiant la truie trouve un écho dans Caton l’Ancien. Dans son traité De Agri Cultura, il recommande au propriétaire terrien, avant la moisson, d’immoler à Cérès une porca praecidanea – une truie préliminaire. Ce sacrifice précède la rentrée des récoltes de farro, froment, orge, fève et navet, et s’accompagne d’offrandes à Janus, Jupiter et Junon, formulées avec la précision rituelle caractéristique de Caton: à Janus la strues – un gâteau rituel –, à Jupiter le fertum, puis le vin versé à chacun dans l’ordre, et enfin l’immolation de la truie à Cérès, suivie de la présentation des entrailles.[3]
Le dernier jour: renards, courses et processions
Après les sacrifices venaient les jeux, qui duraient plusieurs jours. Il était d’usage que les plébéiens invitassent les patriciens, qui à leur tour les conviaient aux Megalesia, fêtes de Cybèle. Le dernier jour de la fête, le 19 avril, était le plus brillant. À la campagne, on le célébrait par une procession autour des champs; dans la ville, cette procession se rendait au cirque, où le peuple se pressait en foule en se jetant des noix et des friandises. Puis venaient des courses de chevaux et une chasse aux renards qui portaient attachées à la queue des torches allumées – usage que les Anciens reliaient à une maladie du blé appelée robigo, la rouille, que l’on pensait prévenir ainsi.
Ovide consacre à ce rituel une narration étiologique au livre IV de ses Fastes. Se trouvant dans la région de Carseoli, il a entendu un vieil hôte lui raconter l’histoire. Un jeune garçon avait capturé un renard qui avait dérobé de nombreuses volailles; il l’avait enroulé de paille et de foin et y avait mis le feu. Le renard s’est échappé en flammes et, dans sa course, a incendié les champs de blé en train de mûrir. Depuis lors, la loi de Carseoli interdit de tuer les renards, et lors des Cerealia:
«Cette race expie par le feu et périt de la même façon qu’elle a fait périr les moissons.»[4]

Le mythe fondateur: l’enlèvement de Proserpine
La trame mythologique des Cerealia reposait sur le récit de l’enlèvement de Proserpine par Pluton, dieu des Enfers, et sur la quête de Cérès à la recherche de sa fille. Ovide en donne le récit le plus développé au livre IV de ses Fastes (vers 417–620). En Sicile, lors d’un banquet sacré, Proserpine s’est écartée de ses compagnes pour cueillir des fleurs dans un val ombragé d’Henna, lorsque Pluton l’a aperçue et enlevée sur ses chevaux sombres. Cérès, alertée par les cris des compagnes, a parcouru toute la Sicile, de promontoire en promontoire, de fleuve en fleuve, sans trouver sa fille. Parvenue près de l’Etna, la déesse a allumé deux pins en guise de torches pour continuer ses recherches de nuit – détail qu’Ovide relie explicitement à l’usage rituel:
«Là, elle alluma deux pins en guise de lampes; d’où encore de nos jours, lors de ses fêtes, on offre une torche à Cérès.»[5]
Après une longue errance jusqu’en Attique, où elle s’est assise épuisée sur un rocher glacé que les Athéniens appellent encore «le rocher triste», Cérès a appris du Soleil que sa fille était devenue l’épouse du frère de Jupiter. Elle a alors plaidé auprès de Jupiter pour la restitution de Proserpine. Un compromis a été trouvé: Proserpine passerait six mois auprès de sa mère et six mois aux Enfers avec son époux. Alors, les moissons reprirent: «dans les champs laissés en jachère on récolta une abondante moisson, et l’aire contint avec peine les richesses qu’on y amassait.»[6] Cette alternance symbolisait le cycle agricole lui-même: le grain disparaît sous terre pendant les mois d’hiver avant de remonter à la lumière au printemps.
Deux autres fêtes liées à Cérès
Outre les Cerealia d’avril, deux autres célébrations dédiées à Cérès figuraient dans le calendrier romain. Le sacrum anniversarium Cereris, institué peu avant la deuxième guerre punique, tombait en août, quelques jours après l’anniversaire de la bataille de Cannes du 2 août 216 avant notre ère. Cette bataille avait plongé Rome dans un deuil si grand qu’il avait fallu ajourner la fête de trente jours. Les femmes seules y participaient, après une abstinence de neuf jours: habillées de blanc et parées d’une couronne d’épis, elles allaient offrir à la déesse les prémices des champs. Le jejunium Cereris, un jeûne institué en 191 avant notre ère d’après les Livres sibyllins, était célébré d’abord tous les cinq ans, puis chaque année le quatrième jour du mois d’octobre. Cette fête correspondait aux Thesmophories grecques.
[1] Ovide, Fastes, IV, 619–620: alba decent Cererem: vestes Cerialibus albas / sumite; nunc pulli velleris usus abest.
[2] Ovide, Fastes, IV, 413–416: a bove succincti cultros removete ministri: / bos aret; ignavam sacrificate suem. / apta iugo cervix non est ferienda securi: / vivat et in dura saepe laboret humo.
[3] Caton, De Agri Cultura, 134: Priusquam messim facies, porcam praecidaneam hoc modo fieri oportet. Cereri porca praecidanea porco femina, priusquam hasce fruges condas, far, triticum, hordeum, fabam, semen rapicium. Ture vino Iano Iovi Iunoni praefato, priusquam porcum feminam inmolabis.
[4] Ovide, Fastes, IV, 711–712: utque luat poenas, gens haec Cerialibus ardet, / quoque modo segetes perdidit ipsa perit.
[5] Ovide, Fastes, IV, 493–494: illic accendit geminas pro lampade pinus: / hinc Cereris sacris nunc quoque taeda datur.
[6] Ovide, Fastes, IV, 617–618: largaque provenit cessatis messis in arvis, / et vix congestas area cepit opes.
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Versione italiana
IN BREVE. I Cerealia, celebrati dal 12 al 19 aprile, onoravano Cerere, dea del raccolto. Introdotto a Roma nel 493 a.C., questo culto di origine greca era posto sotto la sorveglianza degli edili plebei. Le celebrazioni comprendevano sacrifici, giochi al Circo e, nell’ultimo giorno, una caccia alle volpi portatrici di torce legata alla protezione dei raccolti.
Cerealia: quando Roma metteva il suo grano sotto la protezione degli dèi
Nel mese di aprile, mentre i cereali entravano nella loro fase di crescita, i Romani celebravano i Cerealia, festa dedicata a Cerere, dea del raccolto. Queste celebrazioni, che duravano dal 12 al 19 aprile, occupavano un posto particolare nel calendario religioso romano: al tempo stesso festa agraria di grande antichità, culto a carattere plebeo e occasione di giochi pubblici, esse mescolavano dimensioni religiose, sociali e politiche che le fonti antiche permettono di illuminare con precisione.
Un culto di origine greca affidato alla plebe
Il culto di Cerere fu introdotto a Roma nel 493 a.C., secondo l’indicazione dei Libri sibillini. Un tempio situato nei pressi del Circo Massimo le fu consacrato tre anni dopo—il primo costruito a Roma in stile greco e da artefici greci. Il suo nome completo era aedes Cereris Liberi Liberaeque, benché lo si chiamasse più spesso aedes Cereris. Il culto stesso, ammesso tra i sacra publica, rimase interamente greco: le sacerdotesse (sacerdotes publicae) erano greche, la lingua delle preghiere era il greco, e si erano soppresse soltanto alcune cerimonie orgiastiche e notturne.
Una particolarità di questo culto consisteva nel fatto che esso si rivolgeva anzitutto ai plebei, i quali erano invece esclusi dai sacra gentilicia delle famiglie patrizie. Questo nuovo culto fu dunque posto sotto la sorveglianza degli edili plebei—magistrati il cui nome deriva probabilmente dal fatto che il loro ufficio si trovava in prossimità del tempio (aedes). Lì, sotto la loro sorveglianza, si distribuivano il grano e il pane accordati al popolo in tempi di carestia. Gli edili avevano al tempo stesso la direzione dei ludi cereales: duplice funzione che condivisero in seguito con gli edili curuli, e che fu, nel 44 a.C., affidata da Giulio Cesare a due nuovi magistrati chiamati aediles cereales.
La principale festa di questo culto, dapprima celebrata solo in occasioni straordinarie, fu fissata annualmente dal 12 al 19 aprile. Vi si commemorava il ritorno di Proserpina sulla terra, così come era noto soprattutto attraverso le leggende della città di Henna in Sicilia. Era dunque una festa gioiosa, e tutti si vestivano di bianco—prescrizione che Ovidio conferma nel libro IV dei suoi Fasti:
«Il bianco si addice a Cerere: alle feste di Cerere, indossate vesti bianche.»[1]
Sacrifici, offerte e divieto del bue
Il ricordo dell’invenzione dell’agricoltura era al fondo di questa festa, ed è per questo che non vi si offriva alcun sacrificio cruento, ad eccezione di una scrofa. Un’offerta di due maiali in oro e in argento è peraltro menzionata da Festo, ma ordinariamente ci si accontentava di dolci al miele, latte, incenso e fiaccole accese. Sulla questione del vino, Dionigi di Alicarnasso sostiene che non vi era ammesso, ma su questo punto è contraddetto da Virgilio e dal suo scoliaste.
Ovidio, nei suoi Fasti, prescrive con precisione le offerte richieste e la vittima da immolare[2]:
«Sacrificatori dalla tunica rimboccata, allontanate i vostri coltelli dal bue; il bue deve arare; immolatate una scrofa pigra. Un’ascia non deve colpire questo collo fatto per il giogo: che il bue viva e si affatichi spesso a lavorare la dura terra.»
Questa prescrizione di risparmiare il bue—animale indispensabile al lavoro agricolo—sacrificando invece la scrofa trova un’eco in Catone il Vecchio. Nel suo trattato De Agri Cultura, egli raccomanda al proprietario terriero, prima del raccolto, di immolare a Cerere una porca praecidanea—una scrofa preliminare. Questo sacrificio precede la raccolta di farro, frumento, orzo, fava e rapa, ed è accompagnato da offerte a Giano, Giove e Giunone, formulate con la precisione rituale caratteristica di Catone: a Giano la strues—una torta rituale—, a Giove il fertum, poi il vino versato a ciascuno nell’ordine, e infine l’immolazione della scrofa a Cerere, seguita dalla presentazione delle interiora.[3]
L’ultimo giorno: volpi, corse e processioni
Dopo i sacrifici venivano i giochi, che duravano diversi giorni. Era consuetudine che i plebei invitassero i patrizi, i quali a loro volta li convocavano ai Megalesia, feste di Cibele. L’ultimo giorno della festa, il 19 aprile, era il più brillante. In campagna lo si celebrava con una processione attorno ai campi; in città, questa processione si recava al circo, dove il popolo si accalcava gettandosi noci e dolciumi. Poi venivano corse di cavalli e una caccia alle volpi che portavano legate alla coda delle fiaccole accese—usanza che gli Antichi collegavano a una malattia del grano chiamata robigo, la ruggine, che si credeva di prevenire in questo modo.
Ovidio dedica a questo rituale una narrazione eziologica nel libro IV dei suoi Fasti. Trovandosi nella regione di Carseoli, aveva sentito un vecchio ospite raccontargli la storia. Un ragazzo aveva catturato una volpe che aveva rubato molte galline; l’aveva avvolta di paglia e fieno e vi aveva dato fuoco. La volpe fuggì in fiamme e, nella sua corsa, incendiò i campi di grano in via di maturazione. Da allora, la legge di Carseoli vieta di uccidere le volpi, e durante i Cerealia:
«Questa razza espia col fuoco e perisce nello stesso modo in cui ha fatto perire le messi.»[4]
Il mito fondatore: il ratto di Proserpina
La trama mitologica dei Cerealia si fondava sul racconto del ratto di Proserpina da parte di Plutone, dio degli Inferi, e sulla ricerca di Cerere alla scoperta della figlia. Ovidio ne fornisce il racconto più ampio nel libro IV dei suoi Fasti (versi 417–620). In Sicilia, durante un banchetto sacro, Proserpina si era allontanata dalle sue compagne per cogliere fiori in una valle ombrosa di Henna, quando Plutone la scorse e la rapì sui suoi cavalli oscuri. Cerere, avvertita dalle grida delle compagne, percorse tutta la Sicilia, di promontorio in promontorio, di fiume in fiume, senza trovare la figlia. Giunta presso l’Etna, la dea accese due pini come torce per proseguire le ricerche di notte—dettaglio che Ovidio collega esplicitamente all’uso rituale:
«Là, accese due pini a guisa di lampade; per questo ancor oggi, nelle sue feste, si offre una torcia a Cerere.»[5]
Dopo una lunga peregrinazione fino all’Attica, dove si sedette esausta su una roccia gelida che gli Ateniesi chiamano ancora «la roccia triste», Cerere apprese dal Sole che sua figlia era divenuta la sposa del fratello di Giove. Allora supplicò Giove per la restituzione di Proserpina. Fu trovato un compromesso: Proserpina avrebbe trascorso sei mesi presso la madre e sei mesi agli Inferi con il suo sposo. Allora i raccolti ripresero: «nei campi lasciati in maggese si raccolse un’abbondante messe, e l’aia a stento conteneva le ricchezze che vi si ammassavano.»[6] Questa alternanza simboleggiava il ciclo agricolo stesso: il grano scompare sotto terra durante i mesi invernali prima di risalire alla luce in primavera.
Altre due feste legate a Cerere
Oltre ai Cerealia di aprile, altre due celebrazioni dedicate a Cerere figuravano nel calendario romano. Il sacrum anniversarium Cereris, istituito poco prima della seconda guerra punica, cadeva in agosto, alcuni giorni dopo l’anniversario della battaglia di Canne del 2 agosto 216 a.C. Quella battaglia aveva gettato Roma in un lutto così grande che aveva reso necessario rinviare la festa di trenta giorni. Solo le donne vi partecipavano, dopo un’astinenza di nove giorni: vestite di bianco e ornate di una corona di spighe, andavano a offrire alla dea le primizie dei campi. Il jejunium Cereris, un digiuno istituito nel 191 a.C. secondo i Libri sibillini, era celebrato dapprima ogni cinque anni, poi ogni anno il quarto giorno del mese di ottobre. Questa festa corrispondeva alle Tesmoforie greche.
[1] Ovidio, Fasti, IV, 619–620: alba decent Cererem: vestes Cerialibus albas / sumite; nunc pulli velleris usus abest.
[2] Ovidio, Fasti, IV, 413–416: a bove succincti cultros removete ministri: / bos aret; ignavam sacrificate suem. / apta iugo cervix non est ferienda securi: / vivat et in dura saepe laboret humo.
[3] Catone, De Agri Cultura, 134: Priusquam messim facies, porcam praecidaneam hoc modo fieri oportet. Cereri porca praecidanea porco femina, priusquam hasce fruges condas, far, triticum, hordeum, fabam, semen rapicium. Ture vino Iano Iovi Iunoni praefato, priusquam porcum feminam inmolabis.
[4] Ovidio, Fasti, IV, 711–712: utque luat poenas, gens haec Cerialibus ardet, / quoque modo segetes perdidit ipsa perit.
[5] Ovidio, Fasti, IV, 493–494: illic accendit geminas pro lampade pinus: / hinc Cereris sacris nunc quoque taeda datur.
[6] Ovidio, Fasti, IV, 617–618: largaque provenit cessatis messis in arvis, / et vix congestas area cepit opes.
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English version
IN BRIEF. The Cerealia, celebrated from 12 to 19 April, honoured Ceres, goddess of the harvest. Introduced to Rome in 493 BCE, this cult of Greek origin was placed under the supervision of the plebeian aediles. The celebrations included sacrifices, games at the Circus, and, on the final day, a fox hunt involving torch-bearing animals, linked to the protection of the crops.
Cerealia: when Rome placed its grain under the protection of the gods
In the month of April, as the grain crops entered their growing phase, the Romans celebrated the Cerealia, a festival dedicated to Ceres, goddess of the harvest. These celebrations, which lasted from 12 to 19 April, held a particular place in the Roman religious calendar: at once an agrarian festival of great antiquity, a cult of plebeian character, and an occasion for public games, they combined religious, social, and political dimensions that ancient sources allow us to illuminate with precision.
A cult of Greek origin entrusted to the plebs
The cult of Ceres was introduced to Rome in 493 BCE, according to the indication of the Sibylline Books. A temple situated near the Circus Maximus was consecrated to her three years later—the first built in Rome in the Greek style and by Greek craftsmen. Its full name was aedes Cereris Liberi Liberaeque, though it was more commonly called aedes Cereris. The cult itself, admitted among the sacra publica, remained entirely Greek: the priestesses (sacerdotes publicae) were Greek women, the language of prayer was Greek, and only a few orgiastic and nocturnal ceremonies had been removed.
One peculiarity of this cult was that it was addressed above all to the plebeians, who were by contrast excluded from the sacra gentilicia of the patrician families. This new cult was therefore placed under the supervision of the plebeian aediles—magistrates whose name probably derived from the fact that their office was located in the vicinity of the temple (aedes). It was there, under their supervision, that the grain and bread granted to the people in times of hardship were distributed. The aediles also held responsibility for the ludi cereales: a dual function they later shared with the curule aediles, and which was, in 44 BCE, entrusted by Julius Caesar to two new magistrates called aediles cereales.
The principal festival of this cult, at first celebrated only on extraordinary occasions, was fixed annually from 12 to 19 April. It commemorated the return of Proserpina to the earth, as known above all through the legends of the city of Henna in Sicily. It was therefore a joyful festival, and everyone dressed in white—a prescription that Ovid confirms in Book IV of his Fasti:
« White befits Ceres: at the festivals of Ceres, put on white garments. »[1]
Sacrifices, offerings, and the prohibition of the ox
The memory of the invention of agriculture lay at the heart of this festival, which is why no blood sacrifice was offered, with the exception of a sow. An offering of two pigs in gold and silver is moreover mentioned by Festus, but ordinarily honey cakes, milk, incense, and lit torches sufficed. On the question of wine, Dionysius of Halicarnassus maintains that it was not admitted, but he is contradicted on this point by Virgil and his scholiast.
Ovid, in his Fasti, prescribes with precision the offerings required and the victim to be sacrificed:
« Ministrants with tucked-up tunics, keep your knives away from the ox; the ox must plough; sacrifice a slothful sow. An axe must not strike this neck made for the yoke: let the ox live and often toil at working the hard earth. »[2]
This prescription to spare the ox—an animal indispensable to agricultural labour—whilst sacrificing the sow finds an echo in Cato the Elder. In his treatise De Agri Cultura, he recommends that the landowner, before the harvest, immolate to Ceres a porca praecidanea—a preliminary sow. This sacrifice precedes the bringing in of the harvest of spelt, wheat, barley, bean, and turnip, and is accompanied by offerings to Janus, Jupiter, and Juno, formulated with the ritual precision characteristic of Cato: to Janus the strues—a ritual cake—, to Jupiter the fertum, then wine poured to each in order, and finally the immolation of the sow to Ceres, followed by the presentation of the entrails.[3]
The final day: foxes, races, and processions
After the sacrifices came the games, which lasted several days. It was customary for the plebeians to invite the patricians, who in turn invited them to the Megalesia, the festivals of Cybele. The last day of the festival, 19 April, was the most brilliant. In the countryside, it was celebrated with a procession around the fields; in the city, this procession made its way to the circus, where the people crowded together, throwing nuts and sweets at one another. Then came horse races and a hunt for foxes that had lit torches tied to their tails—a custom that the Ancients connected to a disease of the grain called robigo, rust, which was believed to be prevented in this way.
Ovid devotes an aetiological narrative to this ritual in Book IV of his Fasti. Finding himself in the region of Carseoli, he had heard an elderly host tell him the story. A young boy had caught a fox that had stolen many hens; he had wrapped it in straw and hay and set it alight. The fox escaped in flames and, as it ran, set fire to the ripening wheat fields. From that day, the law of Carseoli forbids the killing of foxes, and during the Cerealia:
« This race expiates through fire and perishes in the same manner in which it caused the crops to perish. »[4]
The founding myth: the abduction of Proserpina
The mythological framework of the Cerealia rested on the story of the abduction of Proserpina by Pluto, god of the Underworld, and on Ceres’s quest in search of her daughter. Ovid gives the most fully developed account in Book IV of his Fasti (lines 417–620). In Sicily, during a sacred banquet, Proserpina had strayed from her companions to gather flowers in a shaded valley at Henna, when Pluto caught sight of her and carried her off on his dark horses. Ceres, alerted by her companions’ cries, traversed all of Sicily, from headland to headland, from river to river, without finding her daughter. Arriving near Etna, the goddess lit two pine trees as torches to continue her search by night—a detail that Ovid explicitly connects to ritual usage:
« There she lit two pines in place of lamps; whence, to this day, at her festivals, a torch is offered to Ceres. »[5]
After a long wandering as far as Attica, where she sat exhausted on a cold rock that the Athenians still call « the sorrowful stone, » Ceres learned from the Sun that her daughter had become the wife of Jupiter’s brother. She then pleaded with Jupiter for the return of Proserpina. A compromise was reached: Proserpina would spend six months with her mother and six months in the Underworld with her husband. Then the harvests resumed: « from fields left fallow a rich harvest was reaped, and the threshing floor could scarcely hold the wealth gathered upon it. »[6] This alternation symbolised the agricultural cycle itself: grain disappears beneath the earth during the winter months before rising back to the light in spring.
Two further festivals linked to Ceres
Besides the April Cerealia, two other celebrations dedicated to Ceres appeared in the Roman calendar. The sacrum anniversarium Cereris, instituted shortly before the Second Punic War, fell in August, a few days after the anniversary of the Battle of Cannae on 2 August 216 BCE. That battle had plunged Rome into such profound mourning that the festival had to be postponed by thirty days. Women alone took part, after an abstinence of nine days: dressed in white and adorned with a crown of ears of grain, they went to offer the goddess the first fruits of the fields. The jejunium Cereris, a fast instituted in 191 BCE according to the Sibylline Books, was celebrated at first every five years, then annually on the fourth day of October. This festival corresponded to the Greek Thesmophoria.
[1] Ovid, Fasti, IV, 619–620: alba decent Cererem: vestes Cerialibus albas / sumite; nunc pulli velleris usus abest.
[2] Ovid, Fasti, IV, 413–416: a bove succincti cultros removete ministri: / bos aret; ignavam sacrificate suem. / apta iugo cervix non est ferienda securi: / vivat et in dura saepe laboret humo.
[3] Cato, De Agri Cultura, 134: Priusquam messim facies, porcam praecidaneam hoc modo fieri oportet. Cereri porca praecidanea porco femina, priusquam hasce fruges condas, far, triticum, hordeum, fabam, semen rapicium. Ture vino Iano Iovi Iunoni praefato, priusquam porcum feminam inmolabis.
[4] Ovid, Fasti, IV, 711–712: utque luat poenas, gens haec Cerialibus ardet, / quoque modo segetes perdidit ipsa perit.
[5] Ovid, Fasti, IV, 493–494: illic accendit geminas pro lampade pinus: / hinc Cereris sacris nunc quoque taeda datur.
[6] Ovid, Fasti, IV, 617–618: largaque provenit cessatis messis in arvis, / et vix congestas area cepit opes.
Dates
12 avril 2026 - 19 avril 2026 (Toute la journée)
202621avrToute la journéeParilia / Romaea
Description
Ante diem undecimum Kalendas Maias Les Parilia représentées en 1783
Description
Ante diem undecimum Kalendas Maias

EN BREF. Les Parilia, célébrées le 21 avril, mêlaient tradition pastorale et histoire nationale romaine. Cette fête ancestrale honorait Palès, protecteur des troupeaux, par des rituels spectaculaires où bergers et moutons sautaient par-dessus des feux purificateurs. Coïncidant avec la fondation légendaire de Rome par Romulus, elle évolua pour devenir l’anniversaire officiel de la Ville Éternelle, illustrant parfaitement comment Rome transformait ses racines rurales en célébration impériale.
Les Parilia: quand Rome célébrait ses bergers et sa naissance
Les Parilia, ou Palilia[1], étaient une fête rurale romaine célébrée chaque année le 21 avril. Cette célébration, profondément ancrée dans la tradition pastorale, visait à purifier les moutons et les bergers afin d’assurer leur prospérité pour l’année à venir. Au-delà de leur aspect pastoral, les Parilia ont évolué pour devenir l’anniversaire de Rome, symbolisant la fondation de la ville et sa puissance croissante.
Selon le mythe rapporté par Ovide, Romulus, en arrivant sur le site de Rome le jour des Parilia, traça un sillon pour les murs avec sa charrue tirée par «une vache blanche et un boeuf à la robe de neige» (Fastes, IV, 4826). Il pria ensuite les dieux: «Maintenant que je fonde cette ville, ô Jupiter, et toi, Mars mon père, et toi auguste Vesta, soyez-moi propices» (Fastes, IV, 4828-4829). Jupiter répondit à cette prière «par un grondement de tonnerre sur sa gauche» et «lança des éclairs sur la gauche du ciel» (Fastes, IV, 4833-4834), un présage favorable pour les Romains.
Son frère Rémus, «ignorant cet ordre», regarda «avec mépris ces humbles murs et dit: ‘C’est avec çà que le peuple sera à l’abri ?’» (Fastes, IV, 4841-4843). Il franchit alors la ligne sacrée et fut tué par Celer qui, sur ordre de Romulus, devait empêcher quiconque de franchir «les murs et la tranchée creusée par la charrue» (Fastes, IV, 4839-4840).
Pendant la République romaine, l’agriculture occupait une place centrale dans l’identité romaine et les Parilia ont pris un caractère plus rural. La fête s’est étendue à l’ensemble de la population rurale, célébrant la fertilité des terres et le bien-être des troupeaux.
Avec l’urbanisation croissante et la montée en puissance de Rome, les Parilia ont connu une transformation significative. À la fin de la République, la fête est devenue associée à l’anniversaire de Rome. Au 1er siècle avant notre ère, sous Jules César, des jeux ont été ajoutés à la cérémonie après qu’il eut reçu la nouvelle de la victoire romaine à Munda en 45 av. J.-C. Lors de ces jeux, les citoyens portaient des couronnes en l’honneur de César, soulignant la puissance et les victoires militaires de Rome.
Plus tard, sous l’empereur Caligula, la fête s’est encore enrichie d’une procession de prêtres, de nobles et d’enfants de naissance noble, chantant les louanges de l’empereur et escortant un bouclier d’or, précédemment offert à l’empereur par les citoyens de Rome, jusqu’au Capitole.
En 121 de notre ère, sous l’empereur Hadrien, un nouveau temple dédié à Vénus et Rome a été érigé et le nom de la fête a été changé en Romaea (ou dies natalis Romae ou encore natalis Urbis). Cette transformation marque l’intégration définitive des Parilia dans le calendrier officiel romain et leur association avec la fondation de la ville. Ce temple fut ruiné au 9e siècle.
Les Parilia se déroulaient en deux parties distinctes: une cérémonie rurale et une cérémonie urbaine. Comme le témoigne Ovide lui-même: «Certes, j’ai souvent apporté moi-même, à pleines mains, la cendre de veau et les tiges de fèves, offrandes purificatoires passées au feu. Certes, j’ai sauté trois fois par-dessus des rangs de flammes alignés, et une branche de laurier mouillé m’a aspergé de gouttes d’eau» (Fastes, IV, 4725-4728).
Cérémonie rurale
La cérémonie rurale, menée par le berger lui-même, était profondément ancrée dans les traditions pastorales. Avant le début de la cérémonie, le berger devait «décorer la bergerie en y fixant des rameaux feuillus, et orner les portes de longues guirlandes» (Fastes, IV, 4738-4739).
Dès l’aube, «le berger purifie ses brebis repues, lorsque tombe le crépuscule. Avant, [il aura] aspergé et balayé la terre à l’aide d’une branche» (Fastes, IV, 4735-4736). Il devait ensuite faire brûler «des branches d’olivier mâle, une torche de pin et des herbes sabines» et veiller à ce «que le laurier léché par la flamme crépite au centre du foyer» (Fastes, IV, 4741-4742). Les bruits produits par cette combinaison brûlante étaient interprétés comme un présage bénéfique.
Des offrandes de «millet et des gâteaux de millet» étaient ensuite présentées à Palès, car «la déesse des campagnes apprécie tout spécialement cet aliment» (Fastes, IV, 4743-4744). On y ajoutait «un vase de lait et les mets qu’elle aime» (Fastes, IV, 4745).
Le berger se tournait ensuite «vers le Levant», prononçait sa prière «trois fois, puis [lavait] ses mains dans l’eau vive» (Fastes, IV, 4778-4779). Dans cette prière, il demandait à Palès: «Veille sur le troupeau, et aussi sur les bergers; repousse le malheur et fais-le fuir loin de mes étables» (Fastes, IV, 4747-4748). Il implorait également son pardon pour diverses fautes accidentelles comme avoir fait paître dans un lieu saint, s’être assis sous un arbre sacré, ou avoir troublé les eaux des étangs (Fastes, IV, 4749-4759).
La cérémonie s’achevait par la consommation d’un breuvage particulier: «en guise de cratère, une écuelle et boire du lait de neige et du vin pourpre» (Fastes, IV, 4780-4781), suivi de «d’un pied leste, avec ardeur» par «des tas enflammés de paille crépitante» (Fastes, IV, 4781-4782).
Cérémonie urbaine
La cérémonie urbaine, dirigée par un prêtre, intégrait des éléments d’autres fêtes religieuses romaines. Selon Ovide, le peuple devait «aller quérir à l’autel de la Vierge une préparation purificatoire» que «Vesta te la donnera; grâce à ce présent de Vesta, tu seras pur» (Fastes, IV, 4731-4732).
Cette préparation purificatoire était «constituée de sang de cheval, de cendre de veau, et d’un troisième élément, de la paille creuse d’une fève dure» (Fastes, IV, 4733-4734). Les cendres provenaient du sacrifice lors des Fordicidia, où l’on sacrifiait une vache pleine à Tellus, et d’où «l’on retire le veau du ventre de sa mère pour le brûler» (Fastes, IV, 4634-4641).
Le sang de cheval provenait du «Cheval d’Octobre», le cheval de droite de l’attelage vainqueur d’une course particulière le 15 octobre de l’année précédente. Ensemble, ces éléments étaient mélangés par les Vestales pour former les substances purificatoires nécessaires aux rites.
Ovide propose plusieurs explications sur l’origine de ces rites, notamment le feu purificateur. «Le feu dévorant purifie tout et la fusion des métaux en expulse les défauts: est-ce pour cela qu’on purifie avec lui les brebis et leur berger?» (Fastes, IV, 4785-4786). Il évoque aussi la complémentarité des éléments: «eau et feu, éléments premiers de toutes choses, opposés entre eux, sont des divinités ennemies» (Fastes, IV, 4787-4788), que les Romains auraient réunis pour leurs rites de purification.
Sources antiques
- Ovide, Fastes, IV, 4721-4862
- Properce, Élégies, IV, 1, 19-20; IV, 4, 73-78
- Varron, De Lingua Latina, VI, 15
- Varron, Res Rusticae, II, 1, 9
- Cicéron, De Divinatione, II, 98
Sources modernes
- Adkins, L. & Adkins, R. A. (1996). Dictionary of Roman Religion. New York: Facts on File Inc.
- Butrica, J. L. (2000). « Propertius on the Parilia (4.4.73-8) ». Classical Quarterly 50.2, 472-478.
- Dumézil, G. (1974). La religion romaine archaïque. Paris.
- Fowler, W. W. (1899). The Roman Festivals of the Period of the Republic. London: MacMillan and Co., Limited.
- Kearns, E. (2003). The Oxford Dictionary of Classical Myth and Religion. Oxford: Oxford University Press.
- The Cambridge Ancient History 2nd Ed. Vol. X: The Augustan Empire 43 BC – AD 69. (1996). Great Britain: Cambridge University Press.
[1] Pălīlis, e, de Palès: Ov. F. 4, 898 ; M. 14, 774; Tib. 2, 5, 87 Palilia (Parilia, Varro R. 2, 1, 9; Col.; Plin.), ium ou iōrum, n. pl., Palilies ou Parilies, fêtes en l’honneur de Palès: Varro L. 6, 15 ; Cic. Div. 2, 98; Ov. F. 4, 721; cf. Fest. 222.
Dates
21 avril 2026 Toute la journée
202627avrToute la journée02maiFloralia
Description
Ante diem quintum Kalendas Maias - Ante diem sextum Nonas Maias Fresque représentant Flora, provenant de
Description
Ante diem quintum Kalendas Maias – Ante diem sextum Nonas Maias

Les Floralia ou «Jeux floraux» (ludi Florales) étaient des festivités célébrées dans la Rome antique en l’honneur de Flora, déesse des fleurs, des jardins et du printemps. D’après les textes anciens, cette déesse avait une origine sabine, peuple italique voisin des premiers Romains. Varron, érudit romain du 1er siècle av. J.-C., la compte explicitement parmi les divinités sabines, et note l’existence d’un mois appelé «Flusalis» (équivalent linguistique de Floralia) dans le calendrier sabin.
Les sources historiques indiquent que le culte de Flora fut introduit à Rome par Titus Tatius, roi sabin qui aurait régné conjointement avec Romulus. Selon Ovide, dans ses Fastes, ce culte était déjà établi sous le règne de Numa Pompilius, deuxième roi légendaire de Rome.
La transformation de ce culte en véritable festival public est cependant plus tardive. Pline l’Ancien précise dans son Histoire Naturelle (XVIII.286): «Les Floralia furent instituées l’an 516 de la fondation de Rome [238 av. J.-C.] sur un avis des livres Sibyllins, à cause de la stérilité des campagnes». Cette date est corroborée par l’historien Velleius Paterculus (I.14.8) qui situe l’événement en 241-240 av. J.-C. Ovide ajoute que ces jeux furent ensuite célébrés de manière irrégulière, puis rétablis de façon annuelle en 173 av. J.-C., lorsque les récoltes souffrirent à nouveau «des vents, de la pluie et de la grêle» (Fastes, V.329-330).
Flora: une divinité entre nature et mythe
Flora appartenait au cercle restreint des divinités majeures de Rome, comme l’atteste le fait qu’elle possédait son propre prêtre d’État, le flamen Florialis. Elle recevait des sacrifices dans le bois sacré des Frères Arvales (Fratres Arvales), une confrérie sacerdotale très ancienne.
Ovide, dans ses Fastes, établit un parallèle entre Flora et la nymphe grecque Chloris (V.195-214). Selon le poète, Zéphyr, le vent d’ouest, tomba amoureux de Chloris, l’épousa et lui offrit comme dot un jardin perpétuellement en fleurs. Ovide raconte également comment Flora aurait aidé Junon à concevoir Mars sans l’intervention de Jupiter, grâce à une fleur magique qui permettait de devenir enceinte par simple contact (V.229-258).
Le rhéteur chrétien Lactance, au 4e siècle, propose une interprétation différente de l’origine du culte. Dans ses Institutions Divines (I.20), il affirme: «Flora, ayant acquis de grandes richesses par cette pratique [la prostitution], fit du peuple romain son héritier et laissa une somme fixe d’argent, dont les intérêts annuels devaient servir à célébrer le jour de sa naissance par des jeux publics, qu’on appela Floralia».
Des temples au service du peuple
D’après les sources archéologiques et textuelles, Flora possédait plusieurs lieux de culte à Rome:
- Un temple principal près du Circus Maximus, sur la pente inférieure de l’Aventin, quartier traditionnellement associé aux plébéiens. Ce temple fut construit suite à la consultation des Livres Sibyllins vers 238 av. J.-C.
- Un autre sanctuaire sur le Quirinal, dédié à Flora Rustica («Flora rurale»), qui pourrait correspondre à l’autel originel établi par Titus Tatius.
Ces emplacements soulignent le caractère populaire du culte de Flora, principalement célébré par la plèbe romaine plutôt que par l’aristocratie patricienne.
Le déroulement des célébrations
Les Floralia commençaient le 27 avril durant l’époque républicaine, ou le 28 avril dans le calendrier julien. Sous l’Empire, les festivités s’étendaient jusqu’au 3 mai, totalisant six journées de célébrations. Ovide évoque cette période charnière entre deux mois dans ses Fastes:
«Tu commences en avril et tu passes dans le mois de mai. L’un te possède quand il finit, l’autre quand il commence. Puisque les confins de ces mois t’appartiennent et te rendent hommage, L’un et l’autre conviennent à ta louange.» (Fastes, V.185-188)
Les festivités suivaient un programme structuré:
- Elles débutaient par des représentations théâtrales, les ludi scaenici
- Elles comprenaient des compétitions et spectacles dans le cirque
- Des danses et représentations mimiques animaient les journées et les nuits
- Les célébrations se concluaient par un sacrifice à Flora
Selon plusieurs témoignages, ces jeux se tenaient notamment dans un cirque spécial, appelé «cirque de Flore», situé hors de la ville, dans une vallée formée par le mont Viminal et le Pincio. L’empereur Galba y présenta même un éléphant funambule en 68 apr. J.-C., comme le rapporte Suétone (Vie de Galba, 6.1).
Des caractéristiques uniques et controversées
Une fête plébéienne aux mœurs libres
Les Floralia se distinguaient d’autres fêtes romaines par leur caractère populaire et leur ambiance décontractée. D’abord simples et naïves, ces célébrations évoluèrent vers des spectacles plus licencieux. Valerius Maximus relate une anecdote devenue célèbre: lors d’une représentation théâtrale pendant les Floralia, le public demanda aux actrices de se dénuder sur scène. Caton le Jeune, présent dans l’assistance, préféra quitter le théâtre plutôt que d’assister à cette exhibition ou d’empêcher le peuple de jouir de ces coutumes festives (Faits et Dits Mémorables, II.10.8).
Le poète Martial critique d’ailleurs l’hypocrisie de ceux qui, comme Caton, se rendent aux Floralia tout en feignant d’être choqués par ces spectacles: «Pourquoi es-tu venu aux joyeux rituels de Flora, aux plaisanteries festives et à la licence de la foule?» (Préface du livre I des Épigrammes).
La participation remarquée des prostituées
Selon plusieurs auteurs, les prostituées de Rome participaient activement aux Floralia. Juvénal mentionne qu’elles dansaient nues et se livraient même à des combats simulés: «Regardez ce qu’on peut voir pendant les jeux de Flora, où les prostituées […] combattent comme des gladiateurs» (Satires, VI.249-250).
Lactance, avec son regard chrétien critique, décrit ces spectacles en détail: «Outre la licence des paroles, où s’épanche toute l’obscénité, les femmes sont aussi dépouillées de leurs vêtements à la demande du peuple, et exécutent alors le rôle de mimes, et sont retenues sous le regard du peuple avec des gestes indécents, jusqu’à rassasier les yeux impudiques» (Institutions Divines, I.20).
Cette participation des prostituées aux cérémonies religieuses, malgré leur statut social marginalisé, témoigne d’une intégration partielle dans les traditions romaines.
Des rituels symboliques de fertilité
Les textes anciens décrivent plusieurs pratiques rituelles caractéristiques des Floralia:
- Ovide rapporte que des lièvres et des animaux appelés capreae (chevreuils ou chèvres) étaient libérés dans le cirque: «Pourquoi la foule porte-t-elle des torches ardentes? Pourquoi lâche-t-on des renards avec des torches attachées à leur dos? […] On lâche aussi des lièvres et des capreae aux jambes rapides» (Fastes, V.371-372).
- Selon le poète Perse, la foule était aspergée de pois chiches, symboles de fertilité: «Le peuple réclame les Floralia et le préfet, en tunique légère, jette des pois chiches à la plèbe en liesse» (Satires, V.177-178).
- Contrairement à d’autres fêtes comme la Cerealia où l’on portait des vêtements blancs, les Floralia se caractérisaient par des tenues multicolores, évoquant la diversité des fleurs printanières. Ovide confirme: «Ni le jour suivant ni celui d’après n’interdisent de porter des vêtements aux couleurs variées» (Fastes, V.355-356).
- Des célébrations nocturnes étaient organisées, avec des dispositifs particuliers pour éclairer les voies après les représentations théâtrales, comme l’indique Ovide: «Pourquoi la foule porte-t-elle des torches ardentes?» (Fastes, V.371).
Le rituel du Florifertum
Un rite particulier nommé Florifertum est mentionné par Festus, lexicographe romain du 2e siècle. Ce rituel consistait à porter (ferre) des épis de blé (spicae) dans un sanctuaire (sacrarium). Les spécialistes divergent sur la divinité honorée par ce rite (Flora ou Cérès) et sur sa date précise (27 avril ou 3 mai).
Réception et critiques
Les Floralia étaient organisées et financées de manière spécifique. Selon l’historien Scullard, les jeux étaient présentés par les édiles plébéiens et financés par les amendes collectées lors d’empiètements sur les terres publiques (ager publicus).
Cicéron évoque son propre rôle dans l’organisation de ces jeux: «Lorsque j’étais édile, je présentai des jeux en l’honneur de Flore» (Contre Verrès, II.5.36).
Les Floralia connurent un grand succès dans l’Empire romain. Introduites dans les provinces au fur et à mesure des conquêtes, elles furent particulièrement appréciées des peuples soumis en raison de leur caractère festif et décontracté.
À l’époque chrétienne, ces fêtes furent sévèrement critiquées. Outre Lactance, saint Augustin s’interroge: «Pourquoi serait-il plus satisfaisant d’irriter les dieux par la tempérance que de les apaiser par la débauche, et de provoquer leur haine par une vie honnête plutôt que de l’adoucir par une débauche si inconvenante?» (La Cité de Dieu, II.27).
La déesse Flora, par la voix d’Ovide, aurait sans doute répondu à ces critiques par cette simple maxime: «profitez de la beauté de la vie pendant qu’elle fleurit» (Fastes, V.353).
Sources antiques
Auteurs latins
- Augustin : De Civitate Dei (La Cité de Dieu), II.27.
- Cicéron : In Verrem (Contre Verrès), II.5.36.
- Festus : De verborum significatione (Sur la signification des mots), éd. W. M. Lindsay, Leipzig, 1913, p. 81.
- Juvénal : Saturae (Satires), VI.249-250.
- Lactance : Divinae Institutiones (Institutions Divines), I.20.
- Martial : Epigrammata (Épigrammes), Préface du livre I.
- Ovide : Fasti (Les Fastes), IV.946, V.185-190, 195-258, 329-330, 353, 355-356, 371-372.
- Perse : Saturae (Satires), V.177-178.
- Pline l’Ancien : Naturalis Historia (Histoire Naturelle), XVIII.286.
- Suétone : Vita Galbae (Vie de Galba), 6.1.
- Valerius Maximus : Facta et Dicta Memorabilia (Faits et Dits Mémorables), II.10.8.
- Varron : De Lingua Latina (La Langue latine), cité pour la référence aux divinités sabines.
- Velleius Paterculus : Historia Romana (Histoire romaine), I.14.8.
Sources épigraphiques
- Fasti Praenestini : calendrier romain conservé au Palazzo Massimo alle Terme (Rome), fragments concernant la période du 26 au 30 avril.
Études modernes
- Scullard, H. H. : Festivals and Ceremonies of the Roman Republic, Cornell University Press, 1981.
- Scheld, John : La religion des Romains, Paris, Armand Colin, 2002.
- Warde Fowler, William : The Roman Festivals of the Period of the Republic, Londres, 1908.
- Wiseman, T. P. : The Myths of Rome, University of Exeter Press, 2004.
- Turcan, Robert : The Gods of Ancient Rome, Routledge, 2001 (éd. originale en français, 1998).
- McGinn, Thomas A. J. : Prostitution, Sexuality and the Law in Ancient Rome, Oxford University Press, 1998.
- Latte, Kurt : Römische Religionsgeschichte, Leipzig, 1960.
- Le Bonniec, H. : Le culte de Cérès à Rome des origines à la fin de la République, Paris, 1958.
Dates
27 avril 2026 - 2 mai 2026 (Toute la journée)
202609maiToute la journée13Lemuria
Description
Ante diem septimum Idus Maias - Ante diem tertium Idus Maias Mosaïque provenant de Pompéi (Museo Archeologico
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Ante diem septimum Idus Maias – Ante diem tertium Idus Maias

Entre les 9 et 13 mai dans le calendrier romain, une fête religieuse particulière se déroulait dans toutes les maisons romaines: les Lemuria. Ces célébrations, marquées par des rituels nocturnes, visaient à apaiser et à éloigner les esprits potentiellement dangereux des défunts. A partir des textes antiques, notamment ceux d’Ovide, nous pouvons reconstituer cette cérémonie et comprendre comment les Romains concevaient leur relation aux morts.
Les Lemuria comptent parmi les fêtes les plus anciennes du calendrier romain. Leur ancienneté est attestée par le fait qu’elles étaient marquées en lettres majuscules dans les calendriers officiels (les Fasti). Selon la tradition rapportée par Ovide dans ses Fastes, cette fête aurait été instituée par Romulus pour apaiser l’esprit de son frère jumeau Remus.
Le poète nous livre un récit détaillé de l’apparition de l’ombre de Rémus à ses parents adoptifs, Faustulus et Acca:
«Ils crurent voir se dresser près de leur lit l’ombre sanglante de Rémus qui murmurait faiblement […]: « C’est moi l’autre partie, la moitié de vos vœux, voyez ce que je suis, moi qui naguère étais celui que vous savez! […] Maintenant je suis un fantôme vain, échappé aux flammes du bûcher: voilà tout ce qui reste de l’illustre Rémus »» (Fastes, V, 457-464).
Le spectre demande alors à ses parents d’intervenir auprès de Romulus pour obtenir l’institution d’une fête en son honneur. Romulus accepte et «appelle Remuria ce jour-là, où les aïeux défunts reçoivent les offrandes qui leur sont dues» (Fastes, V, 479-480).
Le poète indique que la fête s’appelait initialement Remuria, avant d’évoluer phonétiquement vers Lemuria: «La lettre dure qui était l’initiale du mot, se transforma au fil du temps en lettre douce» (Fastes, V, 481-482). Le philosophe Porphyre, dans ses commentaires sur les Épîtres d’Horace (II, 2, 208-209), confirme cette origine en soulignant que la mort de Remus était violente, prématurée et un sujet de regret pour Romulus. Servius, dans son Commentaire sur l’Énéide (I, 276), rapporte également cette tradition.
Qui étaient les Lemures?
Les Lemuria étaient destinées à apaiser et à repousser des esprits particuliers appelés lemures ou larvae. Il s’agissait des «ombres errantes des hommes morts avant leur temps et donc redoutables». Perse, dans ses Satires (V, 185), et Horace, commenté par Porphyre, évoquent ces esprits qui vagabondent la nuit.
Les Romains différenciaient plusieurs catégories d’esprits des morts:
- Les Dii Manes ou Parentes: les âmes des défunts ayant eu une vie complète et une descendance, généralement bienveillantes.
- Les Lemures: les âmes des personnes mortes prématurément ou violemment.
- Les Larvae: des esprits particulièrement malveillants et dangereux.
Selon l’historienne J.M.C. Toynbee, les lemures étaient des esprits rendus nuisibles et malveillants envers les vivants parce que sans parenté et négligés dans la mort, n’ayant pas reçu les rites funéraires appropriés. Ils étaient libres de quitter leur corps mais incapables d’entrer dans le monde souterrain.
Une interprétation plus tardive, rapportée par Apulée dans son traité Sur le dieu de Socrate (cité par Saint Augustin, Cité de Dieu, IX, 11), suggère que les Lemures étaient les esprits de ceux qui avaient été mauvais durant leur vie, par opposition aux Lares, esprits protecteurs issus d’ancêtres vertueux. Varron, dans son De Lingua Latina (IX, 61), identifiait quant à lui ces derniers comme les gardiens du foyer.
Le rituel nocturne des Lemuria
La description détaillée du rituel nous est transmise par Ovide dans ses Fastes (V, 419-493). Selon Ovide, le rituel se déroule «lorsque la nuit à demi passée déjà assure un sommeil silencieux, lorsque vous, chiens et oiseaux de toutes races, vous vous êtes tus» (Fastes, V, 429-430). Le chef de famille se lève alors et commence une série de gestes rituels précis.
Le chef de famille effectuait ensuite plusieurs gestes rituels:
- Il se levait pieds nus («sans porter aucune entrave à ses pieds», Fastes, V, 432) et faisait un geste de protection spécifique: «De son pouce placé entre ses doigts joints, il fait un signe, pour ne rencontrer, dans sa marche silencieuse, aucune ombre légère» (Fastes, V, 433-434).
- Il se lavait les mains trois fois dans une eau pure de source.
- Il prenait des fèves noires dans sa bouche, puis les jetait derrière lui sans se retourner, en prononçant neuf fois la formule rituelle: Haec ego mitto; his redimo meque meosque fabis (Je jette ces fèves et avec elles je me rachète, moi et les miens). Ovide donne cette formule en ces termes: «Je vous offre ces fèves; avec elles, je me rachète moi et les miens» (Fastes, V, 438).
- Ovide précise: «Il prononce ceci neuf fois, sans regarder en arrière: l’ombre est censée ramasser les fèves et suivre ses pas, sans être vue» (Fastes, V, 439-440).
- Ensuite, «à nouveau il touche l’eau et fait retentir le bronze de Témèse puis demande à l’ombre de quitter son toit» (Fastes, V, 441-442). Le chef de famille répétait neuf fois: Manes exite paterni! (Mânes de mes pères, sortez!).
- À la fin du rituel, «il regarde derrière lui et considère que les rites sont accomplis selon les règles» (Fastes, V, 444).
Varron, cité par Nonius Marcellus dans son De compendiosa doctrina (135, 13), confirme que les lemures devaient être expulsés des maisons avec des fèves, à travers la porte.
Le symbolisme du rituel
Chaque composante du rituel possédait une signification symbolique:
- Minuit: Moment où la frontière entre le monde des vivants et celui des morts est la plus mince.
- Le silence: État propice à la communication avec l’au-delà.
- Les pieds nus: Contact direct avec les forces souterraines.
- Le lavage des mains: Purification nécessaire avant et après le contact avec les morts.
- Les fèves noires: Offrande destinée aux divinités du monde souterrain et nourriture pour les esprits affamés.
- Le nombre neuf: Symbolise la fin d’un cycle et le début d’un autre.
- Les objets de bronze: Le bruit du métal était réputé pour éloigner les mauvais esprits.
Restrictions et cérémonies publiques
Durant les Lemuria, plusieurs restrictions s’appliquaient, comme le rapporte Ovide: «Ces jours-là cependant, nos ancêtres fermaient les sanctuaires, comme on les voit fermés de nos jours en période funèbre» (Fastes, V, 485-486). Aucun mariage n’était célébré.
Cette interdiction des mariages s’étendait même à tout le mois de mai, comme l’exprime le proverbe rapporté par Ovide: «Durant cette même période, ni une veuve ni une jeune fille ne devaient songer aux torches nuptiales: celle qui s’est mariée alors n’a pas la vie longue. C’est pour cette raison aussi, si tu tiens compte des proverbes, que le peuple dit que les malheureuses se marient en mai» (Fastes, V, 487-490). Ce dicton est également cité par Érasme dans ses Adagia: mense Maio malae nubent (celles qui se marient en mai se marient mal).
Ovide confirme également que les trois jours de fête ne se suivaient pas: «Cependant ces trois jours de fête ont lieu dans la même période, sans qu’aucun d’eux toutefois ne suive immédiatement le précédent» (Fastes, V, 491-492).
Outre le rituel domestique, des cérémonies publiques avaient lieu durant cette période:
- Le 11 mai (deuxième jour), des jeux étaient organisés dans le cirque en l’honneur de Mars, selon Ovide (Fastes, V.597).
- Le 13 mai (troisième jour), avait lieu la cérémonie des Argei, décrite par Ovide (Fastes, V.621) et Festus. Lors de cette cérémonie, les Vestales jetaient dans le Tibre trente mannequins de jonc depuis le pont Sublicius, possible substitut d’anciens sacrifices humains.
- Le même jour se tenait également une fête des marchands (festum mercatorum), mentionnée par Ovide (Fastes, V.670) et liée à la dédicace du temple de Mercure en 495 av. J.-C. (Tite-Live, II.21). Les marchands s’aspergeaient d’eau de la fontaine de Mercure avec une branche de laurier pour favoriser leurs affaires.
Servius (Eclogues, VIII, 82) note également que pendant les Lemuria, les Vestales recueillaient du blé pas encore mûr pour préparer la mola salsa, farine rituelle utilisée lors des sacrifices.
Les Lemuria et les Parentalia: deux approches distinctes des morts
Une distinction fondamentale existait entre les Lemuria (mai) et les Parentalia (février), autre fête romaine dédiée aux morts:
- Les Parentalia se déroulaient dans les nécropoles, hors de la ville, et honoraient les morts «acceptables» qui avaient eu une vie complète et une descendance.
- Les Lemuria se déroulaient dans les maisons, à l’intérieur de la ville, et visaient à expulser les morts «problématiques» qui cherchaient à revenir parmi les vivants.
Cette opposition reflète la conception romaine de la frontière nécessaire entre le monde des vivants et celui des morts. Les Dii Parentes, satisfaits d’avoir pleinement vécu et laissé une descendance, acceptaient de rester en dehors des limites de la ville. Les Lemures, n’ayant pas pleinement vécu, revenaient périodiquement à l’intérieur de la cité pour réclamer la part de vie qui leur avait été refusée, créant ainsi une dangereuse confusion entre les deux mondes.
Héritage des Lemuria
La fête des Lemuria a laissé des traces dans l’histoire. Certains chercheurs estiment qu’elle aurait possiblement inspiré la création de la fête chrétienne de la Toussaint. Le pape Boniface IV aurait reconsacré le Panthéon à la Vierge Marie et à tous les martyrs le 13 mai 609 ou 610, date qui coïncide avec le dernier jour des Lemuria. Cette fête, appelée dedicatio Sanctae Mariae ad Martyres, est considérée comme l’origine de la Toussaint, bien que cette théorie reste discutée.
Le terme «Lémures» a également survécu dans les mythes romains pour désigner des âmes tourmentées incapables de trouver le repos après une mort tragique ou violente.
Sources antiques
- Apulée, De Deo Socratis (Sur le dieu de Socrate), XV.
- Augustin (Saint), De Civitate Dei (La Cité de Dieu), IX, 11.
- Festus (Sextus Pompeius), De verborum significatione (Sur la signification des mots), 128.
- Horace, Epistulae (Épîtres), II, 2, 208-209.
- Nonius Marcellus, De compendiosa doctrina (De la doctrine abrégée), 135, 13.
- Ovide, Fasti (Les Fastes), V, 419-493; V, 597; V, 621; V, 670; VI, 219-234.
- Perse, Satirae (Satires), V, 185.
- Porphyre, Commentarii in Horatii Epistulas (Commentaires sur les Épîtres d’Horace), II, 2, 208-209.
- Servius (Marius Servius Honoratus), In Vergilii Bucolicon librum (Commentaire sur les Bucoliques de Virgile), VIII, 82.
- Servius, In Vergilii Aeneidos libros (Commentaire sur l’Énéide de Virgile), I, 276.
- Tite-Live, Ab Urbe condita (Histoire romaine), II, 21.
- Varron, De Lingua Latina (De la langue latine), IX, 61.
- Varron, Vita populi Romani (Vie du peuple romain), fragment cité par Nonius 135, 13.
Études modernes
- Champeaux, Jacqueline, La religion romaine, Livre de poche, 1998.
- Déchaux, Jean-Henri, Le Souvenir des morts, PUF, 1997.
- Dumézil, Georges, La religion romaine archaïque.
- Schmitz, Leonhard, article «Lemuralia» dans William Smith, A Dictionary of Greek and Roman Antiquities, John Murray, Londres, 1875.
- Toynbee, J.M.C., Death and Burial in the Roman World, Johns Hopkins University Press, 1971, 1996.
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Dates
9 mai 2026 - 13 mai 2026 (Toute la journée)










