L’Antiquité par les femmes

Les sociétés antiques étaient résolument patriarcales et laissaient peu de place aux femmes en dehors de la sphère domestique. Pourtant, certaines d’entre elles ont su briser ce cadre et s’illustrer dans des domaines variés, comme les sciences, la philosophie, la poésie, le sport, la politique ou la stratégie. Elles ont laissé une empreinte durable dans l’histoire et leur renommée perdure encore aujourd’hui, bien que nous les connaissions bien souvent que par des récits écrits et interprétés par des hommes.

Artémise

Artemisia

Artémise 1ère (Ἀρτεμισία), reine guerrière du 5e siècle avant notre ère, fascina et horrifia les Grecs de son temps.

Elle régna sur l’ancienne cité d’Halicarnasse en Carie (l’actuelle Bodrum turque). Grecque de culture, sa cité dépendait cependant de l’empire perse. La reine participa activement aux projets de conquêtes de Xerxès 1er. À la tête d’une flotte, elle combattit contre les Grecs à la bataille de Salamine avec un courage et une pugnacité soulignés par Hérodote, historien du camp adverse mais originaire de la même cité qu’elle.

Quelques dizaines d’années plus tard, pour le poète Aristophane, la figure d’Artémise représentait ce qui pourrait arriver de pire aux hommes: des femmes émancipées, capables de construire des navires et d’attaquer. Une sorte d’Amazone des mers, aussi fascinante qu’inconcevable et effrayante pour les Grecs.

Pour en savoir plus : article Wikipédia Artémise 1ère

Aspasie

Aspasia

Aspasie (Ἀσπασία, v. 470–400 avant notre ère) était une femme de lettres et de pensée originaire de Milet, compagne de Périclès et figure intellectuelle majeure de l’Athènes du 5e siècle avant notre ère.

Étrangère à Athènes – et donc métèque, statut intermédiaire entre citoyen et étranger –, Aspasie n’était pas soumise aux règles qui cantonnaient les femmes athéniennes à la sphère domestique. Elle a pu ainsi prendre part aux débats philosophiques et politiques de son temps, fréquenter Socrate, Sophocle et Phidias, et exercer une influence notable sur la vie publique athénienne. Platon, Xénophon et Aristophane l’ont tous mentionnée dans leurs écrits.

Certaines sources antiques l’ont présentée comme hétaïre – courtisane de haut rang –, mais les historiens modernes traitent cette accusation avec prudence: dénoncer les mœurs d’un adversaire ou de son entourage était alors un procédé rhétorique courant pour discréditer les puissants. Ce qui est certain, c’est qu’Aspasie a incarné, de façon exceptionnelle pour une femme de son époque, la liberté de pensée et la participation à la vie intellectuelle de la cité.

Pour en savoir plus: article Wikipédia Aspasie

Boudicca

Boudicca

Boadicée (Boudicca pour l’historien romain Tacite), née vers 30 et morte en 61 de notre ère, était la reine d’un peuple celte de l’actuelle Grande-Bretagne qui se souleva contre les Romains.

Boudicca est une figure légendaire du courage et de la révolte. Pour venger les humiliations et les atrocités infligées à sa famille et son peuple, elle prit les armes contre les Romains vers l’an 60. Après quelques victoires (accompagnées d’atrocités en retour, car à l’époque, on ne faisait pas dans la dentelle), les Romains reprirent le dessus. La bataille finale fut sans appel: quelque 80’000 pertes dans le camp de Boadicée pour 400 chez leurs ennemis.

La cheffe de guerre ne survécut pas longtemps à cette déroute, bien que la raison exacte de sa mort demeure incertaine. En écrivant sa saga Le Trône de Fer, George R. R. Martin s’est inspiré de Boadicée pour le personnage de Daenerys Targaryen.

Pour en savoir plus : article Wikipédia Boadicée

Cléopâtre VII

Cléopâtre VII

Cléopâtre VII (69-30 avant notre ère) fut la dernière souveraine de la dynastie ptolémaïque d’Égypte.

Dirigeante cultivée et polyglotte, Cléopâtre était la seule de sa dynastie à parler l’égyptien. Pour préserver l’indépendance de son royaume face à Rome, elle s’allia successivement à Jules César puis à Marc Antoine, avec lesquels elle eut respectivement un et trois enfants. Après leur défaite face à Octave (futur Auguste) à la bataille d’Actium, elle choisit le suicide plutôt que l’humiliation. La légende rapporte qu’elle se fit mordre par un aspic.

Souvent réduite à l’image d’une séductrice, Cléopâtre était avant tout une stratège politique brillante et une intellectuelle. Sa mort marqua la fin de l’Égypte pharaonique indépendante, qui devint alors une province romaine.

Pour en savoir plus : article Wikipédia Cléopâtre VII

Enheduana

Enheduana

Enheduana (23e siècle avant notre ère) a été grande prêtresse de la cité d’Ur et poétesse de langue sumérienne – et la première autrice de l’histoire dont le nom et une part significative de l’œuvre nous soient parvenus.

Fille du roi Sargon d’Akkad, fondateur du premier grand empire mésopotamien, elle a été installée par son père comme grande prêtresse du dieu-lune Nanna à Ur, charge la plus élevée de la hiérarchie du clergé sumérien. Cette nomination avait aussi une visée politique claire: consolider le pouvoir akkadien sur les cités de Sumer nouvellement conquises.

La tradition mésopotamienne lui a attribué au moins trois hymnes, dont deux en l’honneur de la déesse Inanna. Bien que les spécialistes débattent encore de l’attribution précise de ces textes, il est généralement admis qu’elle en est l’auteure. Son nom signifie en sumérien «la grande prêtresse est l’ornement du Ciel». Un disque en albâtre la représentant, retrouvé à Ur, constitue l’un des témoignages matériels les plus directs sur sa vie.

Pour en savoir plus: article Wikipédia Enheduana

Gorgô

Gorgô

Gorgô (en grec ancien Γοργώ), née vers 506 avant notre ère, était une princesse et reine de Sparte, fille du roi Cléomène Ier et épouse du célèbre roi Léonidas Ier.

Figure emblématique de la femme spartiate, Gorgô se distingua par son intelligence et son esprit vif dès son plus jeune âge. Hérodote rapporte qu’enfant, elle aurait conseillé à son père de ne pas se laisser corrompre par l’or du tyran Aristagoras de Milet qui cherchait le soutien militaire de Sparte. Célèbre est également sa réponse à une Athénienne qui lui demandait pourquoi les Spartiates étaient les seules femmes à pouvoir commander aux hommes: «Parce que nous sommes les seules à mettre au monde des hommes».

Après la mort glorieuse de son époux aux Thermopyles en 480 avant notre ère, elle aurait été la seule capable de déchiffrer un message secret avertissant les Grecs de l’invasion imminente de Xerxès. Contrairement aux femmes d’autres cités grecques, Gorgô bénéficiait, comme toutes les Spartiates, d’une éducation complète et jouissait d’une liberté remarquable dans la société.

Pour en savoir plus : article Wikipédia Gorgô

Hatchepsout

Hatchepsout

Hatchepsout (v. 1508–1458 avant notre ère) fut l’une des rares femmes à avoir régné en tant que pharaon d’Égypte, cinquième souveraine de la 18e dynastie.

Fille du pharaon Thoutmôsis Ier et épouse de Thoutmôsis II, Hatchepsout accéda au pouvoir comme régente de son beau-fils Thoutmôsis III, encore enfant. Mais loin de se cantonner à ce rôle transitoire, elle s’imposa comme pharaon à part entière, arborant la double couronne et le pschent, et se faisant représenter avec la barbe postiche réservée aux rois. Son règne, d’environ vingt ans, fut marqué par la prospérité, de grands chantiers architecturaux –dont le splendide temple funéraire de Deir el-Bahari– et d’ambitieuses expéditions commerciales vers le pays de Pount.

L’égyptologue James Henry Breasted la qualifiait de «première grande femme dont l’histoire ait gardé le nom». Après sa mort, ses successeurs tentèrent d’effacer méthodiquement son souvenir en martelant ses représentations et ses cartouches, sans toutefois y parvenir totalement.

Pour en savoir plus : article Wikipédia Hatchepsout

Hypatie

Hypatia

Hypatie (Ὑπατία), née entre 355 et 370 et décédée en 415, était une philosophe néoplatonicienne, astronome et mathématicienne grecque d’Alexandrie.

À la tête de l’école néoplatonicienne d’Alexandrie, Hypatie y enseigna la philosophie, les mathématiques et l’astronomie. Elle reste, jusqu’à nos jours, la figure de l’excellence féminine dans les sciences. Celle de la tolérance aussi, puisque bien que non chrétienne, Hypatie ouvrit son école à tous. Elle devint également, hélas, la figure de l’intelligence persécutée par l’obscurantisme, lorsque des chrétiens exaltés, à une époque où leur religion prenait le pas sur les anciens cultes, la firent assassiner. Le film Agora (2009) du réalisateur Alejandro Amenábar rend hommage à cette femme exceptionnelle.

Pour en savoir plus : article Wikipédia Hypathie

Julia Caesaris

Julia

Julia Caesaris (v. 83–54 avant notre ère) était la fille de Jules César et l’épouse de Pompée.

On ne sait pas grand-chose de l’unique fille de Jules César, si ce n’est qu’elle servit les intérêts de son père en scellant par le mariage son alliance avec Pompée le Grand. Femme réputée d’une grande beauté, elle aurait, dit-on, détourné un temps son mari, conquérant vieillissant, de la politique au profit de la vie domestique… Mais elle mourut jeune, sans descendance. L’entente entre César et Pompée ne lui survécut pas, mais c’est une autre histoire…

Pour en savoir plus : article Wikipédia Julia (fille de Jules César)

Kynisca

Kynisca

Kynisca ou Cynisca (en grec ancien Κυνίσκα), née vers 440 avant notre ère et morte au 4e siècle avant notre ère, était une princesse spartiate, fille du roi Archidamos II et sœur du roi Agésilas II.

Elle entra dans l’histoire comme la première femme à remporter une victoire aux Jeux olympiques antiques, bien que les femmes n’aient pas été autorisées à y participer directement. Cynisca triompha dans l’épreuve prestigieuse de la course de chars à quatre chevaux, d’abord en 396 avant notre ère, puis une seconde fois en 392 avant notre ère. En tant que propriétaire des attelages, elle fut déclarée victorieuse, même si elle ne conduisait pas elle-même les chars.

Selon Plutarque, ce serait son frère Agésilas qui l’aurait encouragée dans cette entreprise. Cynisca fit ériger à Sparte une statue commémorant ses victoires, et son nom fut inscrit sur un monument à Olympie, fait exceptionnel pour une femme à cette époque.

Pour en savoir plus : article Wikipédia Cynisca

Livia

Livia

Livia Drusilla, née en 58 avant notre ère et décédée en 29, fut la troisième épouse de l’empereur Auguste et la mère de l’empereur Tibère.

C’était plutôt mal parti pour Livia, dont la famille s’était rangée dans le camp des perdants de la guerre qui suivit l’assassinat de Jules César! Mais Livia cumulait visiblement une intelligence rare, une volonté sans faille et un sens de la stratégie hors du commun. Ces qualités la portèrent au sommet de l’empire, aux côtés du premier empereur, Auguste, dont elle fut l’appui et la confidente. Livia joua ainsi un rôle majeur dans les coulisses du pouvoir. Elle était régulièrement consultée dans le consilium principis, véritable cercle restreint d’intimes conseillers, et son influence se reflétait dans la politique et la propagande impériale.

La série télévisée Domina (Sky, 2021) retrace la vie de cette femme exceptionnelle.

Pour en savoir plus : article Wikipédia Livie

Olympias

Olympias

Olympias (en grec ancien Ὀλυμπιάς), née vers 375 avant notre ère et morte en 316, était une princesse d’Épire et la mère d’Alexandre le Grand.

À la fois personnage historique et figure de légende, Olympias passait pour une femme intelligente, courageuse, colérique et jalouse. On raconte qu’elle n’aurait pas conçu Alexandre avec son époux Philippe II, roi de Macédoine, mais avec Zeus lui-même. Une version assez arrangeante pour le futur grand roi conquérant, lequel ne s’est pas privé de mettre en avant sa prétendue filiation divine.

Très présente dans les affaires politiques, mère aimante pour les uns, plutôt guidée par une ambition démesurée pour les autres, elle dormait, selon certains, avec des serpents… Bref, un personnage haut en couleurs, dont l’image a été formatée pour renforcer celle d’Alexandre à travers les âges.

Pour en savoir plus : article Wikipédia Olympias

Sappho

Sappho

Sappho (en grec ancien Σαπφώ) était une poétesse grecque de l’Antiquité qui vécut aux 7e et 6e siècles avant notre ère, à Mytilène sur l’île de Lesbos.

Durant l’Antiquité, Sappho était une véritable star, connue urbi et orbi. Malheureusement, son œuvre poétique ne nous est parvenue que très partiellement. Seules quelques bribes ont survécu sur de rares fragments de papyrus. Sa réputation, elle, a traversé les âges : Sappho est connue pour avoir exprimé dans ses écrits son attirance pour les jeunes filles, d’où le terme « saphisme » pour désigner l’homosexualité féminine, tandis que le terme « lesbienne » est dérivé de Lesbos, l’île où elle a vécu.

Pour en savoir plus : article Wikipédia Sappho

Sémiramis

Semiramis

Sémiramis (Σεμίραμις) est une reine légendaire de Babylone, figure mythique de la Mésopotamie antique dont le récit mêle histoire et légende, et que les Anciens ont tenue pour l’une des plus grandes souveraines de l’Orient.

Selon la tradition rapportée par Diodore de Sicile – qui s’appuie sur l’historien Ctésias de Cnide –, Sémiramis est née de l’union d’une déesse et d’un mortel, puis abandonnée à sa naissance et élevée par des colombes avant d’être recueillie par des bergers. Devenue reine après avoir conseillé avec génie les campagnes militaires de son premier époux, elle a épousé le roi Ninos de Ninive, pris le pouvoir à sa mort et conduit de nombreuses conquêtes victorieuses. On lui a attribué la construction de Babylone et de ses célèbres murailles.

Son personnage est vraisemblablement construit autour de deux reines assyriennes historiques: Sammuramat et Zakoutu, qui ont réellement exercé le pouvoir aux 9e et 7e siècles avant notre ère. Hérodote la citait déjà comme l’une des deux plus grandes reines de Babylone. Figure à la fois guerrière, bâtisseuse et quasi divine, Sémiramis a traversé les âges comme le symbole de la femme régnante dans un monde dominé par les hommes.

Pour en savoir plus: article Wikipédia Sémiramis

Théodora

Theodora

Théodora (Θεοδώρα, v. 500–548) a été impératrice byzantine et co-régente de l’Empire avec son époux Justinien 1er – l’une des femmes les plus puissantes de l’histoire byzantine.

Son ascension tient du prodige: fille d’un dresseur d’ours de l’hippodrome de Constantinople et ancienne danseuse, elle a conquis l’estime puis l’amour de Justinien, qui l’a épousée et associée pleinement au pouvoir. Leur règne conjoint, de 527 à 548, a été une période de transformations majeures pour l’Empire byzantin. Théodora a exercé une influence décisive sur les réformes législatives de Justinien, notamment en faveur des droits des femmes. En 532, lors de la révolte Nika qui menaçait de renverser l’empereur, elle l’aurait dissuadé de fuir – lui sauvant ainsi son trône.

Habile et impitoyable, elle s’est appuyée sur un vaste réseau de relations politiques pour gouverner. Les sources à son sujet sont contradictoires: son contemporain Procope de Césarée l’a tour à tour encensée de son vivant et vilipendée après sa mort dans son Histoire secrète. Elle et Justinien sont représentés sur les célèbres mosaïques de la basilique Saint-Vital de Ravenne, témoignage éclatant de son rang impérial.

Pour en savoir plus: article Wikipédia Théodora


D’autres femmes célèbres de l’Antiquité

Il faudrait bien sûr citer également Hipparchia, Cléopâtre Séléné II, Septimia Bathzabbai Zénobie et beaucoup d’autres encore…

Voir:


D’autres articles du blog de l’association Nunc est bibendum

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