Fugalia / Regifugium

Cet événement se répète

202424févToute la journéeFugalia / RegifugiumType:Fête romaine

Description

Ante diem sextum Kalendas Martias

Gabriel-Constant Vaucher, La Mort de Lucrèce (aussi intitulé Le Serment de Brutus sur le corps de Lucrèce), vers 1788. Huile sur toile, 123 × 163,5 cm. MAH Musée d’art et d’histoire, Genève, inv. HM 0024.

EN BREF – Le 24 février, Rome célébrait le Regifugium – aussi appelé Fugalia – une fête publique parmi les plus anciennes du calendrier républicain. Son rite central: un sacrifice au Comitium, suivi de la fuite précipitée du roi. Derrière la légende de l’expulsion de Tarquin le Superbe, les érudits antiques ont discerné les traces d’un rituel bien plus archaïque, lié à la fin de l’année primitive et à cinq jours hors du temps auxquels le roi ne pouvait que se soustraire.

Le roi qui fuit: mystère d’une fête romaine archaïque

Le 24 février portait dans les calendriers romains la mention Regifugium, inscrite en grandes lettres – réservées aux fêtes les plus vénérables du peuple romain, les feriae publicae de première classe. Le nom est transparent: «la fuite du roi», ou «la mise en fuite du roi.» Ce que ce nom recouvre l’est beaucoup moins. Pas un auteur antique n’a pu l’expliquer avec certitude, et la question a traversé les siècles sans réponse définitive.

La fête était également désignée sous le nom de Fugalia. Cette appellation tardive s’est imposée après 391 de notre ère, lorsque le Code théodosien (16, 10, 10) a interdit la célébration de tout sacrifice païen le 24 février. La fête, amputée de sa dimension sacrificielle, a continué de figurer dans le calendrier sous ce nom alternatif, témoignage d’une résistance du temps long face aux transformations de l’Empire chrétien.

La légende de Tarquin, un récit construit après coup

La version la plus connue associe le Regifugium à l’expulsion de Tarquin le Superbe, dernier roi de Rome, vers 510 avant notre ère. Ovide, dans les Fastes, l’adopte sans réserve:

«Je dois redire maintenant l’expulsion des rois; c’est là le souvenir que rappelle, par son nom même, le sixième jour avant la fin du mois. Tarquin régnait à Rome; il ne devait pas avoir de successeurs. Injuste, mais brave, il avait conquis ou détruit nombre de villes.»[1]

Le poète enchaîne avec le récit circonstancié de la ruse de Gabies, du viol de Lucrèce par Sextus Tarquin, du suicide de la matrone et du serment de Brutus –récit qui occupe la quasi-totalité du livre II des Fastes consacré à février.

Tite-Live, dans son Ab Vrbe Condita, donne de ce même moment une version saisissante. Brutus, arrachant du corps de Lucrèce le couteau encore sanglant, prononce son serment:

«Par ce sang chaste et pur avant l’outrage royal, je jure, et vous, dieux, j’en prends à témoins, que je poursuivrai Lucius Tarquin le Superbe, sa criminelle épouse et toute la race de ses enfants, par le fer, par le feu et par tous les moyens en mon pouvoir, et que je ne souffrirai ni eux ni personne d’autre de régner à Rome.»[2]

Tarquin le Superbe, portrait imaginaire du Promptuarii Iconum Insigniorum de Guillaume Rouillé – 1553.

La foule, galvanisée, vote l’exil du roi. Tarquin, apprenant la révolte depuis son camp devant Ardée, tente de rentrer à Rome: les portes lui sont fermées. Il part en exil avec ses fils.

Paul Diacre, dans son abrégé de Festus, enregistrait cette même tradition: «les Romains appelaient sacrée la journée du Regifugium parce que ce jour-là le roi Tarquin s’était enfui de Rome.»[3]

Cette interprétation a cependant rencontré de sérieuses objections dès l’Antiquité. Verrius Flaccus, érudit augustéen dont Festus est l’abréviateur, notait dans le Calendrier de Préneste que la croyance populaire selon laquelle le nom Regifugium commémorait la fuite historique de Tarquin était erronée: le roi se trouvait au siège d’Ardée lorsqu’il fut renversé, et non à Rome. La vraie signification de la journée, selon Varron, était que le rex sacrorum offrait un sacrifice au Comitium, après quoi il était permis d’agir en justice: QVANDO REX COMITIAVIT FAS[4]. Le peuple avait fabriqué une explication à partir du nom Regifugium sans en connaître le vrai sens.

Ce que le rite révèle

Au-delà de la légende, les sources érudites permettent d’entrevoir la réalité du rite. Festus, dans un passage très mutilé, mentionnait qu’en ce jour le roi –en des temps républicains le rex sacrorum, substitut religieux du roi dans les cérémonies publiques– et les Saliens offraient un sacrifice au Comitium, lieu de rassemblement primitif du peuple romain, à l’issue duquel le roi s’enfuyait de l’endroit. Plutarque, dans ses Questions romaines (63), confirme que le rex sacrorum était tenu d’offrir un sacrifice public en ce lieu à cette date, et que la fuite qui s’ensuivait constituait l’acte central de la cérémonie.

La position calendaire du Regifugium constitue elle-même une anomalie. C’est l’une des seules fois dans tout le calendrier romain où deux grandes fêtes publiques de première classe tombent des jours consécutifs: les Terminalia le 23 février, le Regifugium le 24. Et c’est l’une des très rares fêtes antiques à tomber un jour pair, ce qui contrevient à la règle ancienne selon laquelle les jours de fête devaient être impairs. Ces anomalies ne sont pas fortuites: elles signalent que ce jour occupait à l’origine une position à part dans la structure du temps romain.

L’énigme du calendrier primitif

C’est précisément cette position calendaire, immédiatement après les Terminalia, qui a permis à des savants modernes de proposer une lecture d’ensemble cohérente. Varron affirmait que les Terminalia avaient reçu leur nom parce que ce jour marquait autrefois le dernier jour de l’année[5]. Ovide évoquait le même souvenir en s’adressant au dieu Terminus: «toi aussi, Terminus, tu étais la fin des rites sacrés»[6]. Et le grand jurisconsulte Quintus Mucius Scaevola, cité par Celse au Digeste (50, 16, 98), confirmait indépendamment cette tradition en plaçant l’intercalation à extremo die mensis Februarii – le «dernier jour de février», qu’André Magdelain a montré être non pas le 28 mais bien le 23, jour des Terminalia[7].

Le corollaire s’impose: les cinq jours qui suivent les Terminalia, du 24 au 28 février, n’appartiennent en réalité ni à l’année révolue, qui s’est fermée le 23, ni à l’année suivante, qui ne commençait qu’aux calendes de mars. Ils forment un surnumérariat –ce que Magdelain désigne, en recourant à la terminologie des calendriers antiques, comme des jours «épagomènes»: cinq jours hors de toute année, hors de tout mois, intercalés entre deux cycles. Cette structure n’est pas propre à Rome: l’Égypte et la Perse connaissaient chacune douze mois de trente jours complétés par cinq jours épagomènes; la Révolution française elle-même y a recouru avec ses cinq jours «sans-culottides». Dans tous ces systèmes, comme à Rome, c’est précisément dans cet intervalle surnuméraire que se plaçait l’intercalation –à Rome entre les Terminalia et le Regifugium, comme l’attestent concordamment Censorinus et Macrobe[8].

Ce cadre permet de comprendre autrement la fuite du roi. Merrill, en 1924, avait proposé d’y voir l’écho lointain d’un rite indo-européen de mise à mort royale au terme d’un règne annuel, s’inspirant des théories de James George Frazer sur la royauté sacrificielle. Magdelain, en 1990, a réfuté cette lecture de manière décisive: «ces systèmes supposent à tort que le 24 février un règne s’achève définitivement; le rex sacrorum revient.»[9] Ce qui compte, c’est précisément ce retour: le roi ne disparaît pas, il se retire provisoirement. Ce qu’il fuit, selon Magdelain, ce sont les jours épagomènes eux-mêmes. Leur nocivité est bien connue des calendriers qui les accueillent, par exemple au Mexique, en Égypte, en Perse. Le temps surnuméraire est dangereux, et devant lui le roi s’éclipse; son règne s’interrompt pendant cinq jours qui lui sont contraires, avant de reprendre à l’ouverture de l’année nouvelle.

Cette interprétation permet également d’éclairer une institution républicaine longtemps énigmatique: l’interregnum politique, dont la durée était précisément de cinq jours. Magdelain suggère qu’un interrex sacral suppléait le roi pendant les cinq épagomènes à partir du Regifugium, et que la République a transposé ce modèle religieux en procédure de droit public pour remédier à la vacance de la magistrature suprême. L’année romaine renaissait aux calendes de mars, lorsque le feu sacré du temple de Vesta était formellement rallumé et les lauriers renouvelés sur la Regia[10], actes qui signifiaient le retour à l’ordre du monde après cinq jours d’interrègne.

La fête était célébrée pour la dernière fois selon ses formes complètes en 391 de notre ère, lorsque le Code théodosien en a interdit le sacrifice central. Elle a survécu quelque temps sous le nom de Fugalia avant de s’effacer du calendrier avec la religion dont elle était l’une des expressions les plus archaïques.

SOURCES ANTIQUES

  • Ovide, Fastes, II, 685-852.
  • Tite-Live, Ab Vrbe Condita, I, 59.
  • Varron, De Lingua Latina, VI, 13; VI, 81.
  • Festus, De significatione verborum, s.v. Regifugium (p. 246 L.); épitomé par Paul Diacre, p. 347 L.
  • Censorinus, De die natali, 20, 6.
  • Macrobe, Saturnales, I, 13, 15.
  • Plutarque, Questions romaines, 63.
  • Celse, Digeste, 50, 16, 98 (citant Quintus Mucius Scaevola).

ÉTUDES MODERNES

[1] Ovide, Fastes, II, 685-689: «Nunc mihi dicenda est regis fuga. traxit ab illa / sextus ab extremo nomina mense dies. / ultima Tarquinius Romanae gentis habebat / regna, vir iniustus, fortis ad arma tamen.»

[2] Tite-Live, Ab Vrbe Condita, I, 59: «Per hunc inquit castissimum ante regiam iniuriam sanguinem iuro, vosque, di, testes facio me L. Tarquinium Superbum cum scelerata coniuge et omni liberorum stirpe ferro igni quacumque dehinc vi possim exsecuturum, nec illos nec alium quemquam regnare Romae passurum.»

[3] Paul Diacre, abrégé de Festus, p. 347 (Lindsay): Regifugium sacrum dicebant, quo die rex Tarquinius fugerit a Roma.

[4] Varron, De Lingua Latina, VI, 81: dies qui uocatur sic, « QVANDO REX COMITIAVIT FAS, » is dictus ab eo, quod eo die rex sacrificulus litat ad comitium, ad quod tempus est nefas, ab eo fas: itaque post id tempus lege actum saepe.

[5] Varron, De Lingua Latina, VI, 13: Terminalia [dicta sunt], quod is dies anni extremus constitutus: duodecimus enim mensis fuit Februarius, et cum intercalatur, inferiores quinque dies duodecimo demuntur mense.

[6] Ovide, Fastes, II, 49-50: «Qui [mensis] sequitur Ianum, ueteris fuit ultimus anni: / Tu quoque sacrorum, Termine, finis eras.»

[7] Celse, Digeste, 50, 16, 98, 1: extremoque diei mensis Februarii attribuit Quintus Mucius. Sur l’interprétation de ce passage, voir Magdelain, op. cit., p. 287-288.

[8] Censorinus, De die natali, 20, 6: inter Terminalia et Regifugium; Macrobe, Saturnales, I, 13, 15: Romani non confecto Februario sed post vicesimum et tertium ejus diem intercalabant, Terminalibus scilicet jam peractis.

[9] Magdelain, op. cit., p. 297: «ces systèmes supposent à tort que le 24 février un règne s’achève définitivement; le rex sacrorum revient. De la théorie de E. T. Merrill, retenons l’association qu’elle fait entre Regifugium et interrègne pour la préhistoire.»

[10] Ovide, Fastes, III, 143; Macrobe, Saturnales, I, 12, 6.

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Versione italiana

IN BREVE – Il 24 febbraio, Roma celebrava il Regifugium – detto anche Fugalia – una delle feste pubbliche più antiche del calendario repubblicano. Il suo rito centrale: un sacrificio al Comizio, seguito dalla precipitosa fuga del re. Dietro la leggenda dell’espulsione di Tarquinio il Superbo, gli eruditi antichi hanno scorto le tracce di un rituale ben più arcaico, legato alla fine dell’anno primitivo e a cinque giorni fuori dal tempo dai quali il re non poteva che sottrarsi.

Il re che fugge: il mistero di una festa romana arcaica

Il 24 febbraio portava nei calendari romani la menzione Regifugium, iscritta in lettere maiuscole – riservate alle feste più venerabili del popolo romano, le feriae publicae di prima classe. Il nome è trasparente: «la fuga del re», o «la messa in fuga del re.» Ciò che esso cela è assai meno chiaro. Nessun autore antico ha potuto spiegarlo con certezza, e la questione ha attraversato i secoli senza risposta definitiva.

La festa era anche designata col nome di Fugalia. Questa denominazione tarda si è imposta dopo il 391 d.C., quando il Codice teodosiano (16, 10, 10) ha vietato la celebrazione di qualsiasi sacrificio pagano il 24 febbraio. La festa, amputata della sua dimensione sacrificale, ha continuato a figurare nel calendario sotto questo nome alternativo, testimonianza di una resistenza del tempo lungo di fronte alle trasformazioni dell’Impero cristiano.

La leggenda di Tarquinio, un racconto costruito a posteriori

La versione più nota associa il Regifugium all’espulsione di Tarquinio il Superbo, ultimo re di Roma, verso il 510 a.C. Ovidio, nei Fasti, la adotta senza riserve:

«Devo ora narrare l’espulsione dei re; è questo il ricordo che richiama, con il suo nome stesso, il sesto giorno prima della fine del mese. Tarquinio regnava su Roma; non avrebbe dovuto avere successori. Ingiusto, ma valoroso, aveva conquistato o distrutto numerose città.»[1]

Il poeta prosegue col racconto circostanziato dell’inganno di Gabii, dello stupro di Lucrezia da parte di Sesto Tarquinio, del suicidio della matrona e del giuramento di Bruto – racconto che occupa la quasi totalità del libro II dei Fasti dedicato a febbraio.

Tito Livio, nel suo Ab Vrbe Condita, dà di questo stesso momento una versione efficace. Bruto, strappando dal corpo di Lucrezia il coltello ancora insanguinato, pronuncia il suo giuramento:

«Per questo sangue, casto e puro prima dell’oltraggio regale, io giuro, e voi, o dèi, ne prendo testimoni, che perseguiterò Lucio Tarquinio il Superbo, la sua criminale moglie e tutta la stirpe dei suoi figli, col ferro, col fuoco e con ogni mezzo in mio potere, e che non tollererò né loro né chiunque altro a regnare su Roma.»[2]

La folla, galvanizzata, vota l’esilio del re. Tarquinio, apprendendo la rivolta dal suo accampamento davanti ad Ardea, tenta di rientrare a Roma: le porte gli vengono chiuse. Parte in esilio con i suoi figli.

Paolo Diacono, nel suo compendio di Festo, registrava questa stessa tradizione: «I Romani chiamavano sacra la giornata del Regifugium perché in quel giorno il re Tarquinio era fuggito da Roma.»[3]

Questa interpretazione ha però incontrato seri obiezioni fin dall’Antichità. Verrio Flacco, erudito augusteo di cui Festo è l’abbreviatore, notava nel Calendario di Preneste che la credenza popolare secondo cui il nome Regifugium commemorava la fuga storica di Tarquinio era erronea: il re si trovava all’assedio di Ardea quando fu rovesciato, e non a Roma. Il vero significato della giornata, secondo Varrone, era che il rex sacrorum offriva un sacrificio al Comizio, dopodiché era lecito agire in giudizio: QVANDO REX COMITIAVIT FAS[4]. Il popolo aveva fabbricato una spiegazione a partire dal nome Regifugium senza conoscerne il vero senso.

Ciò che il rito rivela

Al di là della leggenda, le fonti erudite permettono di intravedere la realtà del rito. Festo, in un passo molto mutilo, menzionava che in quel giorno il re – in epoca repubblicana il rex sacrorum, sostituto religioso del re nelle cerimonie pubbliche – e i Salii offrivano un sacrificio al Comizio, al termine del quale il re fuggiva dal luogo. Plutarco, nelle sue Questioni romane (63), conferma che il rex sacrorum era tenuto a offrire un sacrificio pubblico in quel luogo a quella data, e che la fuga che seguiva costituiva l’atto centrale della cerimonia.

La posizione calendaria del Regifugium costituisce essa stessa un’anomalia. È una delle sole volte in tutto il calendario romano in cui due grandi feste pubbliche di prima classe cadono in giorni consecutivi: le Terminalia il 23 febbraio, il Regifugium il 24. Ed è una delle rarissime feste antiche a cadere in un giorno pari, il che contravviene alla regola antica secondo cui i giorni di festa dovevano essere dispari. Queste anomalie non sono fortuite: segnalano che questo giorno occupava in origine una posizione a parte nella struttura del tempo romano.

L’enigma del calendario primitivo

È precisamente questa posizione calendaria, immediatamente dopo le Terminalia, che ha permesso a studiosi moderni di proporre una lettura d’insieme coerente. Varrone affermava che le Terminalia avevano ricevuto il loro nome perché quel giorno segnava un tempo l’ultimo giorno dell’anno[5]. Ovidio evocava lo stesso ricordo rivolgendosi al dio Terminus: «anche tu, Terminus, eri la fine dei riti sacri»[6]. E il grande giureconsulto Quinto Mucio Scevola, citato da Celso nel Digesto (50, 16, 98), confermava indipendentemente questa tradizione collocando l’intercalazione a extremo die mensis Februarii – l’«ultimo giorno di febbraio», che André Magdelain ha dimostrato essere non il 28 bensì il 23, giorno dei Terminalia[7].

Il corollario s’impone: i cinque giorni che seguono le Terminalia, dal 24 al 28 febbraio, non appartengono in realtà né all’anno trascorso, chiusosi il 23, né all’anno seguente, che non cominciava che alle calende di marzo. Formano un soprannumerario – quello che Magdelain designa, ricorrendo alla terminologia dei calendari antichi, come giorni «epagomeni»: cinque giorni fuori da ogni anno, fuori da ogni mese, interposti tra due cicli. Questa struttura non è propria di Roma: l’Egitto e la Persia conoscevano ciascuno dodici mesi di trenta giorni completati da cinque giorni epagomeni; la Rivoluzione francese stessa vi è ricorsa con i suoi cinque giorni sans-culottides. In tutti questi sistemi, come a Roma, è precisamente in questo intervallo soprannumerario che si collocava l’intercalazione – a Roma tra le Terminalia e il Regifugium, come attestano concordemente Censorino e Macrobio[8].

Questo quadro permette di comprendere diversamente la fuga del re. Merrill, nel 1924, aveva proposto di vedervi l’eco lontana di un rito indoeuropeo di messa a morte regale al termine di un regno annuale, ispirandosi alle teorie di James George Frazer sulla regalità sacrificale. Magdelain, nel 1990, ha confutato questa lettura in modo decisivo: «questi sistemi suppongono a torto che il 24 febbraio un regno si concluda definitivamente; il rex sacrorum torna.»[9] Ciò che conta è precisamente questo ritorno: il re non scompare, si ritira provvisoriamente. Ciò da cui fugge, secondo Magdelain, sono i giorni epagomeni stessi. La loro nocività è ben nota nei calendari che li ospitano, per esempio in Messico, in Egitto, in Persia. Il tempo soprannumerario è pericoloso, e di fronte ad esso il re si eclissa; il suo regno s’interrompe per cinque giorni che gli sono contrari, prima di riprendere all’apertura del nuovo anno.

Questa interpretazione permette anche di illuminare un’istituzione repubblicana a lungo enigmatica: l’interregnum politico, la cui durata era precisamente di cinque giorni. Magdelain suggerisce che un interrex sacrale suppliva il re durante i cinque epagomeni a partire dal Regifugium, e che la Repubblica ha trasposto questo modello religioso in procedura di diritto pubblico per rimediare alla vacanza della magistratura suprema. L’anno romano rinasceva alle calende di marzo, quando il fuoco sacro del tempio di Vesta veniva formalmente riacceso e gli allori rinnovati sulla Regia[10], atti che significavano il ritorno all’ordine del mondo dopo cinque giorni di interregno.

La festa è stata celebrata per l’ultima volta nelle sue forme complete nel 391 d.C., quando il Codice teodosiano ne ha vietato il sacrificio centrale. È sopravvissuta qualche tempo sotto il nome di Fugalia prima di scomparire dal calendario insieme alla religione di cui era una delle espressioni più arcaiche.

FONTI ANTICHE

  • Ovidio, Fasti, II, 685–852.
  • Tito Livio, Ab Vrbe Condita, I, 59.
  • Varrone, De Lingua Latina, VI, 13; VI, 81.
  • Festo, De significatione verborum, s.v. Regifugium (p. 246 L.); epitomato da Paolo Diacono, p. 347
  • L. Censorino, De die natali, 20, 6.
  • Macrobio, Saturnali, I, 13, 15.
  • Plutarco, Questioni romane, 63.
  • Celso, Digesto, 50, 16, 98 (citando Quinto Mucio Scevola).

STUDI MODERNI

  • Magdelain, André, «Cinq jours épagomènes à Rome?», in Jus imperium auctoritas. Études de droit romain, Roma, École française de Rome, 1990, p. 279–303.
  • Merrill, Elmer Truesdell, «The Roman Calendar and the Regifugium», Classical Philology, vol. XIX, n° 1, gennaio 1924, p. 20–39.

[1] Ovidio, Fasti, II, 685–689: Nunc mihi dicenda est regis fuga. traxit ab illa / sextus ab extremo nomina mense dies. / ultima Tarquinius Romanae gentis habebat / regna, vir iniustus, fortis ad arma tamen.

[2] Tito Livio, Ab Vrbe Condita, I, 59: Per hunc inquit castissimum ante regiam iniuriam sanguinem iuro, vosque, di, testes facio me L. Tarquinium Superbum cum scelerata coniuge et omni liberorum stirpe ferro igni quacumque dehinc vi possim exsecuturum, nec illos nec alium quemquam regnare Romae passurum.

[3] Paolo Diacono, compendio di Festo, p. 347 (Lindsay): Regifugium sacrum dicebant, quo die rex Tarquinius fugerit a Roma.

[4] Varrone, De Lingua Latina, VI, 81: dies qui uocatur sic, « QVANDO REX COMITIAVIT FAS, » is dictus ab eo, quod eo die rex sacrificulus litat ad comitium, ad quod tempus est nefas, ab eo fas: itaque post id tempus lege actum saepe.

[5] Varrone, De Lingua Latina, VI, 13: Terminalia [dicta sunt], quod is dies anni extremus constitutus: duodecimus enim mensis fuit Februarius, et cum intercalatur, inferiores quinque dies duodecimo demuntur mense.

[6] Ovidio, Fasti, II, 49–50: Qui [mensis] sequitur Ianum, ueteris fuit ultimus anni: / Tu quoque sacrorum, Termine, finis eras.

[7] Celso, Digesto, 50, 16, 98, 1: extremoque diei mensis Februarii attribuit Quintus Mucius. Sull’interpretazione di questo passo, v. Magdelain, op. cit., p. 287–288.

[8] Censorino, De die natali, 20, 6: inter Terminalia et Regifugium; Macrobio, Saturnali, I, 13, 15: Romani non confecto Februario sed post vicesimum et tertium ejus diem intercalabant, Terminalibus scilicet jam peractis.

[9] Magdelain, op. cit., p. 297: «ces systèmes supposent à tort que le 24 février un règne s’achève définitivement; le rex sacrorum revient.»

[10] Ovidio, Fasti, III, 143; Macrobio, Saturnali, I, 12, 6.

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English version

IN BRIEF – On 24 February, Rome celebrated the Regifugium – also known as the Fugalia – one of the oldest public festivals in the Republican calendar. Its central rite: a sacrifice at the Comitium, followed by the hasty flight of the king. Behind the legend of Tarquinius Superbus’s expulsion, ancient scholars glimpsed traces of a far more archaic ritual, connected to the end of the primitive year and to five days outside of time from which the king could only flee.

The King Who Fled: The Mystery of an Archaic Roman Festival

On 24 February, the Roman calendars bore the inscription Regifugium, written in large letters – reserved for the most venerable festivals of the Roman people, the feriae publicae of the first class. The name is transparent: « the flight of the king, » or « the putting to flight of the king. » What it conceals is far less so. No ancient author was able to explain it with certainty, and the question has crossed the centuries without definitive answer.

The festival was also known as the Fugalia. This later name established itself after 391 CE, when the Theodosian Code (16, 10, 10) prohibited the celebration of any pagan sacrifice on 24 February. The festival, stripped of its sacrificial dimension, continued to appear in the calendar under this alternative name, testimony to the long resistance of time against the transformations of the Christian Empire.

The Legend of Tarquin, a Narrative Constructed After the Fact

The best-known version associates the Regifugium with the expulsion of Tarquinius Superbus, last king of Rome, around 510 BCE. Ovid, in the Fasti, adopts it without reservation:

« I must now relate the expulsion of the kings; this is the memory that is recalled, by its very name, on the sixth day before the end of the month. Tarquin reigned over Rome; he was not to have successors. Unjust but brave, he had conquered or destroyed many cities. »[1]

The poet then provides a detailed account of the trick at Gabii, the rape of Lucretia by Sextus Tarquinius, the matron’s suicide, and the oath of Brutus – a narrative that occupies almost the entirety of Book II of the Fasti devoted to February.

Livy, in his Ab Vrbe Condita, gives a striking version of this same moment. Brutus, wrenching the knife from Lucretia’s body, pronounces his oath:

« By this blood, chaste and pure before the royal outrage, I swear, and you, gods, I call to witness, that I will pursue Lucius Tarquinius Superbus, his criminal wife and all the offspring of his children, with fire, with sword, and by whatever means I can, and that I will suffer neither them nor anyone else to reign at Rome. »[2]

The galvanised crowd votes for the king’s exile. Tarquin, learning of the revolt from his camp before Ardea, attempts to return to Rome: the gates are closed against him. He goes into exile with his sons.

Paul the Deacon, in his epitome of Festus, recorded this same tradition: « The Romans called the day of the Regifugium sacred because on that day king Tarquin had fled from Rome. »[3]

This interpretation nonetheless encountered serious objections in Antiquity itself. Verrius Flaccus, the Augustan scholar of whom Festus is the epitomiser, noted in the Praenestine Calendar that the popular belief that the name Regifugium commemorated the historical flight of Tarquin was mistaken: the king was at the siege of Ardea when he was overthrown, not in Rome. The true meaning of the day, according to Varro, was that the rex sacrorum offered a sacrifice at the Comitium, after which legal action was permitted: QVANDO REX COMITIAVIT FAS[4]. The people had fabricated an explanation from the name Regifugium without knowing its true significance.

What the Rite Reveals

Beyond the legend, the scholarly sources allow us to glimpse the reality of the rite. Festus, in a very mutilated passage, mentioned that on this day the king – in Republican times the rex sacrorum, the king’s religious substitute in public ceremonies – and the Salii offered a sacrifice at the Comitium, the primitive gathering place of the Roman people, at the conclusion of which the king fled from the spot. Plutarch, in his Roman Questions (63), confirms that the rex sacrorum was required to offer a public sacrifice at this place on this date, and that the ensuing flight constituted the central act of the ceremony.

The calendrical position of the Regifugium is itself an anomaly. It is one of the only instances in the entire Roman calendar where two major public festivals of the first class fall on consecutive days: the Terminalia on 23 February, the Regifugium on 24. And it is one of the very rare ancient festivals to fall on an even date, which contravenes the old rule that festival days should be odd-numbered. These anomalies are not fortuitous: they signal that this day originally occupied a distinctive position in the structure of Roman time.

The Enigma of the Primitive Calendar

It is precisely this calendrical position, immediately after the Terminalia, that has allowed modern scholars to propose a coherent overall reading. Varro stated that the Terminalia had received their name because that day had once marked the last day of the year[5]. Ovid evoked the same memory when addressing the god Terminus: « you too, Terminus, were the end of sacred rites »[6]. And the great jurist Quintus Mucius Scaevola, quoted by Celsus in the Digest (50, 16, 98), independently confirmed this tradition by placing the intercalation at extremo die mensis Februarii – the « last day of February, » which André Magdelain demonstrated to be not the 28th but the 23rd, the day of the Terminalia[7].

The corollary follows inevitably: the five days following the Terminalia, from 24 to 28 February, belonged in reality neither to the past year, which closed on the 23rd, nor to the following year, which did not begin until the Kalends of March. They formed a supernumerary – what Magdelain designates, using the terminology of ancient calendars, as « epagomenal » days: five days outside any year, outside any month, inserted between two cycles. This structure is not peculiar to Rome: Egypt and Persia each knew twelve months of thirty days completed by five epagomenal days; the French Revolution itself resorted to the same device with its five sans-culottides. In all these systems, as at Rome, it was precisely in this supernumerary interval that intercalation was placed – at Rome between the Terminalia and the Regifugium, as Censorinus and Macrobius attest concordantly[8].

This framework allows a different understanding of the king’s flight. Merrill, in 1924, proposed to see in it the distant echo of an Indo-European rite of royal killing at the end of an annual reign, drawing on James George Frazer’s theories of sacrificial kingship. Magdelain, in 1990, refuted this reading decisively: « these systems wrongly suppose that on 24 February a reign ends definitively; the rex sacrorum returns. »[9] What matters is precisely this return: the king does not disappear, he temporarily withdraws. What he flees, according to Magdelain, are the epagomenal days themselves. Their harmfulness is well attested in the calendars that host them, for example in Mexico, Egypt, and Persia. Supernumerary time is dangerous, and before it the king eclipses himself; his reign is interrupted for five days that are contrary to him, before resuming at the opening of the new year.

This interpretation also illuminates a long-enigmatic Republican institution: the political interregnum, whose duration was precisely five days. Magdelain suggests that a sacred interrex replaced the king during the five epagomenal days from the Regifugium onwards, and that the Republic transposed this religious model into a procedure of public law to remedy the vacancy of the supreme magistracy. The Roman year was reborn at the Kalends of March, when the sacred fire in the temple of Vesta was formally relit and the laurels renewed on the Regia[10], acts signifying the return to world order after five days of interregnum.

The festival was celebrated for the last time in its complete forms in 391 CE, when the Theodosian Code prohibited its central sacrifice. It survived for a time under the name Fugalia before disappearing from the calendar along with the religion of which it was one of the most archaic expressions.

ANCIENT SOURCES

  • Ovid, Fasti, II, 685–852.
  • Livy, Ab Vrbe Condita, I, 59.
  • Varro, De Lingua Latina, VI, 13; VI, 81.
  • Festus, De significatione verborum, s.v. Regifugium (p. 246 L.); epitomised by Paul the Deacon, p. 347
  • L. Censorinus, De die natali, 20, 6.
  • Macrobius, Saturnalia, I, 13, 15.
  • Plutarch, Roman Questions, 63.
  • Celsus, Digest, 50, 16, 98 (quoting Quintus Mucius Scaevola).

MODERN STUDIES

  • Magdelain, André, « Cinq jours épagomènes à Rome? », in Jus imperium auctoritas. Études de droit romain, Rome, École française de Rome, 1990, pp. 279–303.
  • Merrill, Elmer Truesdell, « The Roman Calendar and the Regifugium, » Classical Philology, vol. XIX, no. 1, January 1924, pp. 20–39.

[1] Ovid, Fasti, II, 685–689: Nunc mihi dicenda est regis fuga. traxit ab illa / sextus ab extremo nomina mense dies. / ultima Tarquinius Romanae gentis habebat / regna, vir iniustus, fortis ad arma tamen.

[2] Livy, Ab Vrbe Condita, I, 59: Per hunc inquit castissimum ante regiam iniuriam sanguinem iuro, vosque, di, testes facio me L. Tarquinium Superbum cum scelerata coniuge et omni liberorum stirpe ferro igni quacumque dehinc vi possim exsecuturum, nec illos nec alium quemquam regnare Romae passurum.

[3] Paul the Deacon, epitome of Festus, p. 347 (Lindsay): Regifugium sacrum dicebant, quo die rex Tarquinius fugerit a Roma.

[4] Varro, De Lingua Latina, VI, 81: dies qui uocatur sic, « QVANDO REX COMITIAVIT FAS, » is dictus ab eo, quod eo die rex sacrificulus litat ad comitium, ad quod tempus est nefas, ab eo fas: itaque post id tempus lege actum saepe.

[5] Varro, De Lingua Latina, VI, 13: Terminalia [dicta sunt], quod is dies anni extremus constitutus: duodecimus enim mensis fuit Februarius, et cum intercalatur, inferiores quinque dies duodecimo demuntur mense.

[6] Ovid, Fasti, II, 49–50: Qui [mensis] sequitur Ianum, ueteris fuit ultimus anni: / Tu quoque sacrorum, Termine, finis eras.

[7] Celsus, Digest, 50, 16, 98, 1: extremoque diei mensis Februarii attribuit Quintus Mucius. On the interpretation of this passage, see Magdelain, op. cit., pp. 287–288.

[8] Censorinus, De die natali, 20, 6: inter Terminalia et Regifugium; Macrobius, Saturnalia, I, 13, 15: Romani non confecto Februario sed post vicesimum et tertium ejus diem intercalabant, Terminalibus scilicet jam peractis.

[9] Magdelain, op. cit., p. 297: « ces systèmes supposent à tort que le 24 février un règne s’achève définitivement; le rex sacrorum revient. »

[10] Ovid, Fasti, III, 143; Macrobius, Saturnalia, I, 12, 6.

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Février 24, 2024 Toute la journée

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