Ludus latrunculorum

Jeu des mercenaires

2 Bataille Stratégie Complexe Moyen

Histoire

Dès la fin de la République romaine, les Romains connaissent un jeu de stratégie appelé ludus latrunculorum ou latrunculi. Celui-ci est généralement rapproché des jeux grecs à pions regroupés sous les termes petteia ou pesseia (πεττεία, πεσσεία) et en particulier la Polis (πόλις). Toutefois, les sources grecques et romaines ne permettent pas d’établir une filiation directe et assurée entre ces pratiques: le mot petteia désigne plutôt une catégorie générale de jeux à pions qu’un ensemble de règles défini. La diffusion du jeu dans le monde romain est bien attestée par les textes littéraires, ainsi que par la découverte archéologique de nombreux plateaux quadrillés ou gravés, souvent interprétés comme des supports de jeux de stratégie.

Le vocabulaire associé au ludus latrunculorum est fortement marqué par l’imaginaire militaire. Les pions sont assimilés à des combattants, et le terme latrunculi dérive de latrones, qui peut désigner des hommes armés, des mercenaires ou des irréguliers. Cette terminologie se retrouve dans les descriptions antiques, qui évoquent des lignes de combat (acies), des ennemis (hostes), des manœuvres et des situations d’encerclement. Plusieurs auteurs latins font allusion au jeu: Varron, à la fin de la République, en donne une des mentions les plus anciennes; Ovide et Martial évoquent des pions pris ou encerclés; Sénèque, dans ses Lettres à Lucilius (117, 30), mentionne le cas d’une pièce bloquée dont on cherche à obtenir la libération; enfin, la Laus Pisonis, poème latin anonyme du Ier siècle de notre ère, fournit la description la plus développée d’une partie, avec une tabula aperta, des pions de deux couleurs et une succession de mouvements tactiques. L’Histoire Auguste indique par ailleurs que le vainqueur pouvait être appelé imperator, mais ce témoignage tardif doit être utilisé avec précaution.

Les règles complètes du jeu ne nous sont pas parvenues. Les reconstructions modernes reposent donc sur un faisceau d’indices dispersés. Les textes d’Ovide et de Martial suggèrent des mécanismes de capture, probablement par encerclement; le passage de Sénèque implique qu’un pion peut être immobilisé et éventuellement libéré; la Laus Pisonis semble indiquer que la partie se joue sur un plateau initialement vide, les pions étant placés et déplacés de manière stratégique; enfin, Isidore de Séville (7e siècle) conserve plusieurs termes techniques liés au jeu, bien que leur interprétation reste discutée. Dans ces conditions, les règles proposées aujourd’hui  doivent être considérées comme des modèles expérimentaux: elles cherchent à restituer un jeu cohérent et jouable, tout en respectant au plus près les données fournies par les sources antiques.


Variante de Sénèque

Le signe Ꝋ, dit « thêta nigrum » est utilisé sur cette mosaïque pour identifier un gladiateur vaincu.

Matériel et mise en place

  • Plateau de 8 x 8 cases
  • 16 pions par personne, marqués du signe Ꝋ (theta nigrum) d’un côté.

Le plateau est vide au début du jeu.

But du jeu

Réduire l’adversaire à un seul pion ou l’immobiliser.

Déroulement de la partie

Le jeu se déroule en deux temps:

1. Phase de placement

Les joueurs posent leurs pions un par un, alternativement, sur des cases libres du plateau.

Aucun pion ne peut être capturé durant cette phase.

2. Phase de bataille

Les joueurs jouent à tour de rôle.

À chaque tour, un pion peut:

  • Avancer d’une case vers le haut, le bas, la gauche ou la droite (pas en diagonale).

  • Sauter par-dessus un pion allié, si la case juste derrière est libre.

Capture

Un pion est capturé s’il est encerclé entre deux pions adverses, horizontalement ou verticalement.

Dans un coin, l’encerclement se fait à angle droit.

Le pion encerclé est déclaré incitus (bloqué):

  • Il est retourné pour être distingué.

  • Il ne peut plus bouger,

Retrait ou libération

Il est possible de libérer un incitus en capturant l’un des deux pions «geôliers».

Un pion incitus ne peut pas être pris en compte pour capturer un pion adverse (il ne peut pas participer à sa propre libération).

L’incitus libéré est retourné et redevient actif, tandis que son «geôlier» capturé est retourné.

Si aucune libération n’a été possible, le joueur ou la joueuse doit retirer au tour suivant l’un de ses pions inciti.

En cas de captures multiples, le joueur choisit l’incitus à retirer en premier, puis doit retirer un incitus par tour, sauf libération.

Règle importante

Il est permis de déplacer volontairement un pion entre deux adversaires sans être capturé.

La capture doit toujours résulter du mouvement de l’adversaire, jamais du sien.

Fin de partie

La partie se termine lorsqu’une personne:

  • n’a plus qu’un seul pion,

  • ne peut plus effectuer de mouvement autorisé,

  • ou abandonne parce que sa situation est désespérée.

La victoire revient à l’autre personne.

Les règles de la variante de Sénèque en vidéo:


Variante de Pison

Le jeu est identique, la seule différence étant que les pions capturés sont immédiatement retirés du plateau.


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