Palamède, le héros qui a perdu la partie face à Ulysse

Achille et Ajax jouant au jeu des cinq lignes (pente grammai), sous le regard d’Athéna. Kyathos attique à figures noires, attribué au Peintre de Caylus, vers 490 avnè. Bruxelles, Musées royaux d’Art et d’Histoire (MRAH), inv. R 2512. (Photo: MRAH)

Devant Troie, les soldats grecs s’ennuient et les vivres manquent. Pour leur éviter de sombrer dans l’inaction, l’un deux, Palamède, aurait inventé les jeux de pions et de dés. Les auteurs antiques lui prêtent ainsi une drôle de trouvaille militaire – une guerre miniature, disputée autour d’un plateau, où l’intelligence compte au moins autant que la chance.

Les combats ont cessé pour un temps. Dans le camp grec, les hommes attendent, les réserves diminuent et la mauvaise humeur gagne les rangs. Un peu de distraction ne ferait pas de mal. Selon la tradition, c’est alors que le prince Palamède, fils de Nauplios roi de l’île d’Eubée, aurait imaginé les jeux de pions et de dés.

Sophocle, dans une tragédie aujourd’hui perdue, le présente comme celui qui a su remédier à la famine et procurer aux soldats «les plus ingénieuses façons de passer le temps: les jeux de pions et les dés, agréable remède à l’oisiveté»[1].

Palamède aurait eu d’autres inventions à son actif. Gorgias lui attribue l’organisation des formations militaires, les lois écrites, les lettres de l’alphabet, les nombres et les mesures. Les jeux de pions figurent à la fin de cette énumération, comme une «occupation agréable et sans peine pour les heures de loisir»[2].

Tous n’étaient cependant pas d’accord sur l’origine de ces inventions. Platon connaissait une autre tradition, qui attribuait au dieu égyptien Theuth l’invention des jeux de pions et de dés, ainsi que celle de l’écriture.[3]

Un plateau pour tenir les soldats tranquilles

Concernant Palamède, la légende ne situe pas toujours l’invention au même endroit. Une tradition la situe à Aulis, où les Grecs attendaient de pouvoir embarquer pour Troie. Une autre l’associe aux difficultés du siège.

Au 2e siècle avant notre ère, l’érudit Polémon d’Illion rapportait qu’une pierre était montrée près de Troie comme celle sur laquelle les soldats avaient joué pour oublier la famine. Le témoignage, transmis par un commentateur bien plus tardif, ne permet évidemment pas d’identifier cette pierre[4].

Euripide nous montre Palamède pratiquant lui-même ce genre d’activité. Dans Iphigénie à Aulis, les femmes du chœur découvrent les guerriers grecs en attendant le départ. Assis côte à côte, Protésilas et Palamède sont absorbés par les combinaisons complexes d’un jeu de pions. À proximité, d’autres héros s’exercent au lancer du disque ou à la course de chars.[5]

La plus célèbre représentation antique d’Achille et Ajax autour d’un plateau de jeu. Amphore attique à figures noires signée par Exékias, vers 540–530 avnè. Musées du Vatican, inv. 16757.

Des batailles à cinq lignes

Les Grecs connaissaient différents jeux de plateau, désignés par le terme générique de petteia (πεττεία). Un jeu est cependant mieux documenté que les autres: les pente grammai (πέντε γραμμαί), ou «cinq lignes».

Pollux, au 2e siècle de notre ère, explique que chacun des deux adversaires disposait de cinq pions sur un plateau marqué de cinq lignes. Celle du milieu était appelée «ligne sacrée». Il cite un fragment de Sophocle qui mentionne les «pions des cinq lignes et les lancers de dés»[6].

Le hasard intervenait donc dans la partie, mais il ne décidait pas nécessairement seul du résultat. La position des pions et les choix du joueur avaient aussi leur importance. Pour les guerriers qui avaient quitté un moment le champ de bataille, le jeu offrait une autre manière de se mesurer à un adversaire.

Philostrate, au 3e siècle de notre ère, souligne que le jeu inventé par Palamède n’aurait pas été «un divertissement pour paresseux, mais une activité demandant de la sagacité et du sérieux»[7]. Une épigramme grecque suggère même que les os de Palamède auraient mérité d’être transformés en pièce de jeu (souvent faites en os), lui qui a inventé «une autre guerre, amicale, sur un terrain de bois»[8].

Les règles complètes de ce jeu ont disparu. Les parties que l’on peut reconstituer aujourd’hui restent des propositions, fondées sur des textes fragmentaires et quelques objets archéologiques.

Le jeu des guerriers, un thème récurrent

Les peintres grecs ont laissé des images assez précises pour que l’on puisse imaginer les gestes des joueurs.

Sur une amphore peinte par Exékias vers 540 avant notre ère, Achille et Ajax sont assis face à face, en armes, penchés sur un jeu. Les inscriptions indiquent «quatre» pour Achille, «trois» pour Ajax. Le premier semble avoir l’avantage, mais la partie n’est pas terminée… En jouant, les deux hommes ne perdent rien de leur vigilance guerrière, ils gardent leurs lances à la main.

Le thème a connu un grand succès: plus de 160 vases attiques représentent des guerriers occupés à jouer. Ainsi, sur un petit vase conservé à Bruxelles, cinq lignes et deux ensembles de pions permettent de reconnaître le jeu décrit par les textes. Lorsque des inscriptions nomment les joueurs, elles désignent toujours Achille et Ajax. Curieusement, ni Palamède ni aucun autre guerrier ne sont identifiés par les inscriptions conservées.

Les jeux de plateau ont également laissé des traces dans la langue grecque. Une expression ancienne, «déplacer le pion de la ligne sacrée», désignait le recours à une solution extrême, lorsqu’une situation semblait perdue.

Théocrite l’emploie au 3e siècle avant notre ère. Galatée, qui veut attirer l’attention de Polyphème, «déplace la pierre de la ligne»[9]. Une manœuvre de joueur devenue une image pour parler de quelqu’un qui tente le tout pour le tout.

Les Grecs associaient aussi les dés au hasard, personnifié par la déesse Tyché. Pausanias rapporte, avec une certaine réserve, que Palamède aurait consacré les dés qu’il avait inventés dans son temple, à Argos.[10] Le même auteur décrit une peinture de Polygnote, à Delphes, où Palamède continue de jouer aux dés jusque dans le monde des morts, en compagnie de Thersite, le soldat qu’Ulysse avait rossé dans l’Iliade. Les deux Ajax assistent à la partie. Selon Pausanias, le peintre avait délibérément réuni des ennemis d’Ulysse.[11]

La dernière partie de Palamède

En effet, Ulysse et Palamède n’étaient pas les meilleurs amis du monde, bien tous deux réputés pour leur intelligence et leur ruse.

Un épisode célèbre, absent des poèmes d’Homère mais rapporté par d’autres auteurs antiques, explique leur inimitié. Pour échapper à la guerre de Troie, Ulysse avait tenté de se faire passer pour fou. Il avait attelé un cheval et un bœuf à une charrue et s’était mis à labourer son champ de façon désordonnée. Palamède, qui ne croyait pas à sa folie, aurait placé le jeune Télémaque devant l’attelage. Ulysse avait aussitôt détourné sa charrue pour épargner son fils, révélant ainsi la supercherie. Contraint de rejoindre l’expédition, il n’avait jamais pardonné à Palamède de l’avoir démasqué.

Palamède, une animation réalisée pour l’exposition ‘De la case au pixel’ au Musée Suisse du Jeu. https://museedujeu.ch/fr/. Cela fait partie du projet Locus Ludi. The Cultural Fabric of Play and Games in Classical Antiquity: https://locusludi.ch.

Ulysse avait attendu son heure pour se venger.

Selon une version du mythe, il aurait fait rédiger une fausse lettre de Priam, le roi de Troie, adressée à Palamède. Le message laissait entendre que ce dernier avait accepté de trahir les Grecs en échange d’une importante somme d’or. Pour rendre l’accusation crédible, Ulysse avait secrètement enfoui de l’or dans la tente de son rival, puis fait découvrir la lettre dans le camp. Agamemnon, commandant de l’armée grecque, avait lu le message et ordonné une fouille. L’or découvert semblait confirmer la trahison. Palamède avait beau nier les faits, il fut livré aux soldats et lapidé.[13]

D’autres récits donnent au héros une fin différente, mais tout aussi sordide. Pausanias rapporte que, selon les Chants cypriens, une épopée aujourd’hui perdue, Ulysse et Diomède avaient noyé Palamède alors qu’il était parti pêcher.[14]

Tout cela ne donne pas d’Ulysse une image très flatteuse. Quant à Palamède, il a finalement perdu sa dernière partie de stratégie. Inventeur des lettres, il a été victime d’un faux document. Inventeur du calcul, il a été accusé à tort de cupidité.

Et comme si cela ne suffisait pas, Ulysse lui a volé jusqu’à sa place dans la postérité. Alors que le roi d’Ithaque est connu de tous et triomphe encore aujourd’hui au box-office, Palamède est totalement absent des poèmes d’Homère et oublié de tous. Il avait inventé les jeux de stratégie, mais c’est Ulysse qui a gagné la partie.

Etudes modernes consultées

  • Bouvier, David et Dasen, Véronique (dir.), Héraclite: le temps est un enfant qui joue, Presses universitaires de Liège, 2020. Contributions sur les jeux de pions, notamment celles de Marco Vespa et d’Ulrich Schädler.
  • Clúa Serena, Josep Antoni, «Palamedes’s ἐφεῦρε πεσσοὺς κυβοὺς τε in Hellenistic Poetry and in John Malalas’s Chronographia», Aitia, 14, 2024, publication électronique 2025.
  • Costanza, Salvatore, «Palamede πρῶτος εὑρετής di lettere, dadi, pedine», Živa Antika, 70, 2020, p. 35–60.
  • Dasen, Véronique, «Achille et Ajax: quand l’agôn s’allie à l’alea», Revue du MAUSS, 46, 2015, p. 81–98.
  • Létoublon, Françoise, «Palamedes and Letters. A Hero and Martyr in the Trojan War», dans Γέρα: Studies in Honor of Professor Menelaos Christopoulos, 2023.

[1] Sophocle, Palamède, fragment 479 Radt, cité par Eustathe, Commentaire à l’Iliade, II, 308–320:
οὐ λιμὸν οὗτος τῶνδ’ ἔπαυσε, σὺν θεῷ / εἰπεῖν, χρόνου τε διατριβὰς σοφωτάτας / ἐφηῦρε φλοίσβου μετὰ κόπον καθημένοις, / πεσσοὺς κύβους τε, τερπνὸν ἀργίας ἄκος;
«N’est-ce pas lui qui a mis fin à leur famine – avec l’aide du dieu, si l’on peut dire – et qui a inventé, pour ces hommes assis après les fatigues du tumulte, les occupations les plus ingénieuses, les jeux de pions et les dés, agréable remède à l’oisiveté?»

[2] Gorgias, Défense de Palamède, 30 (DK 82 B 11a):
φήσαιμι δ᾽ ἄν, καὶ φήσας οὐκ ἂν ψευσαίμην οὐδ᾽ ἂν ἐλεγχθείην, οὐ μόνον ἀναμάρτητος ἀλλὰ καὶ μέγας εὐεργέτης ὑμῶν καὶ τῶν Ἑλλήνων καὶ τῶν ἁπάντων ἀνθρώπων, οὐ μόνον τῶν νῦν ὄντων ἀλλὰ ‹καὶ› τῶν μελλόντων, εἶναι. τίς γὰρ ἂν ἐποίησε τὸν ἀνθρώπινον βίον πόριμον ἐξ ἀπόρου καὶ κεκοσμημένον ἐξ ἀκόσμου, τάξεις τε πολεμικὰς εὑρὼν μέγιστον εἰς πλεονεκτήματα, νόμους τε γραπτοὺς φύλακας [τε] τοῦ δικαίου, γράμματά τε μνήμης ὄργανον, μέτρα τε καὶ σταθμὰ συναλλαγῶν εὐπόρους διαλλαγάς, ἀριθμόν τε χρημάτων φύλακα, πυρσούς τε κρατίστους καὶ ταχίστους ἀγγέλους, πεσσούς τε σχολῆς ἄλυπον διατριβήν; τίνος οὖν ἕνεκα ταῦθ᾽ ὑμᾶς ὑπέμνησα;
«Je pourrais affirmer, sans mentir ni risquer d’être démenti, que je suis exempt de faute et que j’ai été un grand bienfaiteur pour vous, pour les Grecs et pour tous les hommes, ceux d’aujourd’hui comme ceux à venir. Qui donc a rendu la vie humaine praticable alors qu’elle ne l’était pas, et ordonnée alors qu’elle était sans ordre? J’ai inventé les formations militaires, qui procurent de grands avantages, les lois écrites, gardiennes de la justice, les lettres, instruments de la mémoire, les poids et mesures, qui facilitent les échanges, le nombre, qui permet de contrôler les biens, les signaux de feu, messagers les plus rapides et les plus efficaces, et les jeux de pions, passe-temps sans peine pour les loisirs. Pourquoi vous ai-je rappelé tout cela?»

[3] Platon, Phèdre, 274c–d:
Ἤκουσα τοίνυν περὶ Ναύκρατιν τῆς Αἰγύπτου γενέσθαι τῶν ἐκεῖ παλαιῶν τινα θεῶν, οὗ καὶ τὸ ὄρνεον ἱερὸν ὃ δὴ καλοῦσιν Ἶβιν· αὐτῷ δὲ ὄνομα τῷ δαίμονι εἶναι Θεύθ. τοῦτον δὴ πρῶτον ἀριθμόν τε καὶ λογισμὸν εὑρεῖν καὶ γεωμετρίαν καὶ ἀστρονομίαν, ἔτι δὲ πεττείας τε καὶ κυβείας, καὶ δὴ καὶ γράμματα.
«J’ai donc entendu dire que, près de Naucratis, en Égypte, vivait autrefois un des anciens dieux du pays, celui auquel est consacré l’oiseau appelé ibis. Ce dieu se nommait Theuth. Il aurait été le premier à inventer le nombre et le calcul, la géométrie et l’astronomie, ainsi que les jeux de pions, les jeux de dés et l’écriture.»

[4] Polémon d’Ilion, fragment 32 Preller, cité par Eustathe, Commentaire à l’Iliade, éd. van der Valk, I, p. 346:
Καινὸν δὲ οὐδὲν καὶ τοῦτον ἀνατεθῆναι λίθον ἐν τοῖς ἐκεῖ· ἐπεὶ τοι καὶ Παλαμήδους ἐπινοησαμένου κυβείαν καὶ πεττείαν ἐν Τροίᾳ εἰς παραμύθιον λιμοῦ κατασχόντος τὴν στρατιὰν λίθος ἐκεῖ ἐδείκνυτο, κατὰ Πολέμων ἱστορεῖ, ἐφ’ οὗ ἐπέσσευον.
«Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que cette pierre ait, elle aussi, été consacrée parmi les objets qui se trouvaient là. En effet, lorsque Palamède eut imaginé les jeux de dés et de pions à Troie pour soulager l’armée frappée par la famine, on montrait à cet endroit, selon le récit de Polémon, une pierre sur laquelle les soldats jouaient aux pions.»

[5] Euripide, Iphigénie à Aulis, 192–199:
κατεῖδον δὲ δύ’ Αἴαντε συνέδρω, / τὸν Οἰλέως Τελαμῶνός τε γόνον, τὸν / Σαλαμῖνος στέφανον· Πρω- / τεσίλαόν τ’ ἐπὶ θάκοις / πεσσῶν ἡδομένους μορ- / φαῖσι πολυπλόκοις / Παλαμήδεά θ’, ὃν τέκε παῖς ὁ Ποσει- / δᾶνος, Διομήδεά θ’ ἡδο- / ναῖς δίσκου κεχαρημένον,
«J’ai vu les deux Ajax assis ensemble, le fils d’Oïlée et celui de Télamon, gloire de Salamine; j’ai vu aussi Protésilas et Palamède, descendant de Poséidon, installés sur des sièges et prenant plaisir aux combinaisons complexes des pions, ainsi que Diomède, qui se réjouissait des plaisirs du lancer du disque.»

[6] Pollux, Onomasticon, IX, 97, citant Sophocle, Nauplios, fragment 429 Radt:
ἐπεὶ δὲ ψῆφοι μέν εἰσιν οἱ πεττοί, πέντε δ’ ἑκάτερος τῶν παιζόντων εἶχεν ἐπὶ πέντε γραμμῶν, εἰκότως εἴρηται Σοφοκλεῖ· καὶ πεσσὰ πεντέγραμμα καὶ κύβων βολαί. τῶν δὲ πέντε τῶν ἑκατέρωθεν γραμμῶν μέση τις ἦν ἱερὰ καλουμένη γραμμή.
«Puisque les pions sont des jetons et que chacun des joueurs en possédait cinq, disposés sur cinq lignes, Sophocle a pu parler à juste titre des pions des cinq lignes et des lancers de dés. Parmi les cinq lignes, celle du milieu était appelée ligne sacrée.»

[7] Philostrate, Héroïque, passage consacré aux inventions de Palamède, pagination Kayser 708:
ὄντων δὲ τῶν Ἀχαιῶν ἐν Αὐλίδι πεττοὺς εὗρεν οὐ ῥᾴθυμον παιδιάν, ἀλλ’ ἀγχίνουν τε καὶ ἔσω σπουδῆς.
«Alors que les Achéens se trouvaient à Aulis, il inventa les jeux de pions, non comme un divertissement indolent, mais comme une activité exigeant de la sagacité et du sérieux.»

[8] Anthologie grecque, XV, 18:
Ὀστέα σου, Παλάμηδες, ἔδει πρισθέντα γενέσθαι / ὄργανα τῆς τέχνης τῆς ἀπὸ τοῦ πολέμου· / ἐν πολέμοις γὰρ ἐὼν ἕτερον πόλεμον κατέδειξας, / ἐν ξυλίνῳ σταδίῳ τὸν φιλικὸν πόλεμον.
«Tes os, Palamède, auraient dû être sciés pour devenir les pièces de cet art né de la guerre. Car, au milieu des combats, tu as inventé une autre guerre, une guerre amicale livrée sur un terrain de bois.»

[9] Théocrite, Idylles, VI, 15–19:
ἁ δὲ καὶ αὐτόθε τοι διαθρύπτεται, ὡς ἀπ’ ἀκάνθας / ταὶ καπυραὶ χαῖται, τὸ καλὸν θέρος ἁνίκα φρύγει· / καὶ φεύγει φιλέοντα καὶ οὐ φιλέοντα διώκει, / καὶ τὸν ἀπὸ γραμμᾶς κινεῖ λίθον· ἦ γὰρ ἔρωτι / πολλάκις ὦ Πολύφαμε τὰ μὴ καλὰ καλὰ πέφανται.
«Elle te fait déjà des avances, même de loin, comme les aigrettes desséchées des chardons lorsque le bel été les brûle. Elle fuit celui qui l’aime et poursuit celui qui ne l’aime pas; elle déplace même le pion de la ligne. Car, en amour, Polyphème, ce qui n’est pas beau paraît souvent beau.»

[10] Pausanias, Description de la Grèce, II, 20, 3:
πέραν δὲ τοῦ Νεμείου Διὸς Τύχης ἐστὶν ἐκ παλαιοτάτου ναός, εἰ δὴ Παλαμήδης κύβους εὑρὼν ἀνέθηκεν ἐς τοῦτον τὸν ναόν.
«Au-delà du sanctuaire de Zeus Néméen se trouve un temple de Tyché, qui doit remonter à une époque très ancienne, si du moins Palamède y a consacré les dés qu’il avait inventés.»

[11] Pausanias, Description de la Grèce, X, 31, 1–2:
εἰ δὲ ἀπίδοις πάλιν ἐς τὸ ἄνω τῆς γραφῆς, ἔστιν ἐφεξῆς τῷ Ἀκταίωνι Αἴας ὁ ἐκ Σαλαμῖνος, καὶ Παλαμήδης τε καὶ Θερσίτης κύβοις χρώμενοι παιδιᾷ, τοῦ Παλαμήδους τῷ εὑρήματι· Αἴας δὲ ὁ ἕτερος ἐς αὐτοὺς ὁρᾷ παίζοντας. τούτῳ τῷ Αἴαντι τὸ χρῶμά ἐστιν οἷον ἂν ἀνδρὶ ναυαγῷ γένοιτο ἐπανθούσης τῷ χρωτὶ ἔτι τῆς ἅλμης. ἐς δὲ τὸ αὐτὸ ἐπίτηδες τοῦ Ὀδυσσέως τοὺς ἐχθροὺς ἤγαγεν ὁ Πολύγνωτος· ἀφίκετο δὲ ἐς Ὀδυσσέως δυσμένειαν ὁ τοῦ Ὀιλέως Αἴας, ὅτι τοῖς Ἕλλησιν Ὀδυσσεὺς παρῄνει καταλιθῶσαι τὸν Αἴαντα ἐπὶ τῷ ἐς Κασσάνδραν τολμήματι·
«Si l’on regarde de nouveau vers le haut de la peinture, on voit, à côté d’Actéon, Ajax de Salamine, puis Palamède et Thersite occupés à jouer aux dés, invention de Palamède. L’autre Ajax les regarde jouer. Son teint est celui d’un naufragé dont la peau porte encore les traces du sel marin. Polygnote a délibérément réuni au même endroit les ennemis d’Ulysse. Ajax, fils d’Oïlée, avait pris Ulysse en haine parce que celui-ci avait conseillé aux Grecs de le lapider pour son forfait envers Cassandre.»

[12] Hygin, Fables, 95, Ulysses, 1–2:
Agamemnon et Menelaus Atrei filii cum ad Troiam oppugnandam coniuratos duces ducerent, in insulam Ithacam ad Ulixem Laertis filium venerunt, cui erat responsum, si ad Troiam isset, post vicesimum annum solum sociis perditis egentem domum rediturum.
Itaque cum sciret ad se oratores venturos, insaniam simulans pileum sumpsit et equum cum bove iunxit ad aratrum. Quem Palamedes ut vidit, sensit simulare atque Telemachum filium eius cunis sublatum aratro ei subiecit et ait, Simulatione deposita inter coniuratos veni. Tunc Ulixes fidem dedit se venturum; ex eo Palamedi infestus fuit.
«Alors qu’Agamemnon et Ménélas, fils d’Atrée, rassemblaient les chefs alliés pour attaquer Troie, ils se rendirent sur l’île d’Ithaque auprès d’Ulysse, fils de Laërte. Un oracle avait annoncé à celui-ci que, s’il partait pour Troie, il ne rentrerait qu’après vingt ans, seul, ayant perdu ses compagnons et réduit à la misère.
Sachant que des envoyés allaient venir le trouver, Ulysse simula la folie. Il se coiffa d’un bonnet et attela ensemble un cheval et un bœuf à une charrue. En le voyant, Palamède comprit qu’il feignait. Il prit Télémaque, son fils, dans son berceau et le plaça devant la charrue. Puis il lui dit: «Cesse de simuler et rejoins les chefs alliés.» Ulysse promit alors de partir. Dès ce moment, il voua une profonde hostilité à Palamède.»

[13] Pseudo-Apollodore, Bibliothèque, Épitomé, III, 8.
ὅτι Ὀδυσσεὺς λαβὼν αἰχμάλωτον Φρύγα ἠνάγκασε γράψαι περὶ προδοσίας ὡς παρὰ Πριάμου πρὸς Παλαμήδην· καὶ χώσας ἐν ταῖς σκηναῖς αὐτοῦ χρυσὸν τὴν δέλτον ἔρριψεν ἐν τῷ στρατοπέδῳ. Ἀγαμέμνων δὲ ἀναγνοὺς καὶ εὑρὼν τὸν χρυσόν, τοῖς συμμάχοις αὐτὸν ὡς προδότην παρέδωκε καταλεῦσαι.
«Ulysse prit un prisonnier phrygien et l’obligea à écrire un message évoquant une trahison, comme s’il venait de Priam et s’adressait à Palamède. Après avoir enfoui de l’or dans les tentes de ce dernier, il abandonna la tablette dans le camp. Agamemnon lut le message, trouva l’or et livra Palamède aux alliés pour qu’ils le lapident comme un traître.»

[14] Pausanias, Description de la Grèce, X, 31, 2.
Παλαμήδην δὲ ἀποπνιγῆναι προελθόντα ἐπὶ ἰχθύων θήραν, Διομήδην δὲ τὸν ἀποκτείναντα εἶναι καὶ Ὀδυσσέα ἐπιλεξάμενος ἐν ἔπεσιν οἶδα τοῖς Κυπρίοις.
«Quant à Palamède, je sais, pour l’avoir lu dans les vers des Chants cypriens, qu’il fut noyé alors qu’il était sorti pour pêcher, et que ses meurtriers furent Diomède et Ulysse.»


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