Au cœur du Musée national du Bardo, en Tunisie, une mosaïque romaine du début du 3e siècle, découverte à El-Djem, attire l’attention des visiteurs. Intitulée «mosaïque des bestiaires festoyant dans l’arène», cette œuvre dépeint une scène de banquet qui, au-delà de sa beauté artistique, révèle des indices sur la culture et les traditions de l’Afrique romaine.

Un repas mystérieux
La mosaïque présente cinq individus assis autour d’une table arquée, discutant et buvant.
Le convive tout à gauche, une feuille de lierre dans une main et une coupe dans l’autre, a une attitude clairement décontractée. Sa parole est au diapason: (n)os nudi (f)iemus dit-il, soit «on va se déshabiller». Le second enchaîne par un bibere venimus sans équivoque, «nous venons pour boire». Le personnage central semble désapprouver: jam multu(m) loquimini, «vous parlez déjà trop!». Le suivant est d’accord avec les deux premiers: avocemur, «amusons-nous!», dit-il. Enfin, le dernier, vers lequel tous les regards convergent, prononce des mots difficiles à interpréter. Restons-en à une transcription littérale: nos tres tenemus, «nous trois nous tenons».
Devant les convives se trouvent deux personnages, sans doute des serviteurs, dont l’un sert à boire directement depuis une amphore. Le second dit Silentiu(m), dormiant tauri: «silence, laissez dormir les taureaux!». Et effectivement, au premier plan, cinq taureaux semblent assoupis.[1]
Banquet divin ou représentation des Saturnales?
Peu après la découverte de la mosaïque en 1954, deux chercheurs français ont proposé des interprétations divergentes de la scène.
Pour l’historien Gilbert Charles-Picard, la mosaïque pourrait représenter un banquet divin, où les participants se sont déguisés en dieux pour célébrer. Il distingue deux femmes dans le groupe, en deuxième et en cinquième position depuis la gauche. L’interprétation est soutenue par les attributs que portent les personnages, sceptre, couronne…[2]
A la même époque, l’archéologue Henri Seyrig propose une autre lecture. Il pense que la scène pourrait être liée aux Saturnales, une fête romaine où les rôles des maîtres et des esclaves étaient inversés. Dans cette perspective, les personnes à table seraient les serviteurs, tandis que les deux figures en tunique courte seraient les maîtres.[3]
Cependant, dans les deux cas, l’argumentation est laborieuse. Il faudra attendre quelques années, quelques découvertes archéologiques et quelques études de plus pour progresser. Mais on peut déjà remarquer que chacun des personnages porte des attributs, notamment un rameau de millet et un croissant sur une hampe, que les hypothèses précédentes n’expliquent pas…
Laissons provisoirement cette mosaïque pour s’intéresser à une seconde.
Un rameau de millet et un croissant sur une hampe ?

En 1962, à Smirat au lieu-dit Oglat Beni Khira, soit à peine à quelques dizaines de kilomètres d’El-Djem, une autre mosaïque quasi intacte est découverte. Elle est contemporaine de celle des «bestiaires festoyants», peut-être postérieure de quelques années seulement. Elle raconte une matinée de jeux à l’amphithéâtre. Comme dans la précédente mosaïque, le texte et l’image font corps.
On a affaire à une succession des scènes concomitantes, le texte permettant d’en déterminer les protagonistes: quatre venatores (Spittara, Bullarius, Hilarinus, Mamertinus), gladiateurs spécialisés dans le combat contre des bêtes sauvages, affrontent chacun un léopard (Victor, Crispinus, Luxurius, Romanus), sous le regard d’un certain Magerius, le mécène qui a offert des jeux et commandité la mosaïque pour immortaliser ce moment. Ce dernier s’est d’ailleurs fait représenter dans un coin, mais en plus grand que les autres personnages et vêtu de pourpre. Alors que tous les autres sont nommés au nominatif, lui, Magerius, l’est au vocatif (Mageri), et à deux reprises, car la foule l’acclame. Mais pourquoi donc ?
C’est la fin du spectacle, les léopards s’effondrent sous les coups. Il est donc l’heure de payer des venatores. Un serviteur, que l’on voit au centre de la scène, leur remet leur prime. Le texte nous apprend que la prime est doublée et que les heureux bénéficiaires sont les «Telegenii»[4].
Deux personnages de plus sont représentés de part et d’autre de la mosaïque: la déesse Diane, qui porte un rameau de millet, et le dieu Bacchus, qui tient une hampe avec un croissant. Oui, les mêmes objets qui étaient dans les mains de deux des convives de la «mosaïque des bestiaires festoyant dans l’arène»! Ce ne sont pas les attributs traditionnels de ces divinités. Mais alors, que sont-ils donc?
Des équipes et leurs supporteurs
Ce sont les travaux d’Azedine Beschaouch, archéologue et historien tunisien spécialiste de l’Afrique romaine, qui ont permis de lever le voile.[5]
Il a révélé qu’à cette époque les troupes de venatores étaient de véritables sociétés organisatrices de spectacles, qui pouvaient d’ailleurs avoir également d’autres activités lucratives très diverses, comme orchestrer le déroulement d’obsèques ou exporter de l’huile d’olive… Comme des équipes sportives modernes, ces «sodalités» selon le terme consacré, avaient des noms et symboles qui permettaient de les reconnaître. Elles disposaient de supporteurs exclusifs, hostiles aux équipes concurrentes. Il s’agit d’une particularité de l’Afrique romaine, parce que dans le reste de l’Empire, seuls les gladiateurs accèdent à la notoriété, les venatores jouant les seconds rôles.
Plusieurs de ces sodalités africaines ont été identifiées.
La plus célèbre est certainement les Telegenii, dont le symbole est un croissant sur une hampe. Ce sont eux qui, on vient de le voir, sont sous le patronage de Bacchus et ont remporté la prime offerte par Magerius. Puis il y a les Leontii, qui arborent un tige de millet; les Pentasii, avec une couronne à cinq pointes; les Sinematii, dont la couronne à trois pointes est surmontée de la lettre S; et enfin les Taurisci, dont le symbole est un tige de lierre. La liste n’est pas exhaustive, mais elle suffira.
Les Taurisci pas très éveillés
Revenons donc à la première mosaïque, celle d’El-Djem avec ses bestiaires banqueteurs. Tous portent le symbole d’un groupe différent de venatores! De la tige de lierre pour le personnage de gauche, au croissant sur hampe à celui de droite.
Il est donc hautement probable que la mosaïque «bestiaires festoyants» représente de façon humoristique les représentants des troupes concurrentes en train de boire ensemble à la veille des jeux.
Il n’est pas encore temps de réveiller les taureaux, mais de s’enivrer un peu… ou beaucoup selon les personnages.
Il se pourrait d’ailleurs que l’expression Silentiu(m), dormiant tauri ait un double sens et soit une manière de souhaiter ou de prédire la défaite des Taurisci[6], dont le représentant, porteur du lierre, semble effectivement passablement éméché.
[1] Si l’on résume, six voix se font entendre dans la scène:
- (n)os nudi (f)iemus «on va se déshabiller».
- bibere venimus, «nous venons pour boire».
- jam multu(m) loquimini, «vous parlez déjà trop!».
- avocemur, «amusons-nous!»,
- nos tres tenemus, «nous trois nous tenons».
- Silentiu(m), dormiant tauri: «silence, laissez dormir les taureaux!»
[2] Gilbert Charles-Picard, Un banquet costumé sur une mosaïque d’El-Djem, CRAI, vol. 98, no 4, 1954, p. 418-424.
[3] Henri Seyrig, Sur une mosaïque récemment découverte à El-Djem, CRAI, vol. 99, no 4, 1955, p. 521-526.
[4] Sur la partie gauche du texte, Le public de l’arène s’adresse à l’organisateur du bestiarius ludus.
PER CURIONEM DICTUM: «DOMINI MEI, UT TELEGENI(I), PRO LEOPARDO, MERITUM HABEANT VESTRI FAVORIS, DONATE EIS DENARIOS QUINGENTOS»
Annonce faite par l’entremise du héraut: «Messieurs, afin que les Telegenii, en échange d’un léopard, obtiennent le prix de votre faveur, donnez-leur cinq cents deniers».
Faisons les comptes: le public a demandé 500 deniers par léopard: 500 x 4 = 2000.
Observez les bourses sur le plateau du serviteur: le symbole ∞ veut dire 1000! En tout 4000 deniers sont offerts, la prime est donc doublée par rapport à ce qui était convenu: Magerius sait se faire acclamer…
La partie droite du texte donne la parole au public qui surenchérit :
ADCLAMATUM EST: «EXEMPLO TUO, MUNUS SIC DISCANT FUTURI! AUDIANT PRAETERITI! UNDE TALE? QUANDO TALE? EXEMPLO QUAESTORUM MUNUS EDES, DE RE TUA MUNUS EDES, (I)STA DIES ». MAGERIUS DONAT. «HOC EST HABERE, HOC EST POSSE, HOC EST IA(M)! NOX ESTI IA(M) ! MUNERE TUO SACCIS MISSOS! »
Acclamations: «Sur ton modèle, que les munéraires à venir apprennent le munus! dans la mesure où tu auras payé le présent munus. Que l’écho en parvienne aux munéraires d’autrefois! De qui avons-nous eu pareil munus? Quand avons-nous eu pareil munus? Sur le modèle des questeurs [de Rome], tu donneras le munus; à tes frais tu donneras le munus; ce sera ton jour à toi!» Magerius paie. «C’est ça être riche! C’est ça être puissant! Oui c’est ça enfin! Il fait nuit maintenant. Que (les Telegenii) reçoivent congé de ton munus avec des sacs!».
[5] Azedine Beschaouch, La mosaïque de chasse à l’amphithéâtre découverte à Smirat en Tunisie, CRAI, vol. 110, no 1, 1966, p. 134-157; Nouvelles recherches sur les sodalités de l’Afrique romaine, CRAI, vol. 121, no 3, 1977, p. 486-503; Nouvelles observations sur les sodalités africaines, CRAI, vol. 129, no 3, 1985, p. 453-475
[6]
Dans les thermes d’une villa d’Uzitta, les archéologues ont retrouvé une mosaïque à l’effigie des Leonti, indiquant clairement la préférence du propriétaire, et dans une autre pièce une représentation de deux taureaux endormis avec l’inscription at dormiant tauri. C.f. Anna Sparreboom, Venationes Africanae: Hunting spectacles in Roman North Africa: cultural significance and social function, 2016, Universiteit van Amsterdam.
Octobre 2023, reproduction interdite
D’autres articles du blog de l’association Nunc est bibendum
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17 avril 2024.
8 et 9 juin 2024.
Réalisation d’un Rallye pédagogique
Un «computer» au bout des doigts
Boire ou jouer au cottabe, inutile de choisir
Un sol jonché de riches déchets














Nunc est bibendum: Parler de diététique pour l’époque romaine, n’est-ce pas anachronique? Est-ce que votre analyse ne cède pas à la mode?



























































































Depuis qu’il a évincé les Titans et les Géants, Zeus (Jupiter pour les Romains) règne en maître absolu sur les divinités et les humains. Dans le partage de l’univers avec ses frères, il s’est gardé le ciel, ce qui est quand même mieux que la mer (Poséidon) et surtout que le monde souterrain (Hadès). De là, il peut foudroyer tous les récalcitrant-e-s, et poursuivre de ses assiduités femmes divines et mortelles. Sa puissance lui permet aussi, quand il le veut bien, d’être justicier et protecteur, voir bienfaiteur et sauveur. Ses attributs sont la foudre (soit un faisceau d’éclairs), l’aigle, le chêne, et sa couleur le blanc.
Sœur et épouse légitime de Zeus, Héra (Junon pour les Romains) représente la force vitale sous tous ses aspects : la fécondité du mariage, mais aussi de la recherche du pouvoir et de la jalousie vengeresse (dans ce domaine, elle a fort à faire). Elle partage avec Zeus (et avec Hestia) la pureté symbolique de la couleur blanche. Ses attributs sont le paon, le lys et le diadème.
Dans le partage de l’univers, Poséidon (Neptune pour les Romains) s’est vu confier l’immensité aquatique des mers et des océans. Pour les Anciens, il s’agit d’un lot presque aussi inconnu et redoutable que le monde souterrain. D’autant que Poséidon est colérique et violent. Quand il s’énerve, la terre tremble ! Il est armé d’un trident et ses animaux préférés sont les dauphins, mais aussi les chevaux (qui comme les flots doivent être dompté). Nous lui avons donné logiquement une préférence pour le bleu.
Déméter (Cérès pour les Romains) est une bonne pâte. Quand sa fille est enlevée par Hadès, elle remue ciel et terre pour la retrouver, provoquant au passage notre hiver. Emotive, elle est néanmoins généreuse, guidant les humains dans l’art de l’agriculture et des moissons. Logiquement, on la rencontre munie d’épis de blé ou d’une faucille. Avec son animal favori aussi, la truie. Et donc nous lui avons donné une préférence pour le vert.
Aphrodite (Vénus pour les Romains) est la déesse de la beauté et de l’amour. Elle est mariée avec Héphaïstos, ce qui ne l’empêche pas d’avoir des aventures multiples, notamment avec Hermès, Dionysos ou Arès. Car sa nature est de séduire inlassablement. Ses attributs sont le miroir, le coquillage, le cygne, la rose et le myrte, un arbrisseau aromatique toujours feuillu.
Non seulement Apollon (aussi appelé Phébus par les Romains) est beau, mais c’est aussi un être libre. Ses talents sont multiples : le chant, la musique (la lyre est l’un de ses attributs), la poésie. Dieu solaire, il est aussi guérisseur et purificateur. L’or est naturellement sa couleur et le laurier dont on couronne les poètes et les vainqueurs sa plante fétiche. Un défaut ? La colère et la vengeance : les corbeaux étaient blancs avant d’apporter de mauvaises nouvelles à Apollon, et les Cyclopes n’ont pas échappé à ses flèches qui, comment les rayons du soleil, peuvent être destructrices.
Athéna (Minerve pour les Romains) est l’intelligence et la sagesse incarnée ! Au service de quelle cause ? Ça dépend. Elle est la déesse protectrice des héros, des artisans et des maîtres d’école, mais elle est aussi experte en stratégie militaire et en « art » de la guerre. Elle est d’ailleurs représentée armée du casque, de la lance et du bouclier, qui resplendissent des éclats jaunes du bronze. Son animal est la chouette et son arbre l’olivier que, dit-on, elle a offert à la ville qui l’honore de son nom.
Fils illégitime de Zeus, Hermès (Mercure pour les Romains) doit faire preuve d’ambition et de ruse pour accéder à la reconnaissance des dieux de l’Olympe. Pour cela, il ne recule devant rien : il parcourt la Terre, échange ce qu’il peut pour obtenir ce qu’il veut, quitte à dérober ce qu’il faut (par exemple les vaches d’Apollon). Il deviendra ainsi le patron des voyageurs, des commerçants et des voleurs… Il est parfois représenté avec un coq, symbole de la nouvelle journée, et plus souvent avec un accessoire ailé, chaussure, chapeau ou bâton. Nous lui avons donné le gris pour couleur.
C’est le plus laid des dieux (parce qu’Héra l’a enfanté sans mâle) et il est boiteux (victime de maltraitance infantile), mais ce n’est pas le plus maladroit. Héphaïstos (Vulcain pour les Romains), avec son marteau et son enclume sur son volcan, est le roi de l’industrie. Travailleur et ingénieux, il invente et fabrique des merveilles : les foudres de Zeus, le bouclier d’Agamemnon, les armes d’Achille, la couronne d’Ariane… Il serait même l’inventeur d’une sorte de trépied automobile permettant aux dieux de se rendre sans effort aux assemblées ! Lui se déplace à dos d’âne. Et l’orange de la lave est sa couleur toute indiquée.
Comme le loup, son animal préféré, voilà un dieu qu’il vaut mieux éviter de croiser. Arès (Mars pour les Romains) est aussi fort que brutal. Pour un rien, il vous vole furieusement dans les plumes. D’ailleurs, il n’a jamais été très populaire en Grèce, peut-être aussi parce qu’il avait pris le parti des Troyens. Tout au plus l’invoquait-on lors des serments : la menace était claire pour les parjures. Chez les Romains, Mars est devenu beaucoup plus populaire. On ne s’en étonnera pas vu leur goût pour la guerre et les conquêtes. Parmi les attributs d’Arès-Mars, on trouve le chardon – plante plutôt agressive – et la couleur rouge, comme le sang.
Il a le sens de la fête, Dionysos (Bacchus pour les Romains) ! Quand il débarque avec son cortège de satyres et de bacchantes, avec Pan et Priape, on sait comment ça commence, pas comment ça finira. C’est le dieu de la vigne et de vin – sans modération – mais aussi de la nature sauvage et de tous les débordements. On raconte que les orgies dionysiaques, dans des temps très reculés, pouvaient aller jusqu’à l’omophagie, soit le fait de s’entre-dévorer comme des bêtes se nourrissant de chaire crue… Dionysos est reconnaissable (outre son état d’ivresse) à son thyrse, soit un bâton feuillu. A la panthère qui l’accompagne, aussi. On lui attribue la vigne, mais aussi le figuier, souvent liés dans la culture antique. Quel autre couleur pour lui que le violet du vin pur ?
Hadès (Pluton pour les Romains) n’a pas eu de chance dans le partage de l’univers, et il en tire une grande amertume. Depuis, il règne en solitaire sur le monde souterrain et s’efforce de faire avec autant d’application que de cruauté le sale boulot : pas un mortel qui lui est confié ne doit s’échapper, par même Eurydice, la compagne d’Orphée. L’animal préféré d’Hadès est le serpent – qui lui envoie pas mal de « clients » – et son arbre le cyprès, toujours très en vogue dans nos cimetières. Sa couleur est le noir, comme les profondeurs de la Terre.
Dans le panthéon gréco-latin, les divinités rassurantes ne sont pas légion. Mais il y a Hestia (Vesta pour les Romains). Elle veille sur le feu du foyer – et par conséquent la sécurité de la maisonnée – et aussi sur la fidélité – la sécurité du couple, donc. Elle est bienveillante, calme et dévouée… Qui a dit d’un mortel ennui ? Le fait est qu’il n’y a quasiment aucun mythe la concernant. Homère l’ignore superbement. Quand Platon met en scène le cortège des Olympiens, dans Phèdre, il précise qu’Hestia n’en fait pas partie, car elle demeure en permanence sur l’Olympe. Comme l’âne qu’elle affectionne et la torche qui illumine la maison, ses attributs. Sa couleur est le blanc (comme pour Zeus et Héra) : on aurait de la peine à imaginer un autre choix.






























































Mais de quoi s’agit-il? D’un carré comportant cinq mots de cinq lettres et formant un palindrome parfait, c’est-à-dire une expression qui peut se lire dans tous les sens. La phrase latine ainsi formée est la suivante: SATOR AREPO TENET OPERA ROTAS. Totalement réversible, on peut le constater.










































Christophe Colomb découvre l’ananas lorsqu’il arrive en Guadeloupe en 1493. Ce fruit de la famille des broméliacées est originaire du Brésil (nana signifie «parfumé» en guarani), mais aussi du nord de l’Argentine et du Paraguay.
Les Portugais puis les Espagnols introduisent l’ananas le long des voies maritimes au XVIe siècle. Vers 1880, une culture industrielle d’ananas sous serres chauffées se développe en région parisienne, dans le nord de la France et en Belgique. C’est alors un fruit de luxe, concurrencé par l’ananas importé en boîte.
L’aubergine est originaire de l’Inde. Elle est cultivée en Mésopotamie antique, mais inconnue des Grecs et des Romains. Sa présence en Iran semble ancienne. C’est là que les Arabes la rencontrent avant de l’introduire en Méditerranée au IXe siècle.
Mais en Europe, elle attire la défiance depuis sa première mention vers 1280 par Albert le Grand dans son traité De vegetabilibus. Son nom italien, melongiane, signifie mala insana, c’est-à-dire «fruit malsain». A la même époque en France, l’aubergine est également nommée «pomme des fous». Trace de cette méfiance, sa consommation reste aujoud’hui bien inférieure dans nos régions qu’au Moyen-Orient.
L’arachide est une légumineuse originaire d’Amérique centrale et du Sud. Les plus anciens vestiges archéologiques connus de gousses d’arachide datent d’environ d’il y a 7600 ans. L’arachide était donc déjà cultivée en Amérique du Sud bien avant l’arrivée des conquistadors.
Les Aztèques du Mexique l’appelaient tlacacahualt, d’où le nom de cacahouète pour désigner le fruit. Il est fait état de l’arachide pour la première fois dans une chronique espagnole de 1569 à propos du Pérou où, par la suite, on a trouvé en grand nombre des pousses et des graines d’arachides dans les tombes précolombiennes.
Le cacaoyer est un arbre originaire de la région du Mexique et du Guatemala. Les Mayas et les Aztèques faisaient griller les fèves, les écrasaient et mélangeaient la poudre avec de l’eau bouillante assaisonnée de piment ou de musc et de miel, ou de farine de maïs. Ils buvaient ensuite le tchacahoua (en maya) ou le tchocoatl (en aztèque), réputé aphrodisiaque.
Les Espagnols européanisèrent cette boisson en remplaçant le piment par la vanille, le sucre et la crème. Il l’appelèrent chocolate. Cortez la rapporta en Espagne en 1527. A la fin du XVIe siècle, on en parlait déjà dans toute l’Europe.
La légende la plus répandue sur l’origine du café raconte qu’un berger d’Abyssinie (actuelle Éthiopie) a remarqué l’effet tonifiant de cet arbuste sur les chèvres qui en avaient consommé. Dès le Xe siècle, les paysans du sud-ouest de l’Éthiopie torréfiaient probablement les grains du café dans des braises et les broyaient en une bouillie.
Le café faisait originellement office d’épice aux vertus médicinales. Puis la diffusion du café se répand au Yémen, où il est exporté dans le monde arabe depuis le port de Moka. Sa popularité a très certainement profité de la prohibition de l’alcool par l’islam. Il est alors appelé K’hawah, qui signifie «revigorant». Le café arrive en Europe aux alentours de 1600 introduit par les marchands vénitiens.
La grande famille des cucurbitacées vient d’Amérique : la citrouille vient du Mexique et du Sud des Etats-Unis; le potiron, des régions tempérées d’Amérique du Sud; la courge musquée, du Nord-Ouest de la Colombie et du Mexique. La courgette est une variété récente: c’est une petite courge récoltée avant son plein développement (le mot apparaît en 1929).
La seule courge que connaît l’Europe antique est la gourde ou calebasse, originaire d’Asie méridionale. Apicius consacre un chapitre aux recettes de gourdes (Livre III, chapitre IV).
La dinde porte dans son nom français l’erreur de Christophe Colomb qui croyait avoir découvert une nouvelle route vers les Indes, alors qu’il mettait le pied sur un continent inconnu. En réalité, endémique d’Amérique du Nord, le Dindon sauvage fut le seul volatile domestiqué et élevé à l’époque précolombienne, de l’Oasisamérique (au nord-ouest de l’actuel Mexique et sud-ouest des actuels États-Unis) jusqu’au centre du Mexique.
Les Européens la connaissent par les premiers colons espagnols qui l’appelaient «poule d’Inde» et les missionnaires jésuites qui la ramenèrent vers 1500 en Europe où elle se diffusa rapidement.
Le haricot et tous ses dérivés est également un légume originaire d’Amérique centrale et du Sud. Il n’est cultivé en Europe qu’à partir du XVIe siècle en Italie et dans le Sud de la France.
Il s’adapte bien au climat européen, ce qui fait qu’on le croit souvent indigène. Le traditionnel cassoulet ne date donc pas de la guerre de cent ans, comme on le dit souvent, mais n’a que trois cents ans (ou moins).
Christophe Colomb découvre le maïs à Cuba en 1492. Le maïs est présent en Amérique depuis la préhistoire. On le trouve du Mexique aux Andes. Si on croit, en Europe, que le maïs est forcément jaune, les épis de maïs peuvent être en réalité bleus, rouges, blancs, noirs ou même multicolores.
C’est la nourriture de base des Amérindiens, en bouillie ou en galette (comme le blé, transformé en pain, est la nourriture de base des Européens).
L’oranger est originaire de Chine. On peut distinguer deux époque d’introduction de ce fruit en Europe. L’orange amère a été transmise par les Perses aux Arabes entre le XIe et le XIIIe siècle. Ce fruit fut implanté en Andalousie, Sicile et Pays valencien, d’où il se diffusa vers le reste de l’Europe.
Dans un second temps, à la fin du XVe siècle, les navigateurs portugais découvrirent l’orange douce en Chine et dans l’île de Ceylan (Sri Lanka actuel), et l’apportèrent en Europe ; son succès finit par évincer l’orange amère. Le citron, de même famille et origine, était probablement connu dès l’Antiquité et utilisé pour la conservation de la viande par l’acide.
Le piment vient d’Amérique latine (Mexique, Andes, Amazonie, Caraïbes) et a été découvert à Cuba par Christophe Colomb. Ce dernier l’a ramené en Espagne dès son premier voyage à la fin du XVe siècle. Des marins basques auraient fait partie de son équipage, ce qui expliquerait la culture d’un piment doux dans la région d’Espelette.
Le poivron est une autre variété de piment doux qui est cultivée en Europe du sud à partir du XVIIIe siècle.
L’histoire de la domestication de la pomme de terre commence il y a plus de 10’000 ans dans la zone côtière du sud-ouest de l’Amérique du Sud. Les chasseurs-cueilleurs du néolithique apprennent à traiter ses propriétés toxiques pour la consommer. Il y a 8000 ans, sur l’Altiplano andin dans la région du lac Titicaca, cette domestication aboutit à des pratiques rationnelles de culture et de conservation.
Au XVIe siècle, les Espagnols la ramènent en Europe. Elle se répand en Allemagne et en Suisse, mais les Français s’en méfient et la considèrent comme une nourriture pour les animaux. Jusqu’au jour où le savant Antoine Parmentier arrive, en 1778, à convaincre le tout Paris des vertus de la patate.
La tomate est originaire du Mexique et était consommée par les Indiens précolombiens sous forme de sauce au piment. Elle arrive en Europe au XVIe siècle via Naples, alors catalo-aragonaise. Puis remonte l’Italie vers Gênes avant d’arriver à Nice et en Provence.
Elle est d’abord considérée comme une plante médicinale et un peu toxique. On l’appelle alors «Pomme d’or» ou «Pomme d’amour». Elle restera pomodoro en italien. Il faut attendre la fin du XVIIIe siècle pour qu’elle soit reconnue comme un légume, et la révolution française pour que sa consommation se développe.
L’histoire de la vanille, fruit d’une orchidée tropicale parasite des arbres des jungles d’Amérique centrale, est associée à celle du chocolat. Les Aztèques, et auparavant les Mayas, agrémentaient de vanille une boisson épaisse à base de cacao. Ces peuples ne cultivaient cependant eux-mêmes ni le cacao, ni la vanille, en raison d’un climat inadapté. Ces denrées de luxe provenaient d’un commerce avec les régions voisines.
Ce sont les Totonaques, occupants des régions côtières du golfe du Mexique autour des actuelles villes de Veracruz et de Papantla, qui produisaient la vanille et en approvisionnaient l’empire aztèque. Les Espagnols découvrent la vanille au début du 































































Dirigeante cultivée et polyglotte, Cléopâtre était la seule de sa dynastie à parler l’égyptien. Pour préserver l’indépendance de son royaume face à Rome, elle s’allia successivement à Jules César puis à Marc Antoine, avec lesquels elle eut respectivement un et trois enfants. Après leur défaite face à Octave (futur Auguste) à la bataille d’Actium, elle choisit le suicide plutôt que l’humiliation. La légende rapporte qu’elle se fit mordre par un aspic.
Figure emblématique de la femme spartiate, Gorgô se distingua par son intelligence et son esprit vif dès son plus jeune âge. Hérodote rapporte qu’enfant, elle aurait conseillé à son père de ne pas se laisser corrompre par l’or du tyran Aristagoras de Milet qui cherchait le soutien militaire de Sparte. Célèbre est également sa réponse à une Athénienne qui lui demandait pourquoi les Spartiates étaient les seules femmes à pouvoir commander aux hommes : « Parce que nous sommes les seules à mettre au monde des hommes ».
À la tête de l’école néoplatonicienne d’Alexandrie, Hypatie y enseigna la philosophie, les mathématiques et l’astronomie. Elle reste, jusqu’à nos jours, la figure de l’excellence féminine dans les sciences. Celle de la tolérance aussi, puisque bien que non chrétienne, Hypatie ouvrit son école à tous. Elle devint également, hélas, la figure de l’intelligence persécutée par l’obscurantisme, lorsque des chrétiens exaltés, à une époque où leur religion prenait le pas sur les anciens cultes, la firent assassiner. Le film Agora (2009) du réalisateur Alejandro Amenábar rend hommage à cette femme exceptionnelle.
On ne sait pas grand-chose de l’unique fille de Jules César, si ce n’est qu’elle servit les intérêts de son père en scellant par le mariage son alliance avec Pompée le Grand. Femme réputée d’une grande beauté, elle aurait, dit-on, détourné un temps son mari, conquérant vieillissant, de la politique au profit de la vie domestique… Mais elle mourut jeune, sans descendance. L’entente entre César et Pompée ne lui survécut pas, mais c’est une autre histoire…
Elle entra dans l’histoire comme la première femme à remporter une victoire aux Jeux olympiques antiques, bien que les femmes n’aient pas été autorisées à y participer directement. Cynisca triompha dans l’épreuve prestigieuse de la course de chars à quatre chevaux, d’abord en 396 av. J.-C., puis une seconde fois en 392 av. J.-C. En tant que propriétaire des attelages, elle fut déclarée victorieuse, même si elle ne conduisait pas elle-même les chars.
C’était plutôt mal parti pour Livia, dont la famille s’était rangée dans le camp des perdants de la guerre qui suivit l’assassinat de Jules César ! Mais Livia cumulait visiblement une intelligence rare, une volonté sans faille et un sens de la stratégie hors du commun. Ces qualités la portèrent au sommet de l’empire, aux côtés du premier empereur, Auguste, dont elle fut l’appui et la confidente. Livia joua ainsi un rôle majeur dans les coulisses du pouvoir. Elle était régulièrement consultée dans le consilium principis, véritable cercle restreint d’intimes conseillers, et son influence se reflétait dans la politique et la propagande impériale.
Durant l’Antiquité, Sappho était une véritable star, connue urbi et orbi. Malheureusement, son œuvre poétique ne nous est parvenue que très partiellement. Seules quelques bribes ont survécu sur de rares fragments de papyrus. Sa réputation, elle, a traversé les âges : Sappho est connue pour avoir exprimé dans ses écrits son attirance pour les jeunes filles, d’où le terme « saphisme » pour désigner l’homosexualité féminine, tandis que le terme « lesbienne » est dérivé de Lesbos, l’île où elle a vécu.











































L’Odyssée
I)
II)
III)
IV) 
VI)
I)
II)
III)
I)
I)
II)
III)
IV) 
A éviter… ou à regarder pour se marrer avec un sacré sens du second degré!





























Nunc.ch: Quels objectifs vises-tu à travers la rédaction de ce cahier?
On a un peu l’impression que le cahier pourrait se décliner comme «une semaine à Pompéi». Juste ?













«Hé frérot, ça va? Tu peux me rapporter des volailles, du pain, des graines de lupin, des pois chiches, des haricots et du fenugrec, s’il te plaît?»






















































































































D’abord, son odeur forte a été utilisée dès l’Antiquité comme répulsif pour toute sorte d’animaux nuisibles. Palladius (5e siècle) recommandait d’utiliser la ruta pour protéger les pigeonniers, «en suspendant des branches en de nombreux endroits».
Un mystère à Pompéi










































ovembre 2022 – Visite à Genève de la direction du musée gallo-romain de Lyon-Lugdunum:
Le mulsum, vin de fête, de gloire et de guérison



















