
Pendant des siècles, la question de savoir de quoi serait fait un vêtement romain n’a pas véritablement lieu d’être posée: c’est de la laine, produite sur place, tissée à la maison, portée sans façon. Ce n’est qu’avec l’extension progressive du commerce méditerranéen, puis des conquêtes en Orient, que d’autres matières s’imposent – le lin, le coton, et enfin la soie –, chacune apportant avec elle non seulement de nouvelles sensations sur la peau, mais de nouveaux débats sur ce qu’un Romain digne de ce nom est en droit de porter.
La première matière est aussi la plus ancienne. La laine – lana en latin – domine sans partage depuis les origines jusqu’à la fin de l’Empire, et pour cause: l’élevage ovin est partout en Italie centrale. Mais il serait naïf de croire que «laine» désigne une matière uniforme. On distingue soigneusement la brebis à toison fine, gardée à l’étable et protégée sous un vêtement de tissu – la ovis tecta, littéralement la brebis «habillée» –, de sa sœur ordinaire qui broute dehors sans égard pour la qualité de sa toison[1]. Les espèces les plus prisées viennent d’Apulie, de Calabre, de Tarente et de Canusium; Columelle y ajoute la laine de Milet, que nos ancêtres, dit-il, tenaient parmi les meilleures, et Pline signale qu’aucune laine blanche ne surpasse celle de la plaine du Pô[2].
Les couleurs naturelles de la laine jouent déjà un rôle de marqueur social avant même la teinture. La laine blanche ou noire est la plus recherchée. La brune de Canusium, en Apulie, est si caractéristique que Columelle la présente comme ayant «sa valeur naturelle» à côté du blanc et du brun ordinaire[3]. Pline la qualifie de fulva – fauve, entre le miel et l’ocre –, Martial de rufa (rousse), deux regards sur une même teinte chaude caractéristique[4]. Quant à la finesse de l’ouvrage, Martial encore note que les épaisses tuniques de Padoue en «triple sergé» sont si robustes qu’elles «ne peuvent être coupées qu’à la scie»[5], à l’opposé exact des transparences orientales que nous verrons plus loin.
La laine, enfin, accepte bien la teinture: il faut une livre de matière colorante pour teindre une livre de laine, et pour les teintes vives, plusieurs bains successifs. C’est cher, donc c’est chic. Les vêtements non teints, de nuances naturelles – noirs, bruns, gris, crème –, sont le lot des pauvres et des gens en deuil.
Le lin se teint mal
Très tôt après la laine apparaît le lin. En Italie, il est cultivé notamment dans la région d’Alia entre le Pô et le Tessin, et à Cumes en Campanie; les Gaulois en tissent aussi des voiles en grande quantité [6]. À Rome, la toile sert d’abord pour les vêtements de dessous; les femmes l’adoptent assez tôt pour leurs vêtements de sortie, à la place de la laine.
L’usage du lin fin ne se répand vraiment qu’avec le développement du commerce méditerranéen. C’est à l’époque de Cicéron que se généralise le mouchoir de toile fine que les spectateurs agitent au cirque plutôt que d’applaudir – petit geste qui dit beaucoup sur la diffusion du raffinement dans la vie quotidienne [7]. Pline distingue soigneusement deux toiles fines d’importation: le carbasus, lin d’une finesse remarquable d’abord trouvé en Espagne près de Tarragone [8], et le byssus, la toile la plus précieuse de toutes, qu’il situe autour d’Élis en Achaïe et dont il fait «la délectation des femmes» [9].
Contrairement à la laine, le lin se teint fort mal avec les colorants disponibles aux Romains. On le laisse donc généralement blanc ou blanchi. D’où une conséquence pratique pour l’interprétation des images antiques: un vêtement blanc sur une fresque peut être aussi bien de laine que de lin, mais un vêtement de couleur est presque certainement de laine[10]. Le lin a par ailleurs un défaut de taille: il se froisse très facilement, et les sources restent silencieuses sur la façon dont les Romains y remédient.
La grande popularité du lin dans la Rome d’époque classique est aussi documentée par des papyrus d’Égypte: des contrats d’apprentissage chez des tisserands, des testaments, des inventaires de dots comprennent méthodiquement des vêtements de lin parmi les biens légués.
L’Orient dans la garde-robe
Le coton est connu à Rome dès le début du 2e siècle avant notre ère. Ce sont probablement les guerres d’Asie qui en ont permis l’importation[11]. Il vient de l’Inde. Hérodote en était déjà conscient, mais croyait qu’il poussait sur des arbres; ce sont les soldats macédoniens qui, selon Strabon, l’ont rencontré les premiers[12]. Malgré son avantage sur le lin pour la teinture, le coton reste peu utilisé pour l’habillement à Rome; Pline indique que les vêtements de coton sont surtout portés par les prêtres égyptiens[13]. En revanche, mélangé au lin, il inspire des consommations ostentatoires: des voiles de navires et des auvents de théâtre aux couleurs vives, dont Jules César aurait tendu le Forum lors de ses jeux.
La soie est une tout autre affaire. La tradition veut qu’elle soit arrivée à Rome par le biais des campagnes contre les Parthes, et elle va déchaîner des passions que ni les censeurs, ni les empereurs ne parviendront tout à fait à calmer. La provenance en est triple, mais selon des temporalités différentes. La soie de Cos (île grecque dans le sud-est de la mer Égée) est la plus ancienne: tirée d’un bombyx sauvage local, sa production remonte au 3e siècle avant notre ère. C’est une femme de l’île, Pamphile, fille de Platée, qui aurait la première dévidé ces fils pour en faire du tissu. Pline lui reconnaît «la gloire d’avoir imaginé le moyen de dénuder les femmes par le vêtement»[14] – formule qui résume assez bien ce que les moralistes reprochent à ces transparences. Sa vogue culmine puis décline rapidement sous Auguste. Vient ensuite la soie d’Assyrie, très réputée pour sa finesse et sa transparence, de teinte jaune; et celle de Chine, très blanche, importée par la route de l’Est hellénistique. Les poètes de cette génération – Tibulle, Properce, Horace, Ovide – multiplient les allusions aux étoffes orientales: Ovide conseille au séducteur de louer les étoffes de Cos de sa maîtresse si elle en porte, tandis que Martial emploie directement le terme bombycina pour désigner ces étoffes de soie[15].
La soie chinoise sert plutôt de matière première: on la mélange au lin et au coton pour produire des tissus de demi-soie, légers comme une gaze, teints de nombreuses couleurs. Au 1er siècle de notre ère, non seulement les femmes mais aussi «les hommes efféminés» portent des robes d’un tel tissu. Le Sénat décrète, sous Tibère, que le vêtement de soie «ne souillera plus les hommes»[16] – décret que Tibère lui-même s’empresse de relativiser en déclarant que «ce n’est pas le moment d’une censure». Son successeur Caligula se montre en public sericatus (vêtu de soie) parmi d’autres extravagances vestimentaires que Suétone énumère avec une visible réprobation[17]. On ne s’étonnera pas que le sénatus-consulte de Tibère n’ait guère été suivi d’effet.
La soie pure coûte, à la fin du 3e siècle, son poids en or. L’empereur Aurélien n’en possède pas. Quand sa femme lui demande un seul manteau de soie pourpre, il répond: «qu’on n’aille pas peser des fils avec de l’or»[18]. Rome ne produira jamais elle-même de la soie: le secret de l’élevage du ver à soie reste jalousement gardé par les Sères (les Chinois), et il faudra attendre l’empereur Justinien au 6e siècle pour que les premiers élevages apparaissent à Byzance.

Feutres, cuirs et fourrures
La laine peut aussi être travaillée en feutre,technique bien antérieure au filage et au tissage. Chaude et imperméable, elle sert d’abord pour les chapeaux et les chaussures. Pline note que les gausapae (capes à long poil) sont apparues du temps de son père, et les amphimallia (capes à poil sur les deux faces) de son temps propre[19].
Quant aux fourrures, la République les ignore presque entièrement pour l’habillement. Sous l’Empire, les pelleteries fines se répandent peu à peu – peaux de bœufs, chèvres, moutons, cerfs, ours, loups, renards, mais aussi de léopards et de lions, selon le répertoire dressé par l’Édit de Dioclétien à la fin du 3e siècle[20]. Les robes de fourrure proprement dites n’arrivent à Rome qu’au 5e siècle avec les invasions germaniques – et sont aussitôt interdites en 416. Le climat italien se prêtait décidément mal à ce type d’apparat.
Tisser la hiérarchie
Ce qui frappe, à suivre cette évolution sur plusieurs siècles, c’est que les matières ne sont jamais innocentes. La laine blanche ou la laine colorée, la toile de lin fine ou grossière, la soie d’Assyrie ou le demi-soie mélangé – chaque choix parle un langage social que tout Romain sait lire instantanément. Columelle se plaint que les femmes de son temps «ne daignent même pas se charger de la surveillance de la fabrication de la laine» et ne se satisfont plus que «de vêtements achetés pour de grandes sommes et presque au prix de toute leur fortune»[21]. On a d’un côté les matrones qui filent symboliquement leur laine, vertu domestique millénaire; de l’autre, les marchands qui rapportent d’Orient des étoffes que personne n’a encore vues.
La nouveauté en matière textile est toujours un peu suspecte. C’est aussi ce qui la rend irrésistible. Plaute, au 2e siècle avant notre ère, met dans la bouche de l’esclave Epidicus une liste vertigineuse des tuniques à la mode: la légère, la serrée, le petit linge bleu-gris, celle «à bordure dorée», la safranée, la rougeâtre, le voile, la «royale», l’«étrangère», la bleu de mer, celle à duvet, la brun-noix, la couleur cire[22] – avant d’ajouter que «ce sont tous ces noms qui contraignent les hommes à faire des ventes aux enchères».
Études modernes utilisées
- Judith Lynn Sebesta, «The Colors and Textiles of Roman Costume», in J. L. Sebesta & L. Bonfante (éd.), The World of Roman Costume, Madison, University of Wisconsin Press, 2001.
- Jean-Noël Robert, Les Romains et la mode, Paris, Les Belles Lettres, 2011.
- Alexandra Croom, Roman Clothing and Fashion, Amberley, 2012.
[1] Pline l’Ancien, Naturalis historia, VIII, 190: Ovium summa genera duo, tectum et colonicum, illud mollius – «Il y a deux grandes catégories de brebis: la brebis couverte et la brebis ordinaire, la première plus moelleuse [dans sa laine].»
[2] Columelle, De re rustica, VII, 2, 3: Generis eximii Calabras Apulasque et Milesias nostri existimabant earumque optimas Tarentinas – «Nos ancêtres estimaient les meilleures races celles de Calabre, d’Apulie et de Milet, et parmi elles les Tarentines comme les meilleures»; Pline l’Ancien, Naturalis historia, VIII, 190: circa Tarentum Canusiumque summam nobilitatem habent … alba Circumpadanis nulla praefertur; Varron, De re rustica, II, 2, 18 (races ovines d’Apulie). Cf. aussi Varron, II, 1, 4: ad corpus vestitum et pelles adtulerunt – «[les brebis] ont fourni vêtements et peaux pour le corps».
[3] Columelle, De re rustica, VII, 2, 4: Color albus cum sit optimus, tum etiam est utilissimus … sunt etiam suapte natura pretio commendabiles pullus atque fuscus – «la couleur blanche est non seulement la meilleure, mais aussi la plus utile … le brun et le fauve ont aussi leur valeur naturelle». La qualification de la laine de Canusium comme «pourpre du pauvre» est transmise par Sebesta qui renvoie à Columelle et à Cicéron, Pro Rabirio Postumo, 40. Ce dernier passage décrit pourtant les marchandises égyptiennes de Rabirius Postumus – chartis et linteis et vitro (papyrus, lin et verre), dites fallaces et fucosae — sans mentionner la laine de Canusium. Si Cicéron a bien formulé cette remarque, c’est dans un autre passage non identifié.
[4] Martial, Épigrammes, XIV, 129: Canusinae rufae / Roma magis fuscis vestitur, Gallia rufis, / Et placet hic pueris militibusque colos – «Les [laines] de Canusium sont rousses; Rome se vêt plutôt de brun foncé, la Gaule de roux, et cette couleur plaît aux enfants et aux soldats.» Pline l’Ancien, Naturalis historia, VIII, 191: Canusium fulvi – le même tissu vu comme fulvus (fauve) chez Pline, rufus (roux) chez Martial, deux termes pour une même teinte chaude.
[5] Martial, Épigrammes, XIV, 143 (Tunicae Patavinae): Vellera consumunt Patavinae multa trilices, / Et pingues tunicas serra secare potest – «Les [étoffes] de Padoue en triple sergé consomment beaucoup de toisons, et une scie peut couper leurs tuniques épaisses.»
[6] Pline l’Ancien, Naturalis historia, XIX, 8-9: Galliae universae vela texunt – «toutes les Gaules tissent des voiles»; pour l’Italie: Aliana inter Padum Ticinumque amnes et Cumano in Campania (§ 10).
[7] Pline l’Ancien, Naturalis historia, XIX, 9-13: classement des lins d’Europe par qualité (Saetabi en premier, puis la région d’Alia, Faventina, Retovina), et lin des Paeligniens pour les foulons.
[8] Pline l’Ancien, Naturalis historia, XIX, 10: tenuitas mira ibi primum carbasis repertis – «c’est là qu’ont été inventés les carbasa d’une finesse remarquable», à propos de Tarragone en Espagne. Carbasus désigne en latin une espèce de lin très fin (Gaffiot), terme générique attesté chez Virgile, Properce et Ovide pour des vêtements, des voiles et des auvents; Tarragone aurait inventé une forme d’une finesse particulière.
[9] Pline l’Ancien, Naturalis historia, XIX, 20: proximus byssino, mulierum maxime deliciis circa Elim in Achaia genito – «vient ensuite le byssus, délicat plaisir des femmes surtout, qui naît autour d’Élis en Achaïe».
[10] Pline l’Ancien, Naturalis historia, XIX, 13: nullum est candidius lanaeve similius – «rien de plus blanc ni de plus semblable à la laine» (à propos du lin des Paeligniens); et § 9: candore Alianis semper crudis Faventina praeferuntur – «pour la blancheur, les [lins] de Faventina sont préférés aux [lins] d’Alia, toujours écrus».
[11] Pline l’Ancien, Naturalis historia, XIX, 14 (importation du coton à Rome; cf. note 13 pour le même passage sur les usages égyptiens).
[12] Hérodote, Histoires, III, 106 (arbres à laine de l’Inde); Pline l’Ancien, Naturalis historia, XIX, 14: gignit fruticem, quem aliqui gossypion vocant, plures xylon – «[l’Égypte haute] produit un arbuste que certains appellent gossypion, la plupart xylon» ; Strabon, Géographie, XV, 1 (les soldats macédoniens et le coton en Inde).
[13] Pline l’Ancien, Naturalis historia, XIX, 14 (le gossypion/coton, usages en Égypte).
[14] Aristote, Historia animalium, V, 19 (le bombyx de Cos); Pline l’Ancien, Naturalis historia, XI, 76-78: prima eas redordiri rursusque texere invenit in Coo mulier Pamphile, Plateae filia, non fraudanda gloria excogitatae rationis, ut denudet feminas vestis – «la première à dévider [ces fils] et à les retisser fut, à Cos, une femme nommée Pamphile, fille de Platée; il ne faudrait pas lui refuser la gloire d’avoir imaginé le moyen de dénuder les femmes par le vêtement». Et au § 78: nec puduit has vestes usurpare etiam viros levitatem propter aestivam … Assyria tamen bombyce adhuc feminis cedimus – «les hommes n’ont pas rougi de porter ces vêtements pour leur légèreté estivale … pour la soie d’Assyrie, nous cédons encore aux femmes». — Les chapitres de Florus consacrés aux guerres parthes (II, XIX-XX, ancienne numérotation III, 11) ne contiennent aucune mention de la soie; la référence parfois citée à cet endroit est inexacte.
[15] Ovide, Art d’aimer, II, 297-299: Sive erit in Tyriis, Tyrios laudabis amictus: / Sive erit in Cois, Coa decere puta – «Si elle est en pourpre de Tyr, louez ses vêtements tyriens; si elle est en [étoffes] de Cos, estimez que les [étoffes] de Cos lui vont bien» — conseil de séduction qui mentionne les Coa (étoffes de Cos) sans employer explicitement le terme serica. Martial emploie bombycina en XIV, 24: Splendida ne madidi violent bombycina crines – «Pour que les cheveux mouillés ne froissent les étoffes brillantes de soie». Voir aussi Tibulle, II, 3, 53; II, 4, 29; Properce, I, 2, 2; II, 1, 5.
[16] Tacite, Annales, II, 33: decretumque ne vasa auro solida ministrandis cibis fierent, ne vestis serica viros foedaret – «on décréta qu’on ne ferait plus de vaisselle d’or massif pour servir les repas, et que le vêtement de soie ne souillerait plus les hommes». Le sénatus-consulte, proposé par Q. Haterius et Octavius Fronto, est aussitôt débattu: Gallus Asinius y répond que la richesse privée a crû avec l’Empire, que ce n’est pas chose nouvelle, et que le superflu se mesure à la fortune de chacun. Tibère conclut que ce n’est pas le moment d’une censure.
[17] Suétone, Vie de Caligula, 52, 2: aliquando sericatus et cycladatus — «parfois vêtu de soie et d’une robe à volants circulaires». Suétone précise que Caligula n’utilisait jamais un vêtement conforme aux usages de sa patrie, ni civil, ni même viril, ni même humain (neque patrio neque civili, ac ne virili quidem ac denique humano).
[18] Historia Augusta, Aurelianus, 45, 4-5: vestem holosericam neque ipse in vestiario suo habuit neque alteri utendam dedit. et cum ab eo uxor sua peteret, ut unico pallio blatteo serico uteretur, ille respondit: « Absit ut auro fila pensentur. » libra enim auri tunc libra serici fuit – «il n’avait pas lui-même de vêtement entièrement de soie dans sa garde-robe et n’en donnait à personne à porter. Et comme sa femme lui demandait de porter un seul manteau de soie pourpre, il répondit: « Qu’on n’aille pas peser des fils avec de l’or. » Car une livre d’or valait alors une livre de soie.»
[19] Pline l’Ancien, Naturalis historia, VIII, 193: gausapae patris mei memoria coepere, amphimallia nostra sicut villosa etiam ventralia. nam tunica lati clavi in modum gausapae texi nunc primum incipit – «les gausapae [capes à poil long] ont commencé du temps de mon père; les amphimallia [à poil des deux côtés] de notre temps, ainsi que les ceintures veloutées. Et la tunique à large bande se tisse pour la première fois en style gausapa.»
[20] Édit de Dioclétien (301 apr. J.-C.), section sur les peaux et cuirs.
[21] Columelle, De re rustica, XII, préface, 9: cum pleraeque sic luxu et inertia diffluant, ut ne lanificii quidem curam suscipere dignentur, sed domi confectae vestes fastidio sint, perversaque cupidine maxime placeant, quae grandi pecunia et paene totis censibus redimuntur – «la plupart se laissent aller à un tel luxe et à une telle paresse qu’elles ne daignent même pas surveiller la fabrication de la laine; les vêtements faits à la maison leur sont en dégoût, et leur désir perverti les porte à préférer ceux qu’on achète pour de grandes sommes et presque au prix de toute leur fortune».
[22] Plaute, Epidicus, 222-235: Quid erat induta? an regillam induculam an mendiculam? / Inpluviatam, ut istaec faciunt vestimentis nomina (v. 222-224) — «Que portait-elle? Une « impluvium » – c’est ainsi qu’elles donnent des noms à leurs vêtements»; puis (v. 229-235): tunicam rallam, tunicam spissam, linteolum caesicium, / indusiatam, patagiatam, caltulam aut crocotulam, / subparum aut subnimium, ricam, basilicum aut exoticum, / cumatile aut plumatile, carinum aut cerinum — gerrae maxumae. / cani quoque etiam ademptumst nomen. [PER.] Qui? [EP.] Vocant Laconicum. / haec vocabula auctiones subigunt ut faciant viros — «une tunique légère, une tunique serrée, un petit linge bleu-gris, une « à sous-vêtement », une « à bordure dorée », une safranée ou une rougeâtre, une très légère, un voile, une « royale » ou une « étrangère », une bleu de mer ou à duvet, une brun-noix ou couleur cire — sottises que tout cela. On a même volé son nom au chien: elles appellent ça « laconienne ». Ce sont tous ces noms qui contraignent les hommes à faire des ventes aux enchères.»
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