Dix mille escargots pour une toge pourpre

Hexaplex trunculus, photographié sur un marché aux poissons de l’Ametlla de Mar, en Catalogne. Cette espèce méditerranéenne de Muricidae est l’un des principaux coquillages associés à la production antique de pourpre. (Photo Wikimedia Commons)

Une hécatombe d’escargots de mer, un mucus transparent et une odeur à faire fuir l’entourage. La pourpre tyrienne fut pendant deux millénaires la substance la plus convoitée par les puissants… et la plus imitée du monde antique.

Il y a deux ans, dans la baie de Kiladha, à l’Est du Péloponnèse, l’équipe de l’archéologue genevois Julien Beck remontait du fond marin des coquilles d’Hexaplex trunculus – le murex – datant de l’Helladique Ancien I, soit les alentours de 3000 avant notre ère. Certaines portaient la marque d’une fracture manuelle ciblée sur la glande hypobranchiale. Si les analyses en cours confirment l’hypothèse, Lambayanna sera le plus ancien atelier de production de pourpre connu à ce jour, antérieur d’un demi-millénaire aux sites crétois et de deux millénaires aux Phéniciens que l’histoire a crédités de l’invention.

L’idée que des populations préhistoriques du Péloponnèse produisaient déjà cette teinture bouleverse un récit bien établi: que la pourpre a été d’abord et avant tout une affaire de pouvoir. Elle aurait commencé, plus simplement, comme une production villageoise.

Un mucus, une glande, un empire

Le pigment le plus célèbre de l’Antiquité ne trouve pas son origine dans une plante ou un minéral. Il naît dans la cavité palléale d’un gastropode de la famille des Muricidés, sous la forme d’une sécrétion blanchâtre logée dans la glande hypobranchiale – une bandelette de deux centimètres sur quatre millimètres, nichée entre l’intestin et l’appareil respiratoire. Le liquide ne contient pas encore de couleur: il recèle des précurseurs incolores que l’enzyme purpurase maintient sagement séparés tant que l’animal est en vie. La fracture de la coquille, la mort du mollusque, ou la simple exposition à l’air suffisent à déclencher la réaction: enzyme, oxygène, lumière solaire transforment le mucus transparent en jaune, puis en vert, en bleu, enfin en violet rougeâtre ou pourpre selon l’espèce.

Trois espèces méditerranéennes concentrent l’essentiel de la production antique. Le Bolinus brandaris (murex épineux) donne un pourpre rougeâtre; l’Hexaplex trunculus (murex bagué) produit un pourpre bleuté; la Stramonita haemastoma (bouche de sang) tire vers le rouge. Les Phéniciens de Tyr avaient compris qu’en associant les deux premières espèces dans deux bains successifs – la technique dite dibapha, «double-teint» – on obtenait la nuance la plus recherchée: un rouge sombre tirant sur le noir, brillant à la lumière, que Pline l’Ancien compare au sang coagulé, au «sang pourpre» d’Homère[1]. La première immersion dans le bain de brandaris teint la laine en vert; la seconde, dans celui de trunculus, superpose violet sur vert pour produire cette couleur que les auteurs latins tardifs ont nommée blatta.

Le problème de cette production de teinture est que chaque escargot ne contient qu’une infime gouttelette de précurseur. Pour teindre une robe entière en teinte profonde, il faut entre cinq mille et dix mille mollusques. Les monticules de coquilles concassées retrouvés à Sidon – cent vingt mètres de long sur sept à huit de haut – ou à Délos – une couche compacte d’un mètre d’épaisseur sur quarante-quatre mètres de long – donnent une idée de l’échelle industrielle atteinte. Pline résume la situation en une formule lapidaire à propos de Tyr: «toute sa gloire désormais repose sur le coquillage et la pourpre»[2].

La recette et son secret

Pline l’Ancien a consacré plusieurs chapitres de son Historia Naturalis au processus de fabrication. On y broie les coquilles des petits spécimens entiers; on perfore celles des grands à hauteur de la glande pour en extraire le précieux liquide; on sale la bouillie – environ un setier pour cent livres[3] –; on laisse macérer trois jours; on fait ensuite réduire lentement dans un chaudron d’étain ou de plomb pendant une dizaine de jours à chaleur indirecte, en écumant régulièrement; on teste la teinture sur une mèche de laine avant d’y plonger les fibres pour cinq heures. Le processus est décrit avec une précision apparente – et pourtant il ne fonctionne pas. Les chimistes modernes qui ont tenté de le reproduire à la lettre ont systématiquement échoué. Les teinturiers gardaient leurs secrets: le roi Hiram de Tyr a envoyé au roi Salomon des artisans spécialisés dans la pourpre comme s’il s’agissait d’une compétence aussi rare que la sculpture[4].

La clé était invisible: une bactérie. Les reconstitutions modernes avaient écarté la chair en décomposition du mollusque comme un résidu sans intérêt. C’est pourtant elle qui contient les bactéries anaérobies capables de rendre le pigment soluble et donc fixable sur la laine.

Néron en toga picta, dans le film Quo Vadis (1951).

Une pêche épique, un désir insatiable

Le processus dégageait, cela dit, une puanteur mémorable, inévitable conséquence de la chair en décomposition qui était précisément la clé du procédé. Ce que Strabon a observé à Tyr: «le grand nombre des teintureries rend la ville difficile à vivre; mais ce courageux labeur la rend riche»[5]. Et Martial, dans une épigramme contre Philaenis (une de ses souffre-douleur habituelles) a résumé la situation en quatre vers:

«Si Philaenis porte nuit et jour des vêtements teints à la pourpre, ce n’est pas par ambition ni par orgueil: c’est l’odeur qui lui plaît, pas la couleur»[6].

La pêche elle-même avait quelque chose d’épique. Oppien, dans ses Halieutiques, a décrit avec une précision cruelle la capture au piège: de petites nasses de joncs serrés, appâtées de strombes et de coquillages béants, attirent les murex, réputés pour leur voracité[7]. L’animal glisse entre les joncs sa longue langue acérée, celle-là même dont il se sert pour perforer les coquilles de ses proies; elle gonfle, le piège se referme, et le murex reste «tendu dans la douleur» jusqu’à ce que le pêcheur remonte la nasse.

Mais le vrai prédateur de cette histoire n’est pas le murex. La pourpre tyrienne est d’abord une histoire de désir humain, celui de posséder ce que l’autre ne peut pas se payer. Cornelius Nepos, historien mort sous Auguste, en a rédigé la chronique dans ses Chronica:

«De mon temps, la pourpre violette était en vogue, la livre se vendait cent deniers; peu après vint le rouge de Tarente. Puis arriva la dibapha tyrienne, qu’on ne pouvait acheter à moins de mille deniers la livre. P. Lentulus Spinther, édile curule, a été le premier à l’arborer sur sa praetexta, et on l’en blâmait. Or qui n’en fait pas maintenant des couvre-lits de triclinium?»[8]

En moins d’un siècle, l’insigne suprême du patricien romain sert à tapisser les divans. Le mécanisme est celui de toute mode: la rareté fait le prestige, l’accessibilité le détruit, et il faut inventer une nouvelle rareté.

La pourpre valait son poids en argent à Colophon dès le 4e siècle avant notre ère, selon Théopompe rapporté par Athénée[9]. Sous Auguste, la laine teinte coûtait quatre mille sesterces la livre — quarante fois le prix de la laine naturelle. Ovide, dans son L’Art d’aimer, s’en agace: «Quelle folie de porter son patrimoine sur le corps!»[10] Trois siècles plus tard, l’Édit de Dioclétien fixait le prix de la soie teinte en blatta — la pourpre impériale la plus sombre — à cent cinquante mille deniers la livre. L’inflation de la rareté n’avait pas de plafond.

Peinture murale de la tombe François de Vulci, vers 330 avant notre ère. Le personnage debout, souvent identifié comme Vel Saties, porte un riche manteau pourpre brodé, qui offre un parallèle visuel utile pour évoquer les vêtements de prestige associés au pouvoir dans l’Italie préromaine. (Photo Wikimedia)

Pourpre sacrée, pourpre interdite

La pourpre n’a jamais été simplement une couleur, elle a été un insigne de pouvoir. Les rois étrusques portaient la toga purpurea, entièrement pourpre; les magistrats se contentaient d’une bande sur la praetexta; les triomphateurs enfilaient la toga picta, pourpre brodée d’or. Plus on gouvernait, plus on en portait – et en regardant quelqu’un, on savait exactement où il se situait dans l’ordre du monde. En 40, le roi de Maurétanie a été tué sur ordre de Caligula pour être entré dans un amphithéâtre vêtu d’une robe pourpre trop éclatante. Il était l’ami de Rome. Cela n’a pas suffi.

Néron a poussé la logique à son terme. Il a interdit le port de la pourpre améthyste et tyrienne à quiconque autre que lui-même, fermé les boutiques des contrevenants, dépêché ses agents dans les gradins:

«Ayant interdit le port de la pourpre améthyste et tyrienne, il fit remarquer à ses procurateurs une matrone dans le public vêtue de la pourpre interdite, et on la déshabilla sur-le-champ, la dépouillant non seulement de son vêtement mais aussi de ses biens»[11].

Le commerce n’en a guère été ralenti. En 383, les empereurs ont pris acte: la pourpre est devenue monopole d’État, et la possession de certains tissus pourpres, crime de haute trahison.

L’empereur Julien, au 4e siècle, avait tranché autrement la question. Informé qu’un homme s’était fait confectionner des habits impériaux pourpres, il a classé l’affaire et lui a envoyé une paire de chaussures de la même couleur – pour lui faire comprendre qu’il ne se sentait pas menacé par des vêtements[12].

La pourpre et ses imposteurs

La demande avait bien entendu engendré l’offre alternative et la prolifération des faussaires. Les teinturiers gaulois, signale Pline, reproduisaient avec des herbes la pourpre tyrienne, l’ostrinum et toutes les autres couleurs: «ils ne vont pas chercher le murex au fond des mers; ils ne vont pas s’exposer en l’enlevant à être dévorés par les monstres marins»[13]. Les porphyrobaphoi de Hiérapolis de Phrygie, loin de toute côte, pratiquaient la teinture de garance sur fond d’indigo qui «imitait parfaitement l’original», note Strabon[14]. Deux papyrus alexandrins du 3e siècle (le Papyrus Leydensis et le Papyrus Holmiensis) compilent des recettes de contrefaçon: rouge de garance superposé à bleu de pastel, ou d’orcanette, ou d’orchil.

Même la vraie pourpre avait ses gradations sociales internes. L’amethystinus (nuance améthyste), l’ianthinus (violette, du grec íon (ἴον), la violette), le conchyliatus (suc de murex dilué à l’urine, ton lavande pâle fort estimé), le hyacinthinus, le tyrianthinus, le thalassinus – la nomenclature s’enrichissait au rythme de l’inflation des désirs. Vitruve notait que la pourpre variait selon la latitude de production: sombre et bleutée dans le nord pontique, rouge dans le sud méditerranéen[15]. Les expériences de reconstitution suggèrent que c’est moins la géographie que les méthodes de fabrication qui déterminaient la nuance.

Sacrifices et mystères

Que la pourpre ait été autre chose qu’une marchandise, les archéologues de l’île d’Égine l’ont récemment confirmé d’une façon inattendue. Dans les couches de destruction d’un bâtiment mycénien du 16e siècle avant notre ère à Égine-Kolonna, associé à un atelier de teinture pourpre attesté par analyses chimiques et présence massive de coquilles concassées d’Hexaplex trunculus, se trouvaient des dépôts de restes d’animaux brûlés à haute température – porcelets et agneaux de un à deux mois, en combustion holocauste. On ne rôtit pas un porcelet d’un mois pour un repas ordinaire. Teindre en pourpre était un acte assez grave pour invoquer une protection divine.

Ce lien entre pourpre et sacré ne surprendra pas: en hébreu, argaman (אַרְגָּמָן, le rouge-pourpre du brandaris) et tekhelet (תְּכֵלֶת, le bleu-violet du trunculus) sont les deux couleurs sacrées du Temple, les couleurs des vêtements des prêtres et des voiles du tabernacle[16]. Les tablettes en Linéaire B de Knossos associent le terme «royal» à des teinturiers ou objets pourprés dès l’âge du Bronze mycénien. La pourpre et le pouvoir se fréquentaient bien avant Rome.

L’empereur Justinien Ier et l’évêque Maximien de Ravenne, détail de la mosaïque de San Vitale, Ravenne, vers 547. Justinien porte une chlamyde pourpre impériale, signe visuel du pouvoir politique et sacré dans l’Empire romain d’Orient.

La fin, et ce qui reste

Le matin du 29 mai 1453, Constantinople est tombée aux mains des Ottomans. C’est la fin de l’Empire romain d’Orient. C’est aussi, accessoirement, la fin de la pourpre tyrienne. Les manufactures impériales de la ville se sont éteintes; l’Église, qui faisait venir de Constantinople la pourpre des cardinaux depuis le 13e siècle, s’est retrouvée sans fournisseur. Le rouge écarlate a pris le relais – d’abord teint à la kermès, puis, après la conquête du Mexique, à la cochenille. La recette en plusieurs étapes de la purpura dibapha Tyria, gardée secrète pendant deux millénaires, a disparu avec les artisans qui la pratiquaient.

Un tas d’ordures retrouvé en 2003 sur le site de l’ancien port d’Andriake, en Turquie, datant du 6e siècle, raconte peut-être une autre fin: au fond du dépotoir, les coquilles de murex étaient grosses et bien formées; vers le sommet, elles devenaient de plus en plus petites et jeunes. La population avait été surpêchée jusqu’à ne plus compter que des individus juvéniles. L’industrie s’était peut-être essouflée avant même la chute de l’Empire – non par oubli, mais par épuisement de la ressource. Aujourd’hui, la Stramonita haemastoma, l’espèce qui donnait au rouge-pourpre sa nuance la plus vive, a disparu de la Méditerranée orientale.

Dans une cabane de jardin de Ben Arous, en banlieue de Carthage, Mohammed Ghassen Nouira passe depuis 2007 ses week-ends à écraser des murex. Il lui a fallu des années d’essais pour approcher la teinte authentique – mélanger les sécrétions des trois espèces, ajuster l’acidité, alterner lumière et obscurité, moduler les durées de cuisson. Ses pigments et ses étoffes ont été exposés au British Museum et au Museum of Fine Arts de Boston. Il décrit la couleur obtenue avec les mots de quelqu’un qui a vu quelque chose que peu de vivants ont vu: «Elle est très vivante, très dynamique. En fonction de la lumière, elle change et scintille… elle ne cesse de changer et de jouer des tours à vos yeux.» Pline l’Ancien, lui, notait qu’elle avait «un aspect brillant lorsqu’elle est exposée à la lumière»[17].

Études modernes utilisées

  • Beck J. et al., «Bay of Kiladha 2023», Antike Kunst 67, 2024, p. 110-116.
  • Berger L. et al., «More than just a color», PLoS ONE 19(6), 2024.
  • Gratton K., «Production et échange de la pourpre au Proche-Orient aux époques grecque et romaine», Topoi suppl. 8, 2007, p. 151-172.
  • Koren Z.C., «The First Optimal All-Murex All-Natural Purple Dyeing», Dyes in History and Archaeology 20, 2005, p. 136-149.
  • Radicke J., «Colores – colour, dress style, and fashion», dans Dress and Human Body, De Gruyter, 2022, p. 395-461.
  • Robert J.-N., Les Romains et la mode, Paris, 1992 – Rothe U., The Toga and Roman Identity, Londres, 2020.
  • Schoelzke M.V., «In pursuit of antique fake purple», European Textile Forum 2022.
  • Sebesta J.L. et Bonfante L. (dir.), The World of Roman Costume, Madison, 1994.
  • Verhecken A., «Experiments with the dyes from European purple-producing molluscs», Dyes in History and Archaeology 12, 1994, p. 32-35.

[1] Pline l’Ancien, Histoire naturelle IX, 133-135: color sanguinis concreti, nigricans aspectu idemque suspectu refulgens – «couleur de sang coagulé, sombre à la lumière directe mais brillante à la lumière oblique». La technique dibapha: premier bain dans le suc du Murex pelagium (= brandaris), qui teint en vert; second bain dans le buccinum (= trunculus). Cf. aussi IX, 127 sur le brillant de la vraie pourpre à la lumière.

[2] Pline l’Ancien, Histoire naturelle V, 76: Tyros, quondam insula […] olim partu clara, urbibus genitis Lepti, Utica et illa aemula terrarumque orbis avida Carthagine, etiam Gadibus extra orbem conditis: nunc omnis eius nobilitas conchylio atque purpura constat. – «Tyr, jadis île […] autrefois célèbre par ses enfantements, ayant donné naissance aux villes de Leptis, Utique, et cette Carthage rivale et avide de domination sur le monde, et même à Gadès fondée hors du monde connu: toute sa gloire désormais repose sur le coquillage et la pourpre.»

[3] Pline l’Ancien, Histoire naturelle IX, 133: quantum salis circiter sextarium in centenas adicere conveniat – «environ un setier de sel pour cent livres»; la macération dure trois jours, puis cuisson lente pendant environ dix jours.

[4] 2 Chroniques II, 6: Hiram envoie à Salomon un artisan «sachant teindre en cramoisi, en pourpre et en violet».

[5] Strabon, Géographie XVI, 2, 23: δυσδιάγωγον μὲν ποιεῖ τὴν πόλιν ἡ πολυπληθία τῶν βαφείων, πλουσίαν δὲ διὰ τὴν τοιαύτην ἀνδρείαν. – «le grand nombre des teintureries rend la ville difficile à vivre; mais ce courageux labeur la rend riche».

[6] Martial, Épigrammes IX, 62, 1-4: Tinctis murice vestibus quod omni / Et nocte utitur et die Philaenis, / Non est ambitiosa nec superba: / Delectatur odore, non colore. – «Si Philaenis porte nuit et jour des vêtements teints à la pourpre, ce n’est pas par ambition ni par orgueil: c’est l’odeur qui lui plaît, pas la couleur.»

[7] Oppien, Halieutiques V, 598-601: Πορφύραι αὖ πέρι δή τι μετ’ ὀστρείοισιν ἔασι / λίχναι· τοίη δέ σφιν ἐτήτυμος ἵσταται ἄγρη. / κυρτίδες ἠβαιαὶ ταλάροις γεγάασιν ὁμοῖαι, / πυκνῇσι σχοίνοισι τετυγμέναι· – «Les pourpres, parmi les coquillages, sont particulièrement voraces (líchnai, λίχναι); et c’est bien par cette voracité que s’accomplit leur capture. De petites nasses, semblables à des paniers, sont faites de joncs serrés.»

[8] Pline l’Ancien, Histoire naturelle IX, 137, citant Cornelius Nepos (Chronica): « me, » inquit, « iuvene violacea purpura vigebat, cuius libra denariis centum venibat, nec multo post rubra Tarentina. huic successit dibapha Tyria, quae in libras denariis mille non poterat emi. hac P. Lentulus Spinther aedilis curulis primus in praetexta usus inprobabatur. qua purpura quis non iam, » inquit, « tricliniaria facit? » Spinther a été édile curule en 63 avant notre ère, sous le consulat de Cicéron.

[9] Théopompe cité par Athénée, Banquet des sophistes XII, 526a: la pourpre atteignait à Colophon le prix de l’argent au poids.

[10] Ovide, L’Art d’aimer III, 169-172: Quid de veste loquar? Nec vos, segmenta, requiro / Nec te, quae Tyrio murice, lana, rubes. / Cum tot prodierint pretio leviore colores, / Quis furor est census corpore ferre suos! – «Que dire du vêtement? Je ne vous réclame pas, vous les broderies, ni toi, laine qui rougis de la pourpre tyrienne. Alors que tant de couleurs sont apparues à moindre prix, quelle folie de porter son patrimoine sur le corps!»

[11] Suétone, Vie de Néron 32, 3: et cum interdixisset usum amethystini ac Tyrii coloris summisissetque qui nundinarum die pauculas uncias venderet, praeclusit cunctos negotiatores. quin etiam inter canendum animadversam matronam in spectaculis vetita purpura cultam demonstrasse procuratoribus suis dicitur detractamque ilico non veste modo sed et bonis exuit. – «Ayant interdit le port de la pourpre améthyste et tyrienne, il plaça des agents qui vendaient quelques onces les jours de marché, puis ferma boutiques à tous les marchands. On dit encore qu’en chantant il fit remarquer à ses procurateurs une matrone dans le public vêtue de la pourpre interdite, et qu’on la déshabilla sur-le-champ, la dépouillant non seulement de son vêtement mais aussi de ses biens.»

[12] Ammien Marcellin, Histoire romaine XXII, 9, 11: Julien a renvoyé sans suite la plainte contre un homme qui avait fait faire des habits impériaux, et lui a expédié des chaussures pourpres.

[13] Pline l’Ancien, Histoire naturelle XXII, 3: Gallia Transalpina […] herbis tingit purpuras Tyrias conchyliaque omnes […] non enim illis opus est petere murices in profundo – «La Gaule transalpine teint avec des herbes les pourpres tyriennes et toutes les couleurs de coquillage […] il ne leur est pas nécessaire d’aller chercher le murex dans les profondeurs.»

[14] Strabon, Géographie XIII, 4, 14: les teinturiers de Hiérapolis de Phrygie ont produit avec de la garance une imitation de la pourpre phénicienne que l’on ne pouvait distinguer de l’original.

[15] Vitruve, De l’Architecture VII, 13, 1: purpura […] non omnibus locis parem habet colorem, sed naturaliter cursu solis temperatur – la pourpre du Pont et de la Gaule est sombre; celle du sud méditerranéen est rouge.

[16] Exode XXV, 4; XXVI, 1; XXVII, 16; XXXIX, 1: l’argaman (pourpre rouge) et le tekhelet (pourpre bleue) figurent parmi les matériaux du tabernacle et des vêtements sacerdotaux prescrits par Dieu à Moïse.

[17] Pline l’Ancien, Histoire naturelle IX, 127: laus ei summa in colore sanguinis concreti, nigricans aspectu idemque suspectu refulgens – «son mérite suprême est dans la couleur du sang coagulé, sombre à la lumière directe mais brillante à la lumière oblique».


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