Nunc est bibendum est une association culturelle sans but lucratif dédiée à l'évocation de l'Antiquité par les arts de la table.
Evénements à venir

Description
L'Association Nunc est bibendum aura le grand plaisir de participer au Festival Histoire et Cité 2026! 🌿✨ DU MÔLY AU MENU: PLANTES ET ALIMENTS MAGIQUES DANS L'ANTIQUITÉ 🏛️🔮 Dimanche
Description
L’Association Nunc est bibendum aura le grand plaisir de participer au Festival Histoire et Cité 2026!
🌿✨ DU MÔLY AU MENU: PLANTES ET ALIMENTS MAGIQUES DANS L’ANTIQUITÉ 🏛️🔮
Dimanche 22 mars à 14h30 au Palais de Rumine (Lausanne), Marc Duret et Manuel Grandjean évoqueront les plantes et aliments magiques de l’Antiquité:
De la cueillette à la préparation en cuisine, les textes antiques regorgent de références aux aliments auxquels on attribuait des pouvoirs magiques. On retrouve ces ingrédients dans la littérature, où ils sont associés au destin de personnages célèbres, ainsi que dans des recettes parvenues jusqu’à nous. Aphrodisiaques, porte-bonheur (et malheur!), ou simplement apaisants, découvrez comment ces produits étaient assaisonnés, dans un menu mêlant lectures de textes et explications scientifiques.
Les nouveautés du site
Exposition(s) ou festival(s) en vedette

Description
Le Musée romain de Nyon présente une exposition évolutive – réalisée avec le concours de l’Archéologie cantonale, Archeodunum Investigations Archéologiques SA et des Services de la culture et d’architecture de
Description
Le Musée romain de Nyon présente une exposition évolutive – réalisée avec le concours de l’Archéologie cantonale, Archeodunum Investigations Archéologiques SA et des Services de la culture et d’architecture de la Ville de Nyon – sur l’un des principaux édifices antiques de Nyon, son amphithéâtre.
Depuis sa découverte en 1996, l’amphithéâtre de Nyon attise l’intérêt et suscite de nombreuses questions. Avec l’exposition « Amphithéâtre? », le Musée romain souhaite apporter des explications, des réponses et des pistes de réflexion sur le passé, le présent et le futur de l’édifice. Il devient également, le temps de l’exposition, la maison du projet de valorisation du monument, qui connaît une évolution remarquable suite au crédit d’études voté par le Conseil communal en août 2022.
L’exposition explore l’amphithéâtre à travers des questions. Sont interrogés tour à tour sa construction, sa localisation, son âge et son ensevelissement, sa fonction, ou encore la place des animaux, des gladiateurs et des femmes dans l’arène. Une sélection de blocs, inscriptions, monnaies, petits objets trouvés sur le site sont présentés et expliqués selon les connaissances basées sur le travail des archéologues.

Description
À travers une exposition et un programme culturel foisonnant, Alea propose une réflexion sur
Description

À travers une exposition et un programme culturel foisonnant, Alea propose une réflexion sur les parcours de vie. À la lumière des trajectoires d’hommes et de femmes de l’Antiquité, elle invite à interroger nos propres libertés de choix et d’action, à l’heure où l’égalité est plus que jamais au coeur des débats.
Exposition
Au 2e siècle apr. J.-C., l’Empire romain compte plus de 50 millions d’habitants. Toutes et tous n’y mènent pas la même vie. Hommes, femmes, pauvres, riches, citoyens, esclaves… La société se compose d’une multitude de catégories sociales. Chacune d’entre elles implique des droits, des devoirs et des privilèges différents.
L’exposition Alea vous invite à suivre les membres d’une famille gallo-romaine fictive et à partager avec eux quelques étapes marquantes de leur parcours de vie. La matrone Alba, l’esclave Aptus, la jeune Flora ou son cousin Secundus : qui accompagnerez-vous durant votre visite ?
Parcours enfant dès 10 ans
Programme culturel
Les activités du programme culturel approfondissent les thématiques de l’exposition Alea et ouvrent de nouvelles pistes entre passé et présent. En famille ou entre amis, glissez-vous dans la peau de personnages ayant vécu dans la région il y a 2’000 ans, interrogez-vous sur les parcours atypiques ou minoritaires, prenez la plume pour donner vie à des objets ou menez l’enquête avec des archéologues.
Dates
Septembre 19, 2025 - avril 6, 2026 (Toute la journée)

Description
Pour marquer son jubilé, Lugdunum – Musée et théâtres romains présente une grande exposition qui explore le rapport à l’art et à l’héritage culturel il y a 2 000 ans. Qu’est-ce
Description
Pour marquer son jubilé, Lugdunum – Musée et théâtres romains présente une grande exposition qui explore le rapport à l’art et à l’héritage culturel il y a 2 000 ans.
Qu’est-ce que l’art pour les Romains ? Où se situe l’art dans la cité ? Quel est le statut de l’artiste ? Quel rapport les Romains ont-ils avec l’art grec ?
Rencontrez des œuvres d’exception, provenant de France et d’Italie, et plongez dans l’univers de l’art chez les Romains.
Dates
Octobre 3, 2025 - juin 7, 2026 (Toute la journée)
Les prochaines fêtes du calendrier romain
202601marsToute la journée24Repeating EventFeriae Marti
Description
Kalendis Martiis - Ante diem nonum Kalendas Apriles La danse des prêtres
Description
Kalendis Martiis – Ante diem nonum Kalendas Apriles

Les Feriae Marti, célébrées le premier jour de mars, marquaient le début de l’année religieuse dans l’ancien calendrier romain, honorant Mars, le dieu de la guerre et du renouveau printanier. Cette fête symbolisait non seulement l’arrivée du printemps mais aussi le début des campagnes militaires, reflétant l’importance de Mars non seulement comme divinité guerrière mais aussi comme force vitale du renouveau et de la fertilité.
Les célébrations des Feriae Marti s’entrelaçaient avec des rituels propices au nouveau cycle annuel, une tradition qui a perduré même après que mars a cessé d’être le premier mois de l’année. Le premier jour, dédié au dies natalis Martis (jour de naissance de Mars), voyait une variété de rituels et de sacrifices. Les femmes sacrifiaient des coqs, tandis que les hommes offraient des animaux plus imposants comme des taureaux, des porcs, des béliers, et occasionnellement des chevaux, pour honorer le dieu.
Une des caractéristiques les plus remarquables des Feriae Marti était la procession des prêtres Saliens. Ces prêtres, vêtus d’anciens atours militaires, parcouraient la ville en frappant leurs boucliers avec leurs épées, s’arrêtant pour réaliser des danses rituelles au son de la flûte et pour chanter le Carmen Saliare, un hymne ancien dont les paroles étaient incompréhensibles même pour les Romains de l’époque. Ces danses et chants avaient lieu principalement les 1er, 9, et 23 mars, marquant ainsi des moments forts du festival.
Selon la légende, Jupiter avait envoyé sur terre l’ancile, un bouclier sacré appartenant à Mars, et déclaré que le destin de Rome était lié à sa protection. Pour prévenir sa perte ou sa destruction, le roi Numa Pompilius aurait fait fabriquer plusieurs copies de cet ancile, qui étaient conservées et vénérées dans le temple de Mars et portées en procession par les Saliens.
Les Feriae Marti comprenaient également des rites de purification, tels que le renouvellement des couronnes de laurier et du feu sacré dans le temple de Vesta, ainsi que la mise en scène de combats simulés dans le Champ de Mars, rappelant la préparation aux campagnes militaires.
Dates
Mars 1, 2026 - mars 24, 2026 (Toute la journée)
202614marsToute la journéeRepeating EventMamuralia
Description
Pridie Idus Martias Panneau de mars, issu d'une mosaïque des mois (El
Description
Pridie Idus Martias

Dans l’ancienne religion romaine, les Mamuralia ou Sacrum Mamurio («Rite pour Mamurius») était un festival tenu le 14 ou le 15 mars, mentionné uniquement dans des sources de la fin de l’antiquité. Selon Joannes Lydus, un vieil homme portant des peaux d’animaux était battu rituellement avec des bâtons. Le nom est lié à Mamurius Veturius, qui, selon la tradition, était l’artisan qui avait fabriqué les boucliers rituels (ancilia) suspendus dans le temple de Mars. Comme le calendrier romain commençait à l’origine en mars, le Sacrum Mamurio est généralement considéré comme un rituel marquant la transition de l’ancienne année vers la nouvelle. Il partage certaines caractéristiques avec le rituel du bouc émissaire ou pharmakos.
Les boucliers étaient gardés par les prêtres de Mars, les Salii, qui les utilisaient dans leurs rituels. En guise de paiement, Mamurius a demandé que son nom soit préservé et commémoré dans le Carmen Saliare, un hymne chanté par les Salii lorsqu’ils manipulaient les boucliers et effectuaient leur danse armée. Des fragments de cet hymne archaïque, dont l’invocation de Mamurius, subsistent encore. Plusieurs sources mentionnent cette invocation et l’histoire de l’artisan, mais seul Lydus décrit le rituel du vieil homme battu.
Mamurius aurait également fabriqué un remplacement en bronze pour une statue en érable de Vertumnus, apportée à Rome du temps de Romulus. Il pourrait avoir été Oscan et aurait été enterré dans sa terre natale, comme le suggère la fin d’un poème sur Vertumnus, où Propertius exprime le souhait que la terre osque ne consume pas les mains habiles de Mamurius. Veturius est considéré comme un nom de famille étrusque ou osque.
Mamurius Veturius est devenu le surnom de Marcus Aurelius Marius Augustus, un ancien forgeron ou métallurgiste qui fut brièvement empereur romain en 269.
Le rituel
La description la plus complète du rituel connu sous le nom de Mamuralia nous est donnée par Joannes Lydus dans son œuvre du 6ème siècle, De mensibus (« Concernant les Mois »). Lydus rapporte qu’un vieil homme, appelé Mamurius, était vêtu de peaux d’animaux et battu avec des bâtons blancs, c’est-à-dire des branches écorcées. Cette pratique pourrait symboliquement inverser la couverture de la peau humaine lisse par des peaux d’animaux rugueuses. Bien que Lydus ne mentionne pas explicitement l’exil du vieil homme hors de la ville, les chercheurs en déduisent généralement qu’il le fut. Dans le mythe des ancilia, le personnage de Mamurius apparaît comme bienveillant, rendant sa punition imméritée.
La tardiveté de ce récit soulève des questions quant à l’authenticité ou l’ancienneté du festival, puisque les références dans les calendriers républicains et impériaux ou les sources littéraires sont absentes ou indirectes. Lydus aurait pu mal interpréter les rites Salien. Servius mentionne un jour consacré à Mamurius où les Salii « frappaient une peau en imitation de son art », c’est-à-dire les coups portés par un forgeron. Minucius Felix note que les Salii frappaient des peaux alors que les boucliers étaient portés en procession. Deux mosaïques de l’époque impériale ont été interprétées comme illustrant le rite de Mamurius. La compréhension de Mamurius par Lydus pourrait être liée aux légendes médiévales du woodwose ou homme sauvage des bois, jouant un rôle similaire dans les cérémonies d’hiver ou du Nouvel An liées à la Nuit des Rois et au carnaval.
Dates
Mars 14, 2026 Toute la journée
202617marsToute la journéeRepeating EventLiberalia
Description
Ante diem sextum decimum Kalendas Apriles Buste de Dionysos dans le temple de Liber Pater sur
Description
Ante diem sextum decimum Kalendas Apriles

Chaque année, le 17 mars, les anciens Romains célébraient les Liberalia, une fête en l’honneur du dieu Liber Pater et de sa parèdre Libera. Cette célébration, inscrite dans l’un des plus anciens calendriers romains, nous est connue par plusieurs sources antiques qui en présentent différentes facettes. Que se passait-il lors de cette journée? Qui était vraiment ce Liber Pater? Et pourquoi cette fête a-t-elle tant évolué au fil du temps?
Les Liberalia figurent parmi les plus anciennes fêtes romaines. Comme le rappellent plusieurs sources, cette célébration était déjà inscrite dans le calendrier dit de Numa Pompilius, deuxième roi légendaire de Rome. La date du 17 mars coïncidait avec une autre fête appelée Agonium Martiale, mais comme le soulignent les historiens romains, c’est bien le nom de Liberalia qui était couramment employé par le peuple.
Les témoignages sur les Liberalia proviennent de plusieurs auteurs antiques qui, chacun à leur façon, en décrivent différents aspects :
Ovide, dans ses Fastes (III, 3725-3770), décrit avec précision un rituel caractéristique des Liberalia:
«[Le poème] a pour objet d’expliquer pourquoi une pauvre vieille femme invite les gens à s’intéresser à ses galettes».
Ces galettes (liba en latin), faites de farine, de miel et d’huile, étaient vendues par des vieilles femmes couronnées de lierre que l’écrivain Varron appelait « prêtresses de Liber ». Elles portaient de petits autels et, pour chaque gâteau vendu, en détachaient un morceau qu’elles offraient au dieu au nom de l’acheteur.
Varron confirme cette pratique dans son De lingua latina (6,14):
«Les Liberalia sont ainsi nommés parce que, ce jour-là, dans toute la ville, des vieilles femmes, prêtresses de Liber, couronnées de lierre, sont assises avec des gâteaux et un petit foyer, sacrifiant pour ceux qui achètent».
Tertullien, dans son Apologétique (42), ajoute un autre aspect de la fête : ce jour-là, chaque famille romaine avait l’habitude de dîner dans la rue, devant la porte de sa maison.
La procession phallique
Saint Augustin, dans La Cité de Dieu (7,21), évoque une procession beaucoup plus licencieuse qui avait lieu à Lavinium, ville proche de Rome:
«Car ce membre honteux, placé avec grand honneur sur un petit chariot, était d’abord promené à travers les carrefours des campagnes, puis conduit jusqu’à la ville».
Cette procession phallique, symbole de fertilité, scandalisait évidemment Augustin, qui décrit les Liberalia de Lavinium comme une fête d’un mois entier où régnait « une grande licence d’obscénité » et où « on utilisait les mots les plus infâmes ».
Virgile, dans ses Géorgiques (2,380-389), associe Bacchus (nom grec de Liber) à des célébrations rurales liées aux vendanges, où l’on sacrifiait un bouc, où l’on présentait des pièces de théâtre et où l’on suspendait des petits masques aux pins:
«Ils prennent des visages terribles faits d’écorce creusée, et t’invoquent, Bacchus, par des chants joyeux, et pour toi suspendent de petits masques flexibles au haut d’un pin».
La prise de la toge virile: un rite de passage
Au-delà des aspects religieux, les Liberalia marquaient un moment crucial dans la vie des jeunes Romains: la prise de la toge virile. Cette cérémonie symbolisait le passage de l’enfance à l’âge adulte pour les jeunes hommes, généralement âgés de 15 ou 16 ans.
Le déroulement de cette cérémonie nous est connu par plusieurs témoignages anciens. Ovide (Fastes, III, 3771-3790) s’interroge sur les raisons de cette association:
«Il me reste à trouver pourquoi on remet la toge virile aux enfants, le jour de ta fête, radieux Bacchus».
Et il propose quatre explications possibles:
- Parce que Bacchus semble toujours un enfant ou un adolescent
- Parce que les pères confient leurs enfants à Liber Pater (Liber le Père)
- En raison du jeu de mots entre «Liber» (le dieu) et «libre» (ce que deviennent les jeunes hommes)
- Parce que beaucoup de gens de la campagne venaient en ville ce jour-là pour les jeux en l’honneur de Liber et Cérès
La cérémonie elle-même comportait plusieurs étapes solennelles :
- Le matin, un sacrifice aux Lares (divinités protectrices du foyer)
- L’abandon de la bulla praetexta (amulette protectrice) et des autres insignes de l’enfance
- Le revêtement de la toge blanche (toga pura ou libera)
- Une procession solennelle jusqu’au Forum pour présenter le jeune homme à la cité
- Un sacrifice au Capitole pour honorer les dieux de l’État
Liber Pater : un dieu aux multiples visages

Qui était vraiment le dieu honoré lors des Liberalia? Les sources antiques nous présentent plusieurs facettes de Liber Pater:
À l’origine, Liber était une divinité italique associée à la fertilité et à la croissance. Son nom même, comme l’expliquent les étymologistes modernes, est lié au verbe « croître ». C’était un dieu agricole, protecteur des semences, qui formait une triade avec Cérès (déesse des moissons) et Libera.
Avec l’influence grecque, Liber fut progressivement assimilé à Dionysos/Bacchus. Cicéron, dans son De natura deorum (2,62), distingue d’ailleurs trois Liber différents:
- Le fils de Sémélé (le Dionysos grec)
- Celui qui est honoré avec Cérès et Libera
- Celui qui est connu par une religion mystérique
Cette différenciation montre bien la complexité de cette figure divine qui pouvait être perçue différemment selon les contextes et les époques.
La perception de Liber/Bacchus fut profondément affectée par le scandale des Bacchanales en 186 av. J.-C. L’historien Tite-Live nous raconte dans son livre 39 comment ce culte, jugé dangereux pour l’ordre public, fut sévèrement réprimé par le Sénat romain. On accusait les adeptes de ces cérémonies nocturnes de se livrer à toutes sortes d’excès et de constituer un «État dans l’État».
Ce scandale explique en partie pourquoi les auteurs romains, comme Ovide, cherchent ensuite à «purifier» l’image de Liber, en le distinguant clairement du Bacchus des cultes extatiques.
La reconstruction d’Ovide: un Liber civilisateur
Dans sa description des Liberalia, Ovide opère un travail particulièrement intéressant de «reconstruction» de la figure de Liber, comme l’a bien montré la chercheuse Dóra Kovács. Le poète présente Liber comme un dieu civilisateur:
Contrairement à la tradition qui attribuait cette découverte à Aristée, Ovide fait de Liber l’inventeur du miel. Dans un récit original (Fastes, III, 3735-3760), il raconte comment le dieu, durant son retour d’Orient, attira des abeilles grâce au son des cymbales de son cortège, puis les recueillit dans un arbre creux, découvrant ainsi le miel.
Cette histoire sert à expliquer pourquoi on offre des gâteaux de miel à Liber, mais elle présente aussi le dieu comme un organisateur, capable de rassembler les abeilles éparses en une communauté productive.
Ovide présente également Liber comme le premier à avoir offert des sacrifices à Jupiter après ses conquêtes en Orient:
«Tu fus le premier à offrir de la cannelle et de l’encens pris à l’ennemi, ainsi que les chairs rôties du bœuf de ton triomphe».
Cette présentation rapproche Liber de Prométhée, le héros civilisateur grec qui institua le sacrifice.
Les Liberalia étaient bien plus qu’une simple fête religieuse. Elles s’inscrivaient dans un contexte politique complexe :
Le temple de Liber, Libera et Cérès sur l’Aventin était un centre important pour la plèbe romaine. La connexion entre Liber et l’idée politique de libertas (liberté) était forte, comme le souligne Kovács. D’ailleurs, jusqu’en 153 av. J.-C., les magistrats romains prenaient leurs fonctions aux ides de mars, deux jours seulement avant les Liberalia.
L’époque d’Ovide correspond au règne d’Auguste, qui menait une politique de restauration religieuse. Le temple de l’Aventin était alors en ruines et ne fut restauré qu’en 17 apr. J.-C., sous Tibère. La version des Liberalia que nous présente Ovide s’inscrit donc dans cette politique de «romanisation» des cultes, éliminant les aspects jugés trop étrangers ou subversifs.
En savoir plus
- Kovács, Dóra, Liberalia in Ovid – Liber in the Roman religion, in Acta Classica Universitatis Scientiarum Debreceniensis, Vol. 46, 2010, p. 307-318.
Sources antiques citées
- Ovide, Fastes, III, 3711-3790
- Varron, De lingua latina, 6,14
- Tertullien, Apologétique, 42
- Saint Augustin, La Cité de Dieu, 7,21
- Virgile, Géorgiques, 2,380-389
- Cicéron, De natura deorum, 2,62
- Tite-Live, Livre 39 (sur les Bacchanales)
Dates
Mars 17, 2026 Toute la journée
202619marsToute la journée23Repeating EventQuinquatria
Description
Ante diem quartum decimum Kalendas Apriles Statue de Minerve au Musée archéologique national de Naples (Photo
Description

EN BREF. Les Quinquatria, fête romaine célébrée du 19 au 23 mars, honoraient Minerve, déesse de la sagesse et de la guerre. Le premier jour, sans effusion de sang, commémorait sa naissance. Les suivants incluaient des combats de gladiateurs. Cette célébration réunissait écoliers, artisans et artistes sous la protection de la déesse. Les écoliers y prenaient leurs vacances tandis que les maîtres recevaient leurs honoraires. Une version mineure avait lieu en juin, avec des flûtistes déguisés en femmes.
Les Quinquatria: quand Rome célébrait Minerve, de l’école à l’arène
Au cœur du printemps romain, alors que les premiers rayons du soleil réchauffaient à nouveau la cité éternelle, se déroulait l’une des fêtes les plus populaires du calendrier religieux: les Quinquatria. Ces célébrations en l’honneur de Minerve, déesse de la sagesse, des arts et de la guerre, nous offrent une fenêtre sur la vie quotidienne des Romains, leurs croyances et leurs traditions.
Les Quinquatria (ou Quinquatrus) trouvent leur origine dans d’anciennes fêtes étrusques dédiées à Menrva (ou Menerva), la déesse étrusque des arts, de la sagesse et de la guerre, qui sera plus tard assimilée à la Minerve romaine et à l’Athéna grecque.
L’étymologie du nom a fait l’objet de débats parmi les auteurs antiques eux-mêmes. Selon Varron, grammairien et érudit romain du Ier siècle av. J.-C., le terme vient du fait que cette fête était célébrée le cinquième jour (quinque) après les Ides de mars: «Les Quinquatries: ce jour est célébré à cause d’une erreur sur le nom, comme s’il y en avait cinq. Il a été ainsi nommé parce que, de même que chez les Tusculans, le jour après le sixième jour des ides est appelé Sexatrus et le jour après le septième Septimatrus, de même ici, parce que c’était le jour après le cinquième jour des ides, on l’appelle Quinquatrus.» (De lingua latina, VI, 3, 3).
Ce terme peut également être interprété comme «les cinq nuits noires», en référence au calendrier lunaire romain et à la position de cette fête par rapport au cycle de la lune.
À l’origine, les Quinquatria ne duraient qu’un seul jour, le 19 mars, date à laquelle on plaçait traditionnellement la naissance de Minerve. C’est ce que confirment les anciens calendriers religieux romains qui n’assignent qu’un jour à cette fête.
Cependant, Ovide, dans ses Fastes (III, 3809-3810), mentionne clairement une célébration de cinq jours :
« Après un intervalle d’un jour, on célèbre les fêtes de Minerve qui tirent leur nom des cinq jours liés qui les constituent.»
Cette apparente contradiction s’explique par le fait que les Quinquatria furent étendus à cinq jours (du 19 au 23 mars) probablement à l’époque de Jules César, pour offrir plus de divertissements aux citoyens. Seul le premier jour était la fête proprement dite, les quatre suivants étant des extensions pour le plaisir du peuple.
Déroulement des festivités
Le déroulement des Quinquatria suivait une progression bien définie sur ces cinq jours, comme nous le rapporte Ovide dans ses Fastes (III, 3811-3815) :
«Le premier, on s’abstient de verser le sang, et il est interdit de croiser le fer: la raison en est que ce jour est celui de la naissance de Minerve. Le lendemain et les trois jours suivants, des jeux occupent l’arène plane: la déesse guerrière aime les épées dégainées.»
Plus précisément:
- Premier jour (19 mars) : journée pacifique sans effusion de sang, consacrée aux offrandes de fleurs, gâteaux et sel. Tous les professionnels dont le métier requiert l’intelligence venaient honorer la déesse de la sagesse dans son temple. Un taureau était sacrifié en l’honneur de Minerve.
- Deuxième au quatrième jour (20-22 mars) : jours consacrés à des combats de gladiateurs en l’arène pour honorer l’aspect guerrier de Minerve.
- Cinquième jour (23 mars): appelé tubilustrium, dédié à la purification des trompettes sacrées (tubae) utilisées dans les rituels guerriers.
Les protégés de Minerve
Une des particularités des Quinquatria était la diversité des groupes sociaux qui participaient aux célébrations. Dans un long passage des Fastes (III, 3815-3834), Ovide énumère les nombreux métiers et activités sous la protection de Minerve:
«Maintenant invoquez Pallas, jeunes garçons et tendres fillettes ! Celui qui se sera concilié Pallas deviendra habile.»
Parmi ces protégés de la déesse figuraient:
- Les écoliers et étudiants
- Les artisans du textile (fileuses, tisseuses)
- Les foulons (nettoyeurs de vêtements)
- Les teinturiers
- Les cordonniers
- Les charpentiers (comparés à Épéus, constructeur du cheval de Troie)
- Les médecins
- Les enseignants
- Les artisans d’art (ciseleurs, peintres, sculpteurs)
- Les poètes, dont Ovide lui-même qui invoque sa protection
Pour les écoliers, cette période était particulièrement importante car c’était un temps de vacances. C’est également à cette occasion que les enseignants recevaient leurs honoraires, appelés minerval ou mineruale munus (le don de Minerve), comme en témoigne Saint Jérôme dans ses Commentaires de l’épître aux Éphésiens.
Le temple de «Minerve Captive»
Dans la dernière partie de son évocation des Quinquatria, Ovide (Fastes, III, 3835-3848) mentionne un temple particulier, celui de «Minerve Captive» (Minerva Capta) situé sur les pentes du mont Célius à Rome:
«À l’endroit où le mont Célius descend en pente vers la plaine, là où la route n’est pas tout à fait plane, mais presque, on peut voir le petit temple élevé à Minerve Captive, temple dont la déesse a pris possession le jour de son anniversaire.»
Le poète propose plusieurs explications possibles pour ce surnom intrigant :
- Un jeu de mots avec capital (ingénieux)
- Une référence à sa naissance depuis la tête (caput) de Jupiter
- Un lien avec la capture d’une statue lors de la soumission des Falisques
- Une référence à la «peine capitale» pour les vols commis dans ce sanctuaire
Les historiens modernes retiennent généralement la troisième explication, qui ferait référence à une statue de culte ramenée comme butin de guerre après la conquête de la cité falisque.
Les Petites Quinquatries
En plus des grands Quinquatria de mars, les Romains célébraient également les «Petits Quinquatria» (Quinquatrus Minusculae ou Quinquatrus Minores) aux Ides de juin (13 juin). Cette fête secondaire était particulièrement dédiée aux Tibicines, la confrérie des joueurs de flûte qui participaient aux cérémonies religieuses.
La particularité de cette célébration était que ces musiciens défilaient vêtus de robes longues et travestis en femmes, dans une procession qui aboutissait au temple de Minerve sur l’Aventin.
Cette tradition commémorait un épisode de l’histoire romaine: suite à la suppression de certains de leurs privilèges, les flûtistes avaient fait grève et s’étaient retirés à Tibur (aujourd’hui Tivoli). Le Sénat, ayant absolument besoin d’eux pour les rituels religieux, chercha à les faire revenir. Les habitants de Tibur organisèrent alors une fête durant laquelle ils enivrèrent les musiciens, puis les placèrent dans un chariot qu’ils envoyèrent à Rome pendant leur sommeil. À leur réveil sur le forum, pour dissimuler leur honte, un censeur leur fit porter des robes et des masques féminins. C’est sous ce déguisement qu’ils reprirent leur service, et la tradition se perpétua ensuite chaque année.
Importance historique et politique
Au fil des siècles, les Quinquatria prirent une importance croissante dans le calendrier romain. Leur mention dans le Feriale Duranum, un calendrier religieux destiné au personnel militaire stationné à Dura Europos, montre leur diffusion dans tout l’Empire.
Certains empereurs vouèrent un culte particulier à Minerve et firent des Quinquatries une célébration majeure. C’est notamment le cas de Domitien (81-96 apr. J.-C.), qui était particulièrement dévot envers cette déesse. Suétone rapporte qu’il célébrait somptueusement ces fêtes dans sa villa d’Albano, où il avait institué un collegium (association) chargé de préparer des spectacles variés : chasses (venationes), représentations théâtrales et concours de poésie et d’éloquence.
Le Forum de Nerva à Rome, construit par Domitien, était d’ailleurs dédié à Minerve, et l’empereur avait également embelli l’ancien temple du mont Célio pour que les Quinquatria puissent y être célébrés avec plus de splendeur.
L’importance des Quinquatria est également attestée par des inscriptions trouvées aux quatre coins de l’Empire. En Hispanie, par exemple, une dédicace du médecin C. Attius Ianuarius, découverte dans l’ancienne Miróbriga, témoigne d’un acte de munificence pour la célébration de ces fêtes dans ce municipe.
Signification symbolique
Sur le plan symbolique, les Quinquatria s’inscrivaient parfaitement dans le cycle des saisons. Célébrées au moment de l’équinoxe de printemps, elles participaient aux rituels de renaissance printanière et marquaient le renouveau de la nature après l’hiver.
Le comparatiste Georges Dumézil a proposé un rapprochement entre les Petits Quinquatria de juin et un épisode mythique impliquant la déesse védique Ushas (déesse de l’aurore). Dans ce mythe, le dieu Indra vient châtier la déesse qui n’a plus la volonté nécessaire pour accomplir sa mission (faire advenir le Soleil, la belle saison) et la ramène à son devoir. Cette interprétation suggère une fonction cosmique de la fête, liée au cycle annuel et au renouveau saisonnier.
Sources antiques
- Ovide, Fastes, III, 3809-3848 (Ier siècle apr. J.-C.)
- Varron, De la langue latine, VI, 3, 3 (Ier siècle av. J.-C.)
- Suétone, Vie de Domitien, 4 (IIe siècle apr. J.-C.)
- Festus, De la signification des mots (IIe siècle apr. J.-C.)
- Saint Jérôme, Commentaires sur l’épître aux Éphésiens, 3, 6, 666
Dates
Mars 19, 2026 - mars 23, 2026 (Toute la journée)
202601avrToute la journéeRepeating EventVeneralia
Description
Kalendis Aprilibus EN BREF. Célébrées le 1er avril, les Veneralia voyaient les Romaines purifier la statue de Vénus et la couvrir de roses, avant de se rendre aux bains masculins
Description
Kalendis Aprilibus
EN BREF. Célébrées le 1er avril, les Veneralia voyaient les Romaines purifier la statue de Vénus et la couvrir de roses, avant de se rendre aux bains masculins couvertes seulement de branches de myrte. Elles y priaient Fortuna Virilis pour qu’elle dissimule leurs défauts aux yeux des hommes et buvaient une mixture de pavot, lait et miel. Créée pour combattre la débauche, cette fête paradoxale permettait aux femmes de toutes classes sociales de concilier pudeur et séduction sous le regard des dieux… et des hommes.

Les Veneralia: la fête qui célébrait la dualité féminine
Le 1er avril, les Romains célébraient les Veneralia, une fête religieuse instaurée pour lutter contre ce qu’ils percevaient comme un relâchement des mœurs. En 220 avant J.-C., selon la tradition, un oracle sibyllin avait averti que les débordements sexuels des Romains déplaisaient aux dieux et risquaient d’attirer leur courroux. Cette révélation survint à un moment critique, alors que la deuxième guerre contre Carthage était imminente, rendant urgent tout apaisement divin.
D’après les annales romaines, le culte de Venus Verticordia fut établi suite à cette consultation des Livres Sibyllins. Ces textes prophétiques étaient traditionnellement consultés en temps de crise. Ovide, dans ses Fastes (IV, 4155-4162), associe cette décision au scandale de trois jeunes vestales convaincues d’inceste, sacrilège qui coïncidait avec la montée des tensions avec Carthage avant la Seconde Guerre punique.
Plutôt que de simplement punir les coupables, Rome chercha une solution plus profonde en instituant un culte favorisant la pudeur. Valère Maxime (VIII, 15, 12) rapporte qu’une statue fut dédiée à Vénus sous l’épithète Verticordia («qui change les cœurs») afin qu’elle «détourne les cœurs des femmes de la débauche vers la pudeur».
Le choix de Sulpicia et l’établissement du culte
Une fois la décision prise d’établir ce culte, une procédure particulière fut mise en place pour choisir celle qui dédierait la statue de Venus Verticordia. Les Romains dressèrent d’abord une liste de cent matrones réputées pour leur vertu irréprochable, puis en tirèrent dix au sort. Parmi ces dix femmes, ce furent les matrones elles-mêmes qui désignèrent Sulpicia, épouse d’un consul et fille de Paterculus, comme la plus digne de cet honneur. Selon Valère Maxime, Sulpicia était considérée comme la femme la plus chaste (pudicissima) de Rome, un modèle de vertu qui incarnait les qualités que Venus Verticordia devait inspirer.
Cette implication des matrones romaines dans la sélection de Sulpicia témoigne de l’importance accordée à l’intervention des femmes elles-mêmes dans l’établissement de ce culte, destiné à influer sur leur propre comportement. Pline l’Ancien souligne que ce processus de sélection initia une nouvelle tradition qui fut reprise plus tard pour choisir Claudia Quinta lors de l’importation du culte de la Magna Mater (Cybèle) en 204 av. J.-C.
La fête fut placée sous le double patronage de deux déesses complémentaires:
- Venus Verticordia, aspect de Vénus chargé de transformer les désirs impudiques en sentiments chastes
- Fortuna Virilis, manifestation du Destin spécifiquement chargée de cacher aux regards masculins les défauts physiques des femmes
Cette dualité divine reflétait la complexité de l’approche romaine de la sexualité féminine, située entre retenue morale et séduction légitime dans le cadre matrimonial. L’étymologie même du nom Verticordia vient des mots latins verto (tourner) et cor (cœur), ce qui la définit comme celle qui détourne les cœurs des comportements immoraux vers la vertu.
D’après les recherches modernes, Venus Verticordia pourrait avoir été modelée sur la déesse grecque Aphrodite Apostrophia («celle qui détourne»), qui avait pour fonction de détourner les humains des désirs illégitimes et des actes impies. Cette possible influence grecque s’inscrit dans le contexte des nombreuses importations de cultes étrangers pendant les guerres puniques.
La cérémonie se déroulait en quatre phases distinctes et soigneusement ordonnées:
1. La purification de la statue divine
Les femmes romaines, qu’elles soient mariées ou non, se rendaient au temple de Vénus pour procéder à la lavatio (bain rituel) de la statue de la déesse:
- Elles commençaient par retirer les ornements de l’effigie, notamment son collier d’or
- Elles procédaient ensuite au lavage de la statue avec de l’eau pure
- Après l’avoir séchée, elles lui restituaient ses parures
- Elles terminaient en décorant la déesse de roses fraîches, fleur emblématique de Vénus
Ce rituel de purification symbolisait le renouvellement et la transformation morale recherchés pendant la fête. La lavatio de Venus Verticordia est décrite en détail par Ovide dans ses Fastes (IV, 133-156), qui précise que la déesse était ornée abondamment de roses, fleur également utilisée lors des Vinalia, autre fête de Vénus, le 23 avril.

2. Le bain aux thermes masculins
Dans une inversion temporaire des espaces genrés, les femmes se rendaient ensuite aux bains publics habituellement réservés aux hommes (balnea virilia):
- Elles se couvraient partiellement de branches de myrte pour préserver leur pudeur
- Ce geste reproduisait l’épisode mythologique où Vénus, surprise nue par des satyres, s’était dissimulée derrière des branches de myrte
- Cette plante, consacrée à Vénus, symbolisait également l’amour et la fertilité dans la culture romaine
Les sources suggèrent que cette pratique rituelle ne pouvait avoir lieu dans les thermes masculins qu’à partir du IIe siècle av. J.-C., période où les bains publics se développèrent à Rome. Auparavant, les femmes auraient pu se baigner dans un bassin public (piscina publica). Le myrte, avec ses propriétés aromatiques, était considéré comme purificateur tout en étant associé aux pouvoirs érotiques de Vénus. Pline l’Ancien rapporte dans son Histoire naturelle (XV, 119-121) que des anneaux faits de branches de myrte «vierges» (n’ayant pas été touchées par du fer) guérissaient les gonflements des parties génitales, illustrant les propriétés à la fois médicinales et magiques attribuées à cette plante.
3. Les offrandes à Fortuna Virilis
Toujours dans l’enceinte des thermes, les Romaines honoraient Fortuna Virilis:
- Elles brûlaient de l’encens en son honneur
- Elles adressaient des prières spécifiques demandant que leurs imperfections corporelles restent invisibles aux yeux des hommes
- Ce rituel visait à obtenir la bienveillance masculine et la chance en amour
Les calendriers romains (Fasti Praenestini) mentionnent cette pratique: «Les femmes adressent fréquemment des prières à Fortuna Virilis» (Frequenter mulieres supplicant Fortunae Virili).
Une distinction sociale semble avoir existé dans la participation à ces rites. Les sources antiques indiquent que Fortuna Virilis était particulièrement honorée par les femmes de condition plus modeste (mulieres humiliores), tandis que les matrones de rang supérieur se concentraient davantage sur Venus Verticordia. Cependant, cette séparation n’était pas absolue, et Ovide dans ses Fastes suggère une participation plus inclusive transcendant les barrières sociales habituelles. Le culte de Fortuna Virilis était probablement plus ancien que celui de Venus Verticordia, remontant possiblement au IVe siècle av. J.-C., mais au fil du temps, il fut progressivement absorbé par celui de Vénus.
4. La potion rituelle
La cérémonie culminait avec la consommation d’une boisson rituelle composée de pavot moulu, plante associée au sommeil et à la fertilité, de lait, symbole de pureté maternelle, et de miel, substance divine liée à la douceur et à la séduction. Cette mixture, appelée cocetum, reproduisait celle que, selon la tradition, Vénus aurait consommée lors de ses noces avec Vulcain. Elle incarnait l’union des principes opposés : la chasteté et la séduction, la retenue et la passion.
Le cocetum pourrait avoir eu des effets sédatifs ou légèrement narcotiques selon la teneur en opiacés du pavot utilisé. Ovide rapporte dans les Fastes que Vénus aurait bu cette préparation lors de son mariage avec Vulcain, non par désir mais pour supporter sa nuit de noces avec un époux qu’elle trouvait peu attrayant. Cette boisson rituelle présente des similitudes avec le kykeon des Mystères d’Éleusis en Grèce, et s’inscrit dans le contexte des célébrations d’avril dédiées à Cérès (équivalente romaine de Déméter), pour qui le pavot était une plante emblématique.
Les Veneralia opéraient sur plusieurs niveaux dans la société romaine.
Le culte visait explicitement à réguler la sexualité féminine. Comme l’indique Valère Maxime, son but était de «convertir les esprits féminins de la luxure à la pudeur». Dans une société patriarcale où la chasteté féminine garantissait la légitimité des héritiers, les Veneralia renforçaient les normes sociales tout en offrant un cadre ritualisé pour aborder ces questions.
Cette régulation morale s’inscrivait dans un contexte politique plus large. L’établissement du culte de Venus Verticordia coïncide avec la promulgation de la lex Oppia en 216 av. J.-C., une loi somptuaire qui limitait la quantité d’or que les femmes pouvaient posséder et les façons dont elles pouvaient afficher leur richesse. Ces restrictions juridiques et religieuses survenaient à une période où, en raison des pertes masculines durant les guerres puniques, les femmes avaient gagné en autonomie et en pouvoir économique. Les Veneralia reflétaient donc les tensions entre cette émancipation féminine relative et le besoin de maintenir l’ordre social traditionnel.
La fête mettait en lumière la dualité de Vénus dans la religion romaine :
- Venus Verticordia représentait l’aspect moral et pudique de l’amour
- Venus Felix (l’heureuse) ou Venus Genetrix (la génitrice) incarnait la fertilité nécessaire à la perpétuation des familles
Cette ambivalence permettait aux Romaines de concilier des attentes sociales contradictoires: être à la fois chastes et fertiles, modestes et attirantes. Le rôle de Venus Verticordia n’était pas d’inhiber la sexualité mais de la canaliser dans le cadre du mariage, que Cicéron décrivait comme «la pépinière de la république» (seminarium rei publicae).
Ovide, dans ses Fastes, joue avec cette double nature en rappelant que Vénus, bien qu’incarnant la pudeur dans son aspect Verticordia, est aussi liée à Mars, son amant adultère. Il souligne également que son fils Énée, père du peuple romain, est né de son désir pour le mortel Anchise plutôt que de son mariage avec Vulcain. Cette lecture complexe de Vénus reflète l’ambivalence romaine envers la sexualité féminine, nécessaire à la reproduction mais devant rester sous contrôle social.
L’occupation des thermes masculins par les femmes constituait une transgression encadrée des normes habituelles. Cette inversion temporaire des rôles et des espaces, caractéristique de nombreuses fêtes romaines, servait paradoxalement à renforcer l’ordre social en créant un espace-temps limité où les tensions pouvaient s’exprimer sans menacer les structures établies.
Contrairement à la plupart des cultes exclusivement féminins qui interdisaient strictement la présence des hommes, les rites des Veneralia intégraient le regard masculin comme élément essentiel. Les femmes se baignaient sous les yeux des hommes, tout en étant partiellement protégées par les branches de myrte, dans une mise en scène qui équilibrait exposition et pudeur. Ce jeu complexe entre visibilité et dissimulation reflétait la négociation constante de la sexualité féminine dans l’espace public romain.
Le motif de la nudité rituelle est particulièrement significatif. Lors des Veneralia, même les matrones respectables retiraient temporairement les vêtements qui marquaient leur statut social (la stola et les bandelettes qui retenaient leurs cheveux), révélant un corps qui imitait celui de Vénus elle-même. Cette pratique peut être mise en parallèle avec la représentation de femmes romaines en statues de type Venus Pudica, où leurs portraits étaient placés sur des corps nus conventionnels de la déesse –une forme d’auto-représentation qui, bien que révélant le corps, maintenait une expression de parfaite réserve et de maîtrise de soi.

Les Veneralia dans le calendrier romain
Le mois d’avril (latin Aprilis) était entièrement placé sous la tutelle (tutela) de Vénus. Certains auteurs romains, comme Ovide, liaient même l’étymologie du mot Aprilis au nom grec de la déesse, Aphrodite, bien que l’explication plus commune le rattachait au verbe aperire (ouvrir), car c’était le mois où «fruits, fleurs, animaux, mers et terres s’ouvrent», selon Verrius Flaccus.
Le calendrier religieux d’avril était dominé par des rites féminins, avec des festivals majeurs pour la Grande Mère (Magna Mater) et Cérès, en plus des jours dédiés à Vénus. Avril et juin étaient considérés comme les mois les plus propices aux mariages, car ils étaient présidés respectivement par Vénus et Junon en tant que déesses du mariage.
Les Calendes d’avril (1er avril) marquaient également l’une des trois dates annuelles où une femme s’attendait à recevoir un cadeau de son partenaire masculin, les deux autres étant son anniversaire et les Sigillaria en décembre. Le terme spécifique Veneralia pour désigner cette fête n’apparaît qu’au IVe siècle de notre ère dans le Calendrier de Filocalus (354 apr. J.-C.), qui illustre le mois d’avril avec une scène des jeux théâtraux de la Magna Mater.
Évolution du culte et christianisation
Au début du IIe siècle apr. J.-C., les rituels de Fortuna Virilis semblent avoir été absorbés dans le culte de Venus Verticordia, témoignant d’une simplification progressive des pratiques religieuses. À l’époque de l’Antiquité tardive, la consommation du cocetum et certaines pratiques associées à Fortuna Virilis paraissent être tombées en désuétude, mais les célébrations des Calendes d’avril continuaient à servir le but originel de Verticordia en promouvant la vie conjugale.
Malgré la christianisation progressive de l’Empire, un temple de Vénus, possiblement celui de Verticordia, fut restauré à Rome même à la fin du IVe siècle, alors que des lois chrétiennes interdisant certaines pratiques religieuses sous l’étiquette générique de «paganisme» entraient en vigueur. Cette persistance témoigne de l’importance durable de ce culte dans la vie romaine.
L’imagerie mythologique de Vénus fut parfois adaptée par les chrétiens, comme le montre un coffret nuptial du trésor de l’Esquilin datant d’environ 380 apr. J.-C. Ce coffret reproduit l’image de Venus Anadyomène dans la représentation de la mariée, avec une composition similaire et une pose centrale comparable. Une inscription enjoint les nouveaux mariés à vivre dans le Christ, illustrant comment les symboles de l’amour conjugal pouvaient être réinterprétés dans un contexte chrétien.
Saint Augustin d’Hippone, dans un sermon sur Marie et Marthe daté de 393 apr. J.-C., évoque ce qu’il appelle les «banquets de Vénus» (epulae venerales), probablement en référence aux Veneralia. Il conseille la modération plutôt que la passion comme approche de ces célébrations séculaires, qu’il semble considérer comme «une affaire plutôt respectable célébrant une vie d’harmonie et de plénitude».
Sources antiques
- Ovide, Fastes, IV, 4133-4164: descriptions des rituels de Vénus et des pratiques liées aux roses
- Valère Maxime, Faits et dits mémorables, VIII, 15, 12: information sur l’institution du culte de Venus Verticordia
- Pline l’Ancien, Histoire naturelle, XV, 119-121: mentions du symbolisme du myrte dans les cultes de Vénus
- Varron, De la langue latine, VI, 20: informations générales sur les rituels de purification romains
- Calendriers romains (Fasti Praenestini): mentions des célébrations du 1er avril
- Plutarque, Questions romaines: informations sur Fortuna Virilis et son temple attribué à Servius Tullius
- Calendrier de Filocalus (354 apr. J.-C.) : première mention du terme Veneralia
- Saint Augustin, Sermon sur Marie et Marthe (393 apr. J.-C.): référence aux «banquets de Vénus»
- Jean Lydus, De Mensibus (VIe siècle): indication que les femmes de rang supérieur honoraient Aphrodite le 1er avril «pour atteindre la concorde et une vie modeste»
Dates
Avril 1, 2026 Toute la journée
202604avrToute la journée10Repeating EventMegalesia
Description
Pridie Nonas Apriles - Ante diem quartum Idus Apriles
Description
Pridie Nonas Apriles – Ante diem quartum Idus Apriles

Les Megalesia, également appelées Mégalésies ou Megalensia, étaient des festivités accompagnées de jeux, de concours et de représentations théâtrales à caractère votif, connus sous le nom de Jeux mégalésiens, célébrés dans la Rome antique en avril en l’honneur de Cybèle, la grande déesse, d’où le nom de ces festivités et de ces jeux.
L’origine des Megalesia remonte à la deuxième guerre punique, lorsque les Romains cherchèrent la protection de nouveaux dieux. En 204 av. J.-C., Scipion Nasica reçut la statue de Cybèle, apportée de Pessinonte à Rome. La réception de la déesse le 4 avril fut marquée par une procession magnifique et des jeux, avec de nombreux dons offerts à la déesse au sanctuaire de la Victoire, son hôtesse provisoire sur le mont Palatin. Cependant, la célébration annuelle des jeux scéniques débuta treize ans plus tard, en avril 191 av. J.-C., lorsque Marcus Iunius Brutus dédia le temple construit en l’honneur de Cybèle.
Les festivités duraient sept jours, du 4 au 10 avril, culminant le jour de la fête de Cybèle. Elles étaient caractérisées par des réjouissances et des festins, avec des processions bruyantes et des banquets organisés en l’honneur de la déesse. En 161 av. J.-C., le Sénat romain émit un décret limitant les dépenses excessives pendant ces festivités.
Les Jeux mégalésiens étaient initialement des spectacles scéniques, se déroulant devant le temple de Cybèle sur le mont Palatin, mais plus tard, ils s’étendirent aux théâtres. Organisés sous la présidence des édiles curules, ces jeux étaient considérés comme des manifestations chastes, solennelles et religieuses, en contraste avec les jeux brutaux et sanglants des cirques.
Dates
Avril 4, 2026 - avril 10, 2026 (Toute la journée)
202612avrToute la journée19Repeating EventCerealia
Description
Pridie Idus Apriles - Ante diem tertium decimum Kalendas Maias
Description
Pridie Idus Apriles – Ante diem tertium decimum Kalendas Maias

EN BREF. Les Cerealia, célébrées du 12 au 19 avril dans la Rome antique, honoraient Cérès, déesse des moissons. Cette fête plébéienne commémorait le retour de Proserpine, fille de Cérès, enlevée par Pluton. Le rituel le plus spectaculaire consistait à lâcher des renards portant des torches enflammées pour protéger les futures récoltes. Les célébrations comprenaient courses de chevaux, processions en vêtements blancs et offrandes de miel et d’encens, unissant ainsi religion, agriculture et politique dans un moment crucial du cycle agricole.
Les Cerealia: quand Rome célébrait le réveil des blés
Au mois d’avril, alors que les céréales commençaient à croître dans les champs, les Romains célébraient une fête agricole d’une grande importance: les Cerealia. Cette célébration, dédiée à la déesse Cérès, s’inscrivait dans le cycle des rituels agraires et jouait un rôle significatif tant sur le plan religieux que social et politique dans la Rome antique.
Origine et introduction du culte à Rome
Le culte de Cérès à Rome remonte à la toute fin du 6e siècle avant notre ère. Selon plusieurs sources antiques, il fut introduit en 493 av. J.-C., à la suite d’une consultation des Livres sibyllins, ces recueils d’oracles que les Romains consultaient en temps de crise. Comme l’indique le Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines: «Le culte de la déesse grecque Déméter, latinisé en Cérès, fut introduit à Rome en -493 d’après l’indication des Livres sibyllins. Un temple situé près du Circus Maximus lui fut consacré trois ans plus tard.»
Ce temple présentait une particularité notable: il s’agissait du «premier temple bâti à Rome dans le style grec et par des Grecs», toujours selon la même source. Cette introduction d’un culte hellénique témoigne de l’influence croissante de la culture grecque sur la religion romaine dès le début de la République.
Étymologie et nature de Cérès
Pour comprendre la nature de cette déesse, il est intéressant de se pencher sur l’étymologie de son nom. Cérès était initialement une divinité italique ancienne, comme le prouve l’existence d’un flamen cerialis (prêtre spécifique) mentionné dans plusieurs sources. Son nom dérive de la racine indo-européenne ker-, qui a donné en latin les verbes cresco et creo, signifiant respectivement «croître» et «créer». Cette racine se retrouve également dans d’autres langues italiques, comme l’atteste une inscription osque mentionnant une «Dea Kerri-».
Cérès était donc, par essence, la déesse de la croissance végétale et tout particulièrement des céréales, d’où son identification rapide avec la Déméter grecque, qui possédait des attributions similaires.
Le déroulement des Cerealia
D’après les indications fournies par Ovide dans ses Fastes (IV, 4393-4620), la fête des Cerealia se déroulait initialement lors d’occasions exceptionnelles, avant d’être fixée annuellement du 12 au 19 avril. Cette période correspondait au moment critique où les céréales commençaient à former leurs épis, une phase délicate nécessitant la protection divine.
Les célébrations comportaient plusieurs éléments:
Les sacrifices et offrandes
Contrairement à de nombreux cultes romains qui privilégiaient les sacrifices sanglants, les offrandes à Cérès étaient généralement non-sanglantes, à l’exception notable d’une truie. Ovide précise dans ses Fastes (IV, 4409-4416):
«Vous pouvez offrir à la déesse de l’épeautre, lui faire l’hommage d’un peu de sel brillant et de grains d’encens jetés dans un vieux foyer; et si vous n’avez pas d’encens, enduisez des torches de poix et allumez-les; la bonne Cérès agrée une offrande modeste, pourvu qu’elle soit pure. Sacrificateurs à la tunique retroussée, écartez du bœuf vos couteaux; le bœuf doit labourer; immolez une truie paresseuse.»
Cette prescription de préserver les bœufs, nécessaires au travail agricole, tout en sacrifiant la truie, considérée comme nuisible aux cultures, illustre parfaitement le pragmatisme agricole qui sous-tendait ces rituels.
Les jeux publics (ludi Cereales)
Comme pour de nombreuses fêtes romaines importantes, les Cerealia comprenaient des jeux publics (ludi) qui se déroulaient dans le Circus Maximus. Selon l’historienne contemporaine Barbette Stanley Spaeth, ces jeux incluaient des courses de chevaux dont le point de départ se situait juste en-dessous du temple de Cérès, sur l’Aventin.
Après 175 av. J.-C., des représentations théâtrales (ludi scaenici) furent ajoutées au programme du 12 au 18 avril. D’après l’historienne Léonie Hayne, l’édile plébéien Gaius Memmius est crédité d’avoir organisé les premiers de ces jeux scéniques, et d’avoir distribué une nouvelle monnaie commémorative en l’honneur de cet événement.
Le rituel des renards
L’un des rituels les plus singuliers des Cerealia était la course des renards. Ovide le décrit ainsi dans ses Fastes (IV, 679-682):
«Dans le cirque étaient faites courir des volpes sur le dos desquelles étaient fixées des torches enflammées.»
L’origine de cette pratique était déjà obscure à l’époque d’Ovide, qui propose une explication légendaire: jadis, à Carleoli, un jeune garçon aurait capturé un renard qui volait des poulets et aurait tenté de le brûler vif. Le renard se serait échappé en flammes et, dans sa fuite, aurait incendié les champs et les récoltes. Comme ces champs étaient consacrés à Cérès, les renards seraient depuis lors «punis» lors de son festival.
Au-delà de cette légende, les historiens modernes suggèrent que ce rituel pouvait avoir une fonction purificatrice pour les cultures, visant peut-être à prévenir une maladie du blé appelée robigo (la rouille).
La dimension politique et sociale des Cerealia
Les Cerealia n’étaient pas qu’une simple fête agricole; elles possédaient également une forte dimension politique et sociale qui explique leur importance dans la société romaine.
Un culte plébéien

Le culte de Cérès à Rome présentait la particularité d’être fortement associé à la plèbe, contrairement à de nombreux autres cultes réservés aux patriciens. Plusieurs éléments attestent ce lien:
- L’emplacement du temple, situé près de l’Aventin, mont traditionnellement associé à la plèbe;
- La supervision du culte par les édiles plébéiens;
- La fonction du temple comme centre de distribution de grain en temps de crise.
Comme le souligne le Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines: «Une autre particularité du culte de Cérès à Rome consistait en ce qu’il s’adressait surtout aux plébéiens, qui au contraire se voyaient exclus des sacra gentilicia des familles patriciennes.»
Cette association entre Cérès et la plèbe était si forte que, selon Denys d’Halicarnasse: «Qui violait la sacrosanctitas des tribuns de la plèbe était sacer Cereri [consacré à Cérès] et ses biens, ainsi que les amendes commencées par les tribuns, étaient transférés au temple de la Déesse.»
Les banquets et échanges sociaux
Les Cerealia étaient également l’occasion de banquets et d’échanges entre les différentes classes sociales. Comme l’indique notre source: «Il était d’usage en cette occasion que les plébéiens invitassent les patriciens qui à leur tour les conviaient aux Megalesia (fêtes de Cybèle).»
Ces échanges de politesses entre patriciens et plébéiens suggèrent que les Cerealia, tout comme les Megalesia, servaient de moments de rapprochement et de réconciliation temporaire entre les différentes classes sociales romaines.
Le mythe fondateur: l’enlèvement de Proserpine
La mythologie qui sous-tendait les Cerealia était centrée sur l’enlèvement de Proserpine (Perséphone en grec), fille de Cérès, par Pluton (Hadès), dieu des Enfers.
Ovide consacre une grande partie du livre IV de ses Fastes (4417-4620) à ce récit. Il décrit comment Proserpine, cueillant des fleurs en Sicile avec ses compagnes, fut enlevée par Pluton et emmenée aux Enfers. Cérès, désespérée, parcourut le monde à sa recherche, portant des torches allumées pour éclairer son chemin la nuit –ce qui explique l’utilisation de torches dans le rituel des Cerealia.
Après avoir appris que sa fille était devenue l’épouse de Pluton, Cérès plaida auprès de Jupiter pour son retour. Un compromis fut trouvé: Proserpine passerait six mois par an avec sa mère sur terre et six mois aux Enfers avec son époux. Ovide conclut ce récit en expliquant: «Alors enfin Cérès retrouva son sourire et ses esprits et posa sur sa chevelure une couronne d’épis. Dans les champs laissés en jachère on récolta une abondante moisson, et l’aire contint avec peine les richesses qu’on y amassait.»
Cette alternance de Proserpine entre le monde souterrain et la surface symbolisait parfaitement le cycle agricole: la graine disparaît sous terre pendant l’hiver avant de resurgir au printemps sous forme de plante.
Autres célébrations liées à Cérès
Outre les Cerealia d’avril, deux autres fêtes importantes étaient dédiées à Cérès dans le calendrier romain :
- Le sacrum anniversarium Cereris, institué peu avant la deuxième guerre punique et célébré en août, quelques jours après l’anniversaire de la bataille de Cannes (2 août 216 av. J.-C.). Cette cérémonie était exclusivement féminine et s’accompagnait d’une abstinence de neuf jours. Les femmes, vêtues de blanc et couronnées d’épis, offraient à la déesse les prémices des champs.
- Le jejunium Cereris, un jeûne institué en 191 av. J.-C. d’après les livres Sibyllins, célébré initialement tous les cinq ans puis annuellement le 4 octobre. Cette fête correspondait aux Thesmophories grecques.
La place des Cerealia dans le cycle agricole romain
Les Cerealia s’inscrivaient dans un cycle plus large de fêtes agricoles qui rythmaient le mois d’avril, période critique avant la récolte. Cette progression rituelle accompagnait les différentes étapes de la croissance des céréales:
- Les Fordicidia (15 avril) : sacrifice de vaches pleines pour symboliquement renforcer les embryons issus des semences
- Les Cerealia (12-19 avril) : demande à Cérès de permettre aux plantes de croître et de former des épis
- Les Robigalia (25 avril) : sacrifice à Robigus pour éviter les maladies des épis
- Les Floralia (28 avril-3 mai) : invocation à Flore pour remplir généreusement les épis et assurer une récolte abondante
Cette séquence montre l’attention minutieuse que les Romains portaient à chaque phase du développement des céréales, et comment leur religion structurait leur rapport à l’agriculture.
La pérennité des Cerealia
La longévité des Cerealia dans la culture romaine est remarquable. Selon nos sources, elles figurent sur le calendrier de Philocalus daté de 354 après J.-C., ce qui indique qu’elles étaient encore célébrées plus de huit siècles après leur institution, et même après la christianisation progressive de l’Empire.
Cette persistance témoigne de l’importance fondamentale de l’agriculture dans la société romaine et de la façon dont les rituels religieux liés aux cycles agraires conservaient leur pertinence, même dans une Rome devenue largement urbaine et cosmopolite.
Sources antiques
- CATON L’ANCIEN, De Agricultura, 134.
- CICÉRON, In Verrem, II, 4, 106-107.
- DENYS D’HALICARNASSE, Antiquités romaines, VI, 89 ; X, 42.
- OVIDE, Fastes, IV, vers 4373-4620 (édition et traduction française par Robert Schilling, Paris, Les Belles Lettres, CUF, 1993).
- TITE-LIVE, Ab Urbe condita, III, 55 ; XXXVI, 36, 3.
- VARRON, De Lingua Latina, V, 14.
- VIRGILE, Géorgiques, I, 19.
- Calendrier de Philocalus (ou Chronographie de 354 après J.-C.).
Études modernes
- DAREMBERG, Charles et SAGLIO, Edmond (dir.), Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, Paris, 1877-1919.
- HAYNE, Léonie, « The First Cerialia », L’Antiquité Classique, vol. 60, 1991, pp. 131-140.
- SPAETH, Barbette Stanley, The Roman Goddess Ceres, University of Texas Press, 1996.
Dates
Avril 12, 2026 - avril 19, 2026 (Toute la journée)
202621avrToute la journéeRepeating EventParilia / Romaea
Description
Ante diem undecimum Kalendas Maias Les Parilia représentées en 1783
Description
Ante diem undecimum Kalendas Maias

EN BREF. Les Parilia, célébrées le 21 avril, mêlaient tradition pastorale et histoire nationale romaine. Cette fête ancestrale honorait Palès, protecteur des troupeaux, par des rituels spectaculaires où bergers et moutons sautaient par-dessus des feux purificateurs. Coïncidant avec la fondation légendaire de Rome par Romulus, elle évolua pour devenir l’anniversaire officiel de la Ville Éternelle, illustrant parfaitement comment Rome transformait ses racines rurales en célébration impériale.
Les Parilia: quand Rome célébrait ses bergers et sa naissance
Les Parilia, ou Palilia[1], étaient une fête rurale romaine célébrée chaque année le 21 avril. Cette célébration, profondément ancrée dans la tradition pastorale, visait à purifier les moutons et les bergers afin d’assurer leur prospérité pour l’année à venir. Au-delà de leur aspect pastoral, les Parilia ont évolué pour devenir l’anniversaire de Rome, symbolisant la fondation de la ville et sa puissance croissante.
Selon le mythe rapporté par Ovide, Romulus, en arrivant sur le site de Rome le jour des Parilia, traça un sillon pour les murs avec sa charrue tirée par «une vache blanche et un boeuf à la robe de neige» (Fastes, IV, 4826). Il pria ensuite les dieux: «Maintenant que je fonde cette ville, ô Jupiter, et toi, Mars mon père, et toi auguste Vesta, soyez-moi propices» (Fastes, IV, 4828-4829). Jupiter répondit à cette prière «par un grondement de tonnerre sur sa gauche» et «lança des éclairs sur la gauche du ciel» (Fastes, IV, 4833-4834), un présage favorable pour les Romains.
Son frère Rémus, «ignorant cet ordre», regarda «avec mépris ces humbles murs et dit: ‘C’est avec çà que le peuple sera à l’abri ?’» (Fastes, IV, 4841-4843). Il franchit alors la ligne sacrée et fut tué par Celer qui, sur ordre de Romulus, devait empêcher quiconque de franchir «les murs et la tranchée creusée par la charrue» (Fastes, IV, 4839-4840).
Pendant la République romaine, l’agriculture occupait une place centrale dans l’identité romaine et les Parilia ont pris un caractère plus rural. La fête s’est étendue à l’ensemble de la population rurale, célébrant la fertilité des terres et le bien-être des troupeaux.
Avec l’urbanisation croissante et la montée en puissance de Rome, les Parilia ont connu une transformation significative. À la fin de la République, la fête est devenue associée à l’anniversaire de Rome. Au 1er siècle avant notre ère, sous Jules César, des jeux ont été ajoutés à la cérémonie après qu’il eut reçu la nouvelle de la victoire romaine à Munda en 45 av. J.-C. Lors de ces jeux, les citoyens portaient des couronnes en l’honneur de César, soulignant la puissance et les victoires militaires de Rome.
Plus tard, sous l’empereur Caligula, la fête s’est encore enrichie d’une procession de prêtres, de nobles et d’enfants de naissance noble, chantant les louanges de l’empereur et escortant un bouclier d’or, précédemment offert à l’empereur par les citoyens de Rome, jusqu’au Capitole.
En 121 de notre ère, sous l’empereur Hadrien, un nouveau temple dédié à Vénus et Rome a été érigé et le nom de la fête a été changé en Romaea (ou dies natalis Romae ou encore natalis Urbis). Cette transformation marque l’intégration définitive des Parilia dans le calendrier officiel romain et leur association avec la fondation de la ville. Ce temple fut ruiné au 9e siècle.
Les Parilia se déroulaient en deux parties distinctes: une cérémonie rurale et une cérémonie urbaine. Comme le témoigne Ovide lui-même: «Certes, j’ai souvent apporté moi-même, à pleines mains, la cendre de veau et les tiges de fèves, offrandes purificatoires passées au feu. Certes, j’ai sauté trois fois par-dessus des rangs de flammes alignés, et une branche de laurier mouillé m’a aspergé de gouttes d’eau» (Fastes, IV, 4725-4728).
Cérémonie rurale
La cérémonie rurale, menée par le berger lui-même, était profondément ancrée dans les traditions pastorales. Avant le début de la cérémonie, le berger devait «décorer la bergerie en y fixant des rameaux feuillus, et orner les portes de longues guirlandes» (Fastes, IV, 4738-4739).
Dès l’aube, «le berger purifie ses brebis repues, lorsque tombe le crépuscule. Avant, [il aura] aspergé et balayé la terre à l’aide d’une branche» (Fastes, IV, 4735-4736). Il devait ensuite faire brûler «des branches d’olivier mâle, une torche de pin et des herbes sabines» et veiller à ce «que le laurier léché par la flamme crépite au centre du foyer» (Fastes, IV, 4741-4742). Les bruits produits par cette combinaison brûlante étaient interprétés comme un présage bénéfique.
Des offrandes de «millet et des gâteaux de millet» étaient ensuite présentées à Palès, car «la déesse des campagnes apprécie tout spécialement cet aliment» (Fastes, IV, 4743-4744). On y ajoutait «un vase de lait et les mets qu’elle aime» (Fastes, IV, 4745).
Le berger se tournait ensuite «vers le Levant», prononçait sa prière «trois fois, puis [lavait] ses mains dans l’eau vive» (Fastes, IV, 4778-4779). Dans cette prière, il demandait à Palès: «Veille sur le troupeau, et aussi sur les bergers; repousse le malheur et fais-le fuir loin de mes étables» (Fastes, IV, 4747-4748). Il implorait également son pardon pour diverses fautes accidentelles comme avoir fait paître dans un lieu saint, s’être assis sous un arbre sacré, ou avoir troublé les eaux des étangs (Fastes, IV, 4749-4759).
La cérémonie s’achevait par la consommation d’un breuvage particulier: «en guise de cratère, une écuelle et boire du lait de neige et du vin pourpre» (Fastes, IV, 4780-4781), suivi de «d’un pied leste, avec ardeur» par «des tas enflammés de paille crépitante» (Fastes, IV, 4781-4782).
Cérémonie urbaine
La cérémonie urbaine, dirigée par un prêtre, intégrait des éléments d’autres fêtes religieuses romaines. Selon Ovide, le peuple devait «aller quérir à l’autel de la Vierge une préparation purificatoire» que «Vesta te la donnera; grâce à ce présent de Vesta, tu seras pur» (Fastes, IV, 4731-4732).
Cette préparation purificatoire était «constituée de sang de cheval, de cendre de veau, et d’un troisième élément, de la paille creuse d’une fève dure» (Fastes, IV, 4733-4734). Les cendres provenaient du sacrifice lors des Fordicidia, où l’on sacrifiait une vache pleine à Tellus, et d’où «l’on retire le veau du ventre de sa mère pour le brûler» (Fastes, IV, 4634-4641).
Le sang de cheval provenait du «Cheval d’Octobre», le cheval de droite de l’attelage vainqueur d’une course particulière le 15 octobre de l’année précédente. Ensemble, ces éléments étaient mélangés par les Vestales pour former les substances purificatoires nécessaires aux rites.
Ovide propose plusieurs explications sur l’origine de ces rites, notamment le feu purificateur. «Le feu dévorant purifie tout et la fusion des métaux en expulse les défauts: est-ce pour cela qu’on purifie avec lui les brebis et leur berger?» (Fastes, IV, 4785-4786). Il évoque aussi la complémentarité des éléments: «eau et feu, éléments premiers de toutes choses, opposés entre eux, sont des divinités ennemies» (Fastes, IV, 4787-4788), que les Romains auraient réunis pour leurs rites de purification.
Sources antiques
- Ovide, Fastes, IV, 4721-4862
- Properce, Élégies, IV, 1, 19-20; IV, 4, 73-78
- Varron, De Lingua Latina, VI, 15
- Varron, Res Rusticae, II, 1, 9
- Cicéron, De Divinatione, II, 98
Sources modernes
- Adkins, L. & Adkins, R. A. (1996). Dictionary of Roman Religion. New York: Facts on File Inc.
- Butrica, J. L. (2000). « Propertius on the Parilia (4.4.73-8) ». Classical Quarterly 50.2, 472-478.
- Dumézil, G. (1974). La religion romaine archaïque. Paris.
- Fowler, W. W. (1899). The Roman Festivals of the Period of the Republic. London: MacMillan and Co., Limited.
- Kearns, E. (2003). The Oxford Dictionary of Classical Myth and Religion. Oxford: Oxford University Press.
- The Cambridge Ancient History 2nd Ed. Vol. X: The Augustan Empire 43 BC – AD 69. (1996). Great Britain: Cambridge University Press.
[1] Pălīlis, e, de Palès: Ov. F. 4, 898 ; M. 14, 774; Tib. 2, 5, 87 Palilia (Parilia, Varro R. 2, 1, 9; Col.; Plin.), ium ou iōrum, n. pl., Palilies ou Parilies, fêtes en l’honneur de Palès: Varro L. 6, 15 ; Cic. Div. 2, 98; Ov. F. 4, 721; cf. Fest. 222.
Dates
Avril 21, 2026 Toute la journée










